Riad Guerfi

Déjà double champion de France du 10 000 m, Riad Guerfi tentera la passe de trois ce mercredi.

 

Athlète doué à l’image controversée, Riad Guerfi sera le favori à sa propre succession ce mercredi lors des Championnats de France de 10 000 m. De retour après trois semaines de stage à Ifrane, il semble en mesure de remporter un troisième sacre national sur les 25 tours de piste.

Des abandons en pagaille, une attitude parfois provocatrice, des malentendus, l’image de « bad boy » de Riad Guerfi s’est construite sur des petits riens. Des raccourcis très vite trouvés, renforcés par son appartenance à la ville d’Epinay-sur-Seine, réputée difficile. Pourtant, dans l’intimité, le demi-fondeur de 28 ans semble éloigné de cette image. « Quand des gens parlent avec moi, ils me disent à la fin qu’ils ne pensaient pas que j’étais comme ça, regrette Riad Guerfi. Je ne suis pas un monstre ni un voyou. Les gens ne me connaissent pas et parlent sur moi. C’est blessant. »

Du plaisir sans limite

Coureur doué, repéré lors des cross UNSS alors qu’il faisait du football, Riad Guerfi a très vite fait partie des visages à suivre de la génération 1987, celle des Nouredine Smail et Yoann Kowal entre autres. Sixième des Championnats d’Europe juniors déjà sur 10 000 m en 2005, il a participé à tous les rendez-vous internationaux dans cette catégorie avant de connaître un trou d’air chez les espoirs. Et c’est seulement lors de la saison 2012-2013, qu’il réapparaît au plus haut niveau en se qualifiant pour les Europe de cross (39e à Budapest) et en empochant son premier titre de champion de France sur le 10 000 m.

Un titre qu’il a depuis remporté en 2015 et qu’il aimerait conserver cette année. « Je suis parti vingt jours en stage à Ifrane au mois d’avril. J’ai eu un peu de mal au début, avant de faire trois dernières très bonnes séances. J’espère être bien. En général, le quatrième jour suivant ma descente d’altitude, je suis pas mal. » Et malgré des conditions climatiques qui s’annoncent peu favorables, le protégé de Pascal Machat tentera de suivre le lièvre sur des allures de 28’30, soit le train pour rejoindre Amsterdam cet été (les minima pour le 10 000 m des Championnats d’Europe sont de 28’35). « Ce qui compte c’est avant tout le titre, tempère Guerfi. Je veux avant tout me faire plaisir et ne pas me prendre la tête, comme lorsque j’étais jeune. Je ne me mets pas d’objectifs car c’est la meilleure façon de se mettre des limites. »

Un hiver tronqué à cause de problèmes personnels

S’il retrouve sa forme du mois de novembre dernier, ses adversaires auront du souci à se faire. Intouchable lors du stage fédéral au Portugal précédant la course de sélection aux Championnats d’Europe, il était passé à côté à Gujan-Mestras, abandonnant une nouvelle fois. « Au Portugal, je n’ai jamais été aussi fort de toute ma vie, avoue-t-il. Je n’avais jamais connu de sensations comme celles-là. Malheureusement, quand je suis rentré, j’ai appris que mon père était malade. J’avais beau être bien physiquement, la tête n’y était pas du tout. J’ai essayé d’être fort. Mais je suis quelqu’un qui court au plaisir. Et là, il n’y en avait pas du tout. Je ne peux pas courir quand je suis triste. »

Un état d’esprit qui lui a sûrement fait louper des médailles mais qui lui permet d’être toujours en course aujourd’hui. « La vie, c’est se faire plaisir. Je ne pourrais pas passer mon temps à manger des pâtes et faire la sieste. Quand je suis en stage fédéral, je ressens une pression car tout le monde est trop concentré. Moi, c’était plus sandwiches grecs et se coucher à 3 heures du matin. Mais là, j’ai décidé de changer. »

Drivé par Pascal Machat

Entrainé depuis le début de l’année 2015 par Pascal Machat (il s’entrainait auparavant avec Jean-Baptiste Congourdeau), Riad Guerfi a décidé d’entreprendre une démarche de haut niveau, que revendique haut et fort son entraineur. « La base c’est Pascal. Pour moi, il est plus qu’un entraineur. J’ai envie de faire des efforts pour lui. Je suis un fou de l’entrainement mais je ne faisais pas forcément les efforts à côté. »

Riad Guerfi

Dorénavant entrainé par Pascal Machat, Riad Guerfi a décidé de modifier son approche du haut niveau.

 

L’heure du dodo a donc été avancée à minuit et les fast-foods un peu plus étalés dans le temps. Et surtout, l’athlète du Val d’Europe athlétisme a pris une décision. « J’ai décidé de ne plus abandonner lors des courses, de mieux les gérer. C’est vrai que j’avais tendance à beaucoup le faire car j’aime être devant, partir avec les premiers, même si je sais qu’ils me sont supérieurs. Et même si je veux changer ça, je n’ai jamais compris les gens qui me critiquaient pour ça. Je cours pour le plaisir, je me subventionne tout seul, je n’ai pas d’aides de sponsors (il est néanmoins employé par la ville d’Epinay-sur-Seine et déchargé à 100 % pour faire du sport). Donc, je ne dois rien à personne. Chacun fait ce qu’il veut. Mais maintenant, c’est fini. Mercredi, même si j’explose, je terminerai, quitte à faire 35’. »

« Je ne suis pas quelqu’un de méchant »

De quoi faire taire quelques critiques, même si cela n’a pas vraiment d’importance pour lui. « Les gens aiment bien critiquer. Est-ce que moi je les critique ? Personne ne sait que j’invite des fois des jeunes de mon quartier à venir en stage avec moi pour qu’ils voient autre chose. Je ne suis pas quelqu’un de méchant. D’ailleurs, dans ma banlieue, je passe plutôt pour le gentil (rires). »

Une banlieue qu’il a toujours fréquentée mais dans laquelle il n’a jamais sombré. « C’est l’athlétisme qui a fait que je n’ai pas bifurqué sur un mauvais chemin. Je n’ai jamais fait de bêtises contrairement à beaucoup de personnes que je connais dans mon quartier. J’ai appris beaucoup avec le sport, j’ai beaucoup voyagé. Je ne regrette rien. »

Le semi-marathon des Europe dans le viseur

Une carrière qui lui permet d’être le champion de sa famille (il compte cinq sœurs) et de sa ville. D’ailleurs, sa mairie d’Epinay-sur-Seine a déjà envoyé des bus scolaires pour suivre ses exploits. « Pour Mercredi, je ne sais pas encore s’il y aura des bus. En fait, je n’espère pas trop car ça me met une énorme pression sur les épaules. Car je n’ai pas le droit de les décevoir. Mais ça me donne une grande énergie. Mais en général, il y a toujours des gens qui me suivent. »

Des supporters qui pourront l’encourager au stade Charléty ce mercredi, sûrement à la Coupe d’Europe en Turquie début juin et pourquoi pas aux Championnats d’Europe d’Amsterdam. Un rendez-vous continental qu’il tenterait bien sur semi-marathon, si le 10 000 m ne passait pas. « J’aimerais bien faire un semi. Je voulais rentrer à celui de Londres mais c’est compliqué sans manager. Mais cette saison, j’aimerais surtout me faire plaisir en courant un peu de tout comme des 3 000 m steeple et des 5 000 m. »

Le plaisir, toujours le plaisir. Et en y ajoutant un peu de sérieux, le résultat devrait être au rendez-vous. « J’espère que ça va le faire. » Début de réponse dès ce mercredi.

Christelle Daunay au rendez-vous
Comme souvent depuis quelques années, les Championnats de France de 10 000 m ne vont pas être d’une grande densité, surtout chez les femmes, avec seulement huit participantes. Mais les organisateurs vont pouvoir compter sur Christelle Daunay pour assurer le show. La recordwoman de France du marathon est en effet engagée. Derrière elle, Aurore Guérin et Floriane Chevalier-Garenne devraient compléter le podium. Un temps pressentie pour courir à Paris, Clémence Calvin fera finalement sa rentrée au 10 000 m de Palo Alto (Etats-Unis) le 1e mai, faute de lièvre aux Championnats de France pour réaliser les minima pour les Jeux olympiques (31’55). Chez les hommes, la course sera plus dense avec comme favori le champion de France en titre Riad Guerfi. Celui-ci pourra d’ailleurs compter sur un lièvre pour partir sur des bases de 28’30. Derrière lui, la bataille devrait faire rage pour le podium et pour une qualification pour la Coupe d’Europe avec Benjamin Choquert, Yosi Goasdoué, Freddy Guimard, Pierre Uruty, Badre Zioini voire le vétéran Driss El Himer.

 

Les Championnats de France de 10 000 m auront lieu ce mercredi 27 avril au stade Charléty de Paris. Début des épreuves à 17h30 avec les 1 000 m minimes. Les 10 000 m femmes et hommes auront lieu respectivement à 19h15 et 20h.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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