Mickaël meba Zeze

Avec un chrono de 20‘’54 sur le 200 m en salle, Mickaël meba Zeze a fait un retour remarqué au premier plan.

 

Le recordman de France cadets du 200 m (21’’05 en 2011) a signé cet hiver un retour au plus haut niveau après des années de galère liées à une blessure.

Le 28 février dernier aux Championnats de France Elite d’Aubière, la finale du 200 m vient de s’achever. Christophe Lemaitre l’a remportée en 20’’43 (meilleure performance mondiale de la saison à ce moment-là). Mais le plus heureux de cette course n’est autre que son dauphin, Mickaël meba Zeze. Le sprinteur de Val-de-Reuil est intenable. A la vue du chrono de Lemaitre, il sait que l’aspiration l’a propulsé dans une nouvelle sphère. Le panneau affiche finalement 20’’54 ! Record pulvérisé de plus de trois dixièmes (20’’85 en série). Cris de joie et incompréhension se mêlent, tant le garçon semble estomaqué par sa performance. « Je venais aux France pour faire moins de 21’’00, rappelait-t-il dans la zone mixte. Alors faire 20’’54, c’est juste incroyable ! »

Une blessure au psoas l’a longtemps ralenti

Quelques semaines après son exploit clermontois, nous avons retrouvé Mickaël meba Zeze, chez lui, à l’entrainement, au stade Jesse Owens de Val-de-Reuil. Et quand on évoque cette fameuse course, le sourire réapparaît tout de suite. « Le soir des Championnats de France, j’ai très bien dormi. Par contre, la nuit d’après, je n’ai fait que d’y penser. Je me disais : “Mickaël, tu as vraiment fait cette course ?“ »

Une performance qu’il avait en tête depuis un moment. Médaillé de bronze aux Championnats du monde cadets de Villeneuve-d’Ascq en 2011 sur 100 m, il avait, la même année, battu le record de France de la catégorie sur le 200 m (21’’05). De quoi laisser présager un futur supersonique. Et malgré une première sélection chez les seniors pour les Championnats du monde de Moscou en 2013 (relais 4×100 m), le protégé de Pierre Grondin n’avait pas encore exprimé tout le talent qu’il a dans les jambes. La faute notamment, à un psoas gauche qui le freine depuis de nombreuses années. « Ma blessure au psoas est présente depuis que je suis minime. J’ai toujours eu des petites douleurs à cet endroit. Et plus je grandissais, plus cela devenait gênant. J’étais souvent handicapé dès que les grosses échéances approchaient.»

« C’a été dur à vivre »

Mais depuis son entrée chez les espoirs, d’une gêne, ce problème est devenu un handicap. « C’a pété en 2014, ce qui a entrainé un œdème osseux », explique Zeze. Le sprinteur est alors ralenti jusqu’en avril dernier (2015), avant de trouver la parade. « Avec mon kiné sur Rouen, on a mis en place toute une méthodologie qui me fait du bien, avec des exercices et de la Técarthérapie (type d’électro-stimulation). Je suis beaucoup moins gêné qu’avant. Et j’ai pris pas mal de réflexes par rapport à la prévention. »

Mickaël meba Zeze

Aujourd’hui, Mickaël meba Zeze peut s’entrainer normalement.

 

Des mois de perdus qu’il a eus du mal à digérer. « J’étais tellement loin de mes objectifs de performance lors des deux dernières années à cause des blessures. Je m’entrainais mais je ne pouvais pas courir à fond. Je voyais que mes adversaires avançaient, et pas moi. C’a été dur à vivre car je gardais une forte estime de moi par rapport à mes années jeunes. J’étais dans la lignée des personnes qui faisaient des records de France. Du coup, me retrouver à un stade où je ne devais pas être, ça m’a perturbé. »

 Transformé physiquement

« L’année dernière, entre septembre (2014) et avril (2015), il a fait peut-être 3 000 m de spécifique vitesse, détaille Pierre Grondin. Une quantité qu’il fait habituellement en une semaine. Aujourd’hui, on est revenu sur une préparation normale. Mais cette blessure nous a permis de bosser autre chose. Là, physiquement, il est transformé. »

Déjà rapide l’été dernier (10’’32 sur 100 m), il a confirmé cet hiver qu’il faudra compter avec lui en vue des sélections internationales de cet été. « Je n’aime pas trop m’avancer par rapport à mes objectifs, mais au début de saison, je me fixais une sélection aux Jeux olympiques. Je sais que je suis capable de faire de bonnes choses. Avec mon chrono en salle, c’est comme si j’avais fait les minima pour les Europe (20’’55). C’est déjà extraordinaire de me revoir à ce niveau. »

L’athlétisme, une histoire de famille

Un retour qu’il a construit tous les jours à l’entrainement dans le groupe de Pierre Grondin, notamment composé de l’international juniors Predea Manounou (400 m haies) et de son frère Ryan et sa sœur Gréta. Car chez les Zeze, l’athlétisme est une histoire de famille. « J’ai eu six des sept membres de la fratrie, rigole Grondin. D’ailleurs, avant d’entrainer Mickaël, j’ai entrainé son frère Benbezi (sélectionné aux Championnats d’Europe espoirs sur 4×100 m en 2011). »

Pierre Grondin

Pierre Grondin (au centre) distille les derniers conseils à ses athlètes avant le début de la séance.

 

« Pierre m’a demandé de venir au club d’athlétisme car il m’avait repéré à la suite d’une compétition scolaire, explique Mickaël. Mon frère en faisait déjà. L’athlétisme ça m’intéressait mais sans plus. Il me disait que j’avais de la vitesse. Moi, j’étais celui qui courrait le plus vite de mon école, ça me suffisait. »

Les Jeux olympiques comme apothéose

Finalement, après avoir torturé ses camarades de classe, Mickaël meba Zeze a décidé de venir jouer dans la cour fédérale. « Il est arrivé au club en benjamin, se souvient Pierre Grondin. Au début, je le côtoyais de loin. Et dès qu’il est arrivé en minime au club du VRAC (Val-de-Reuil AC), je me suis occupé de lui. » Avec la réussite que l’on connaît. Une ascension commune qui pourrait trouver un point d’orgue exceptionnel du côté de Rio. «  On a une vraie histoire tous les deux, continue Grondin. Ca fait dix ans qu’on vit, qu’on rit et qu’on pleure ensemble. Les JO, c’est l’objectif. Arriver à cette apothéose, ce serait le top !

Surtout que le Normand possède plusieurs cordes à son arc puisqu’il est tout aussi à l’aise sur 100 m, 200 m ou avec un témoin dans les mains. De quoi lui laisser plusieurs tickets à composter. « Je suis un passionné d’athlétisme. Mes préférences du moment vont là où je fais les meilleures performances. Mais j’aime également beaucoup la longueur (7,38 m en 2013) et la hauteur (2,09 m en 2012). »

« Je suis revenu sur le bon rail »

Sans parler du relais, auquel il est formé depuis son plus jeune âge. « Dès que j’ai commencé à entrainer à Val-de-Reuil, j’ai essayé de mettre en place des relais, raconte Pierre Grondin. J’avais demandé à Benbezi Zeze de ramener trois amis à lui pour former une équipe. Et depuis, on a eu de bons résultats et cela a permis d’attirer des jeunes. »

Mickaël meba Zeze

Mickaël meba Zeze s’entraine avec son petit frère Ryan (au deuxième plan) et sa soeur Gréta (au troisième plan).

 

D’ailleurs, avec ses 10’’32, Mickaël meba Zeze aurait pu prétendre à une place dans le collectif relais à Pékin l’été dernier. Finalement oublié, il s’est contenté d’un titre chez les espoirs à Tallinn (4×100 m). « Sur le coup ça m’a frustré. Je me voyais déjà en équipe de France. Mais je me suis dit qu’on verrait l’année prochaine (cette saison). »

Pour l’heure, il semble dans les clous qu’il s’était fixés. « J’ai remonté la pente. Je suis revenu sur le bon rail. Je savais que j’allais revenir. J’avais cette confiance par rapport à la performance qui allait finir par sortir. Mais je ne m’arrête pas à ça. Je garde cette performance dans un coin de ma tête et je retourne au travail. »

Comme ces séries de 120 et 150 m, qu’il terminera allongé au pied du tapis de perche. La seule condition, avec la santé, d’un retour au plus haut niveau.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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