Johanna Geyer--Carles

Johanna Geyer–Carles a réussi son hiver avec deux médailles nationales en individuel.

 

Après avoir mis l’athlétisme entre parenthèses la saison dernière pour raison scolaire, Johanna Geyer–Carles est revenue cet hiver à un très bon niveau, avec notamment un titre de championne de France de cross court.

Il y a des victoires qui représentent plus de choses que d’autres. Le 6 mars dernier, Johanna Geyer–Carles (avec deux tirets entre Geyer et Carles !)  a été la première à franchir la ligne d’arrivée du cross court des Championnats de France, sur l’hippodrome du Mans. Son troisième sacre dans la boue (après deux titres chez les juniors en 2013 et 2014), mais sûrement le plus savoureux. « Cette victoire aux France de cross représente vraiment beaucoup pour moi, glisse l’athlète coachée par Thierry Choffin au pôle espoirs de Fontainebleau. Je ne réalise pas encore. Trois semaines avant la course, je n’aurais même jamais pensé à faire un podium. »

Une chute aux France de cross

Une chute dès les premiers hectomètres aurait d’ailleurs pu annihiler toutes ses chances. Mais au prix d’un retour rageur et rapide, la sociétaire de l’Athlé Sud 77 venait se replacer en tête, après une boucle, aux côtés de sa coéquipière Aïsse Sow. Ensuite, il ne lui restait plus qu’à porter l’estocade finale. « Pourtant, à l’échauffement, je ne me sentais pas bien, avoue-t-elle. J’avais l’impression d’avoir été parachutée sur l’événement et de ne pas être dedans. Quand je tombe, je me suis dit que ce n’était pas possible que ça se passe comme ça. A l’arrivée, je ne réalisais pas. J’étais dans la lune. Je n’attendais rien de cette course. Mais ça m’a permis de me dire : “ça y est, la galère est derrière moi !“ »

Car avant de réussir un hiver quasi parfait avec une sélection aux Europe de cross espoirs (29e) et une médaille d’argent aux Championnats de France Elite en salle sur 1 500 m (4’27’’04 en finale et 4’24’17 à Fontainebleau le 9 janvier), Johanna Geyer–Carles a dû cravacher pour retrouver son niveau. Meilleure junior française à la sortie de la saison 2014 (sélectionnée aux Championnats du monde juniors avec 4’19’’59 sur 1 500 m), elle décidait à la rentrée de s’inscrire en école préparatoire au concours de kinésithérapie. « Au départ, je pensais que j’allais pouvoir concilier l’athlétisme et les cours. Mais j’avais déjà mis une priorité sur l’école puisque j’avais déménagé de Fontainebleau (lieu du pôle espoirs) pour un appartement proche de mon école. »

« Plus rien n’existait autour des cours »

Mais les premières mauvaises notes l’obligent à revoir sa copie. « Quand j’ai eu mes premiers résultats, je me suis dit que ce n’était pas possible. Progressivement, je suis venue de moins en moins à l’entrainement car c’était compliqué d’avoir les deux en tête. Je suis restée la tête dans les concours et j’ai délaissé l’aspect athlétisme. » S’en suivent plusieurs semaines sans course à pied, avec comme seule pratique physique des aller-retours entre son appartement et la bibliothèque. « J’ai vraiment décroché. Je ne me rendais pas compte du manque car j’étais focalisée sur mes cours. »

Johanna Geyer--Carles

En première année d’école de podologie, Johann Geyer–Carles révise ses cours à la cafétéria du pôle espoirs de Fontainebleau entre deux séances d’entrainement.

 

Tellement accaparée, Johanna Geyer–Carles en oublie son groupe d’entrainement. Pressentie pour participer au stage de la Toussaint, elle ne prévient pas de son absence. Un manque de dialogue qui a créé quelques incompréhensions au sein du groupe de Thierry Choffin. « Thierry pensait que j’arrêtais définitivement l’athlétisme. Mais c’était des rumeurs. Et je me suis retrouvée un peu toute seule entre le mois d’octobre et décembre (2014). On ne s’est pas beaucoup vues avec les filles du groupe. Elles m’en voulaient d’être partie comme ça. J’étais le vilain petit canard qui n’avait prévenu personne. Et de mon côté, je leur en voulais de ne pas prendre de nouvelles. J’ai eu tort mais j’avais tellement la tête dans le guidon que rien n’existait autour. »

Le stage d’avril vécu comme un choc

Sédentaire jusqu’aux vacances de Noël, Johanna Geyer–Carles reprend progressivement la course à pied et le contact avec Fontainebleau au début de l’année 2015. Un retour compliqué qui trouve son apogée au mois d’avril lors du stage organisé par le pôle à la Réunion . « Petit à petit, j’ai couru deux à trois fois par semaine. Mais au stage, ç’a été le choc des cultures (rires). J’avais pris du poids et perdu tous mes muscles. J’avais tellement mal après les entrainements que je pensais que mes muscles allaient se déchirer. C’était vraiment dur ! »

Encore à cours de forme, elle capitule dès les séries des Championnats de France espoirs sur le 1 500 m, le revers de trop. « Les France espoirs m’ont mis un coup de pied au derrière. J’ai vu que je ne passais même pas en finale. Derrière, je n’ai pas coupé et j’ai enchaîné dès mes vacances au Maroc, où je courrais tous les jours. »

Pas de coupure entre juillet et septembre 2015

Et alors que ses collègues ont toutes pris des vacances méritées après de longues saisons, Johanna Geyer–Carles est déjà prête à en découdre. « Au début, j’ai trouvé que j’avais pas trop de retard mais en octobre j’ai eu un trou d’air. J’avais l’impression que tout ce que je faisais était moins bien que lorsque j’étais juniors. La sélection pour les Europe de cross a été ce qu’il fallait au bon moment, sinon la suite aurait été très dure. »

Johanna Geyer--Carles

Johanna Geyer–Carles a terminé deuxième du 1 500 m des Championnats de France Elite d’Aubière.

 

Puis tout s’est bien enchaîné jusqu’à cette victoire au Mans. Un long chemin, qu’elle n’avait pas imaginé. « En janvier, Thierry m’avait dit qu’un Top 5 aux France serait bien. Ca m’avait vexée car j’étais habituée à jouer devant. Mais à l’époque, l’entrainement n’était pas top. Mais depuis le stage au Portugal en janvier dernier, j’ai franchi le cap de la reprise. Je ne peux plus dire que j’ai arrêté. Quand je ne courrais pas, je ne me suis jamais dit que j’allais être dans la merde pour reprendre. J’étais dans mon truc. Mais en un an, les autres avancent beaucoup et toi tu régresses et c’est là que les écarts se creusent. »

Appréhension par rapport à la piste

Aujourd’hui, Johanna Geyer–Carles a repris le rythme qui peut lui permettre de briller sur les pistes cet été. Même si elle doit toujours jongler entre son école de podologie (elle a finalement choisi cette voie) et ses entrainements, les deux étant éloignés d’une heure de transport en commun. « C’est toujours un peu compliqué de gérer les deux mais j’ai de la chance, car mon école est conciliante. On ne me met pas de bâtons dans les roues comme cela peut être le cas pour Aurore Fleury (membre du groupe) dans son école d’ostéopathie. Je ne peux pas m’entrainer comme tous les autres membres du groupe mais je m’en sors. »

Sans grand championnat chez les espoirs cette saison, la protégée de Thierry Choffin tentera d’abaisser ses chronos sur 1 500 m, malgré une certaine appréhension quant à son réel niveau sur le tartan. « Je sais que si je m’entraine bien, je peux faire des trucs sympas sur la piste. Mais je pense que pour le 1 500 m j’ai des lacunes. Avec ma coupure, mes vraies séances spé remontent à deux ans. Il y a des trucs qui vont me manquer. Il va falloir que je m’entraine plus que les autres car il me manque des choses. Mais j’aimerais vraiment faire moins de 4’15 et me rapprocher des 4’10. »

Le retard est comblé, maintenant, elle peut prendre un peu d’avance.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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