Renaud Lavillenie

Renaud Lavillenie est très souvent en déplacement tout au long de la saison.

 

Le recordman du monde du saut à la perche est l’un des athlètes français qui parcourt le plus de kilomètres par saison pour rallier les sautoirs du monde entier. Véritable globe-sauteur, Renaud Lavillenie (30 ans) nous a livré son quotidien de sportif de haut niveau, entre les hôtels, les avions et ses perches qu’il emmène partout. Une grande logistique, qu’il va devoir encore perfectionner lors des prochaines saisons avec l’arrivée de sa fille. Rencontre.

5 juillet dernier à Lausanne. Renaud Lavillenie est en pilotage automatique face aux journalistes. Rodé, voire essoré par l’exercice des conférences de presse, le Français répond à tout, que ce soit en anglais ou dans sa langue maternelle. Rien d’extraordinaire pour le recordman du monde du saut à la perche, qui enchaine ces sessions des dizaines de fois par saison. Il faut dire que son statut en fait l’un des « Top athlete » du globe et donc que son téléphone, enfin celui de son agent, sonne souvent pour obtenir sa venue.

Douze meetings à l’étranger de moyenne par an

Une demande, associée évidemment à l’intérêt sportif, qui fait que Lavillenie participe, depuis son arrivée au très haut niveau en 2009, à douze compétitions en moyenne par saison hors de France (sans compter les stages). De quoi fatiguer, mais surtout lasser, à force d’enchainer, avion, hôtel, stade, avion… « Il n’ y a pas de lassitude parce que j’ai la chance de faire ce que j’aime, tempère le champion olympique 2012, qui a connu sa première compétition internationale à l’occasion des Jeux Euro Pyrénéens, le 10 mars 2007 à San Sebastian (Espagne). Pour moi, la lassitude serait de rester à la maison et de ne pas faire de compétition. Evidemment, des fois, je voudrais rester un peu plus à Clermont-Ferrand (là où il vit). Mais ça fait partie du jeu. Tu sais que si tu veux rester au plus haut niveau, tu ne peux pas faire que des compétitions en France. Et j’ai vu pas mal d’évolutions depuis que je suis sur le circuit. D’une saison à l’autre, ce n’est jamais les mêmes enchainements de compétition. C’est toujours en mouvement. »

Un mouvement dans lequel il est souvent très demandé, pour telle ou telle opération, en plus de devoir évidemment être performant sur la piste. « C’est donnant-donnant. Etant donné que je gagne de l’argent avec la perche, que je suis payé pour venir aux meetings, je ne peux pas me permettre de venir et de ne faire que sauter. Il faut trouver des compromis. C’est vraiment quelque chose qui s’anticipe. Avec René Auguin (son manager), on est capable de déterminer le programme d’une saison presqu’un an à l’avance. »

Lausanne comme destination préférée

Une chose est quasiment sûre, Lavillenie sera à Paris et Lausanne en 2018, puisque le Clermontois en est à neuf participations de suite à ces deux meetings. Pour le reste, le Français fait selon le calendrier et ses exigences. « Les seules exigences que je peux avoir sont sur le côté technique. Je fais une discipline qui est très exigeante, avec un paramètre sécurité et on ne peut pas la traiter à la légère. Je connais pas mal de stades, je sais donc comment sont les sautoirs, les pistes… On fait parfois des demandes surtout pour anticiper et éviter qu’il y ait des problèmes le jour du meeting. »

Carte voyage Lavillenie

Toutes les destinations où est allé en compétition Renaud Lavillenie depuis le début de sa carrière.

 

Londres (8 compétitions), New-York ou Moscou (4), lui conviennent apparemment bien. Le perchiste a également beaucoup enchainé des allers retours avec la Scandinavie (12 déplacements) et visité l’Amérique (Reno, des Moines, Rio entre autres), l’Asie (Shanghai, Pekin, Daegu) et l’Afrique (Marrakech). « Visiter » est un grand mot quand on est avant tout là pour gagner. « J’ai la chance d’avoir découvert pas mal de pays grâce à mon sport, explique celui qui compte déjà plus de 50 destinations de compétitions à l’étranger. Après, quand on va à une compétition, ce n’est pas pour visiter. Ce qui est paradoxale, c’est que, moins on va loin, moins on a de temps. J’ai l’exemple de Rome, qui est une superbe ville. J’y suis allé trois fois, et j’ai dû attendre ma dernière venue pour voir un peu la ville. En générale, tu arrives la veille du meeting, tu fais la conférence de presse et le lendemain c’est la compétition. On a la chance de voyager mais on n’a pas assez de temps pour découvrir car on y va pour travailler. C’est la nuance que peu de personnes font. »

Le problème des perches

Travailler pour Lavillenie, c’est s’envoler dans les airs à l’aide de perches, outil qui ne facilite pas non plus les voyages. « Je ne peux pas partir en avion de Clermont-Ferrand avec mes perches. On est obligés d’aller à Paris ou à Lyon. Le train n’est pas non plus possible et les compagnies aériennes font souvent payer des taxes. » Sans compter les risques de faire voyager du matériel très fragile. « On a toujours des craintes par rapport aux perches, qu’elles soient abîmées ou qu’elles n’arrivent pas à destination. Ca m’est arrivé une fois à Ostrava en 2014. J’étais arrivé à destination mais pas mes perches. J’avais déjà commencé à négocier avec les autres athlètes pour emprunter certaines perches quand les miennes sont arrivées en même temps que moi sur le stade. C’est la seule fois où ç’a été chaud ! »

Avec l’arrivée d’une petite fille dans la famille Lavillenie, la logistique risque d’ailleurs d’être encore plus compliquée même si le champion semble déjà avoir anticipé. « Je ne vais pas être du genre à amener toute ma famille partout, lâche-t-il. Ce n’est pas parce que j’ai eu un enfant, que je vais tout révolutionner. Je vais peut-être revisiter ma façon de penser mais dans l’absolu, ma philosophie de travail devrait rester plus ou moins la même. »

Nouvelle logistique avec un enfant ?

Une méthode qui marche à la vue du palmarès d’ogre qu’il s’est déjà concocté, en attendant la suite, même si les blessures, comme cette saison, pourront être un frein à ses performances et donc à ses voyages. « Tout le monde m’a dit que l’arrivée de ma fille allait me donner de la force en plus. J’ai déjà neuf années à haut niveau. J’ai déjà fait une grosse partie de ma carrière. Maintenant, il faut évoluer. Ca va être une autre partie de ma carrière qui se dessine devant moi. Ca va être intéressant à vivre ! »

Et difficile à suivre, car, avec son emploi du temps démentiel, Renaud Lavillenie devrait encore multiplier les kilomètres de vols, que ce soit dans un avion ou perche en main.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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