Habituel favori des grands championnats internationaux, Renaud Lavillenie arrive cette fois en outsider aux Championnats du Monde de Londres. Un statut qui semble plaire au recordman du monde et tout récent papa, même si évidemment, sa préparation n’a pas été idéale. En revanche, ce qui ne change pas, c’est le parterre de micros et de caméras qui s’agglutinent à chacune de ses sorties. Et c’est toujours avec le professionnalisme qui le caractérise que le Français a répondu aux questions

– Renaud, dans quel état de forme abordez-vous ces Championnats du Monde après cette saison compliquée et la récente naissance de votre fille ?

« Je ne suis pas dans les meilleures conditions. J’ai fait des séances plus que moyennes et à l’inverse j’ai aussi passé de très bonnes séances. Mes derniers entrainements ont été l’occasion d’une légère montée en puissance, c’est donc intéressant. Maintenant, je sais aussi qu’en compétition, peu importe les séances que tu as pu faire avant, il faut tout remettre à zéro. On a la chance d’avoir des qualifications qui, pour moi, peuvent faire office d’entrainement. C’est une étape obligatoire, je vais me donner à fond pour passer en finale mais j’ai un petit peu de marge, ce qui me permet de prendre des repères sur le sautoir, de voir mon état de forme. Il y a tout cela à prendre en compte, en sachant que ce n’est pas parce que tu pètes le feu en qualification que tu seras invincible deux jours après et l’inverse. Je dirai que dans l’ensemble je suis assez content d’avoir réussi à minimiser le temps perdu cette saison pour me permettre d’être à un niveau assez correct aujourd’hui.

« J’espère que Londres va encore me porter chance »

– Votre saison compliquée vous a-t-elle fait perdre un peu de confiance ?

Je suis plutôt confiant car chaque fois que je suis venu à un Championnat du Monde j’ai ramené une médaille, même si ce n’était pas l’or. Le bon côté c’est que les Championnats du Monde c’est la seule compétition que je n’ai pas gagnée, et à chaque fois j’arrivais favoris, donc les choses vont peut-être s’inverser. J’espère que Londres va encore me porter chance (il a été champion olympique à Londres en 2012) et que je pourrai remporter l’or cette fois-ci.

– Vous arriviez en général avec le dossard de favoris sur les grandes compétitions, qu’est-ce que cela fait d’arriver cette fois-ci avec l’étiquette d’outsider ?

Ca enlève un petit peu de pression, mais je suis quand même attendu au tournant. J’ai toujours répété que je n’étais pas l’unique favori, mais on n’a jamais voulu me croire ce qui a permis à d’autres athlètes de tirer leur épingle du jeu. Cette année la donne a complètement changé. On a Sam Kendricks qui a été très très fort cet été, et à côté il y a trois, quatre sauteurs qui peuvent s’imposer. Je me retrouve dans la position de mes concurrents, qui s’en sortaient mieux que moi le jour des Championnats du Monde et sortaient le concours du siècle. Donc est-ce que cela va me porter chance ? Je ne sais pas, je sais en revanche que je vais prendre du plaisir et faire mon maximum. Je sais que cette saison je n’ai pas eu l’occasion de sauter à mon meilleur niveau donc j’espère que Londres va me permettre de débloquer ça. Pouvoir se libérer sera peut-être pour moi la clé de la réussite.

« J’ai en gros loupé trente séances de perche cette saison »

– Arrivez-vous à jauger votre retard ?

J’ai fait au mois d’avril ce que je faisais d’habitude au mois de novembre. Je suis en décalage de quatre mois par rapport à d’habitude, c’est ça qui m’a fait manquer quelques sauts à l’instinct, il me manquait de l’expérience et des sensations en saut. J’ai en gros loupé trente séances de perche depuis le début de saison, ce qui équivaut à plus de 1 000 sauts. Mais il n’est jamais trop tard, on est encore à la veille de la compétition (rires).

– La stratégie change-t-elle ?

C’est l’ordre de la start-list qui va changer la donne. L’objectif c’est d’être encore dans le concours à 5,90 m, 5,95 m (en finale), parce que, même si on a pas de certitude, on sait que c’est là que le titre va se jouer, ou que le podium va s’assurer. Donc si je me sens bien mardi, il n’y a aucune raison de jouer petit bras et de commencer avec des petites barres. Ce sont les qualifications et l’échauffement de la finale qui vont me donner la température. Il y a encore beaucoup d’interrogations. J’ai manqué beaucoup de séances,  maintenant, on va voir si la blessure m’a permis d’emmagasiner plus d’expérience et une meilleure gestion des concours pour être bon le jour J, on verra ça mardi.

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Collaboratrice chez Track and Life.

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