Quentin Bigot

Aujourd’hui, Quentin Bigot est conducteur de train et compte obtenir un emploi du temps aménagé pour poursuivre sa carrière de sportif de haut niveau.

 

Contrôlé positif au stanozolol (stéroïde anabolisant) en 2014 et suspendu deux ans ferme, le lanceur de marteau Quentin Bigot sera autorisé à concourir à partir du 11 juillet. Dorénavant entrainé par Pierre-Jean Vazel, le Messin de 23 ans raconte sa nouvelle vie dans laquelle il veut s’exprimer « proprement » à son meilleur niveau.

– Track and Life : Quentin, vous allez pouvoir reprendre la compétition, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

« Il me reste encore quelques mois car ce sera le 11 juillet. Je suis assez excité de reprendre. La performance importera peu, même si je vais quand même tenter de me qualifier pour les Jeux olympiques. Mais je veux déjà remettre le pied à l’étrier.

« J’ai tout jeté de mon ancienne carrière »

– Où en êtes-vous sportivement depuis votre suspension en juillet 2014 ?

J’ai tout jeté de mon ancienne carrière. C’est une nouvelle vie qui commence. J’ai changé d’entraineur (il s’entrainait auparavant avec Raphaël Piolanti). Maintenant, je m’entraine avec Pierre-Jean Vazel. Ca m’a fait du bien de couper les ponts par rapport à ce que je faisais avant. La routine de l’entrainement n’est pas la même. De toute façon, je n’aurais pas pu repartir sur les mêmes bases qu’avant.

– Comment a débuté votre collaboration avec Pierre-Jean Vazel et comment fonctionnez-vous au quotidien ?

Ca s’est fait un peu par hasard sur Facebook. On a commencé à discuter, et de fil en aiguille, on a décidé de collaborer ensemble. Au quotidien, on se débrouille. Je vis à Metz et lui à Paris. Des fois je monte sur Paris et des fois il vient à Metz. On a fait deux semaines de stage aussi en Grèce. On s’arrange. Mais grâce aux moyens de communication, on peut beaucoup communiquer. Je filme mes séances, c’est quasiment du live.

« Ce n’est pas comme ça que la Fédération va ramener des lanceurs »

– Vous parlez des Jeux olympiques. Mais cela risque d’être compromis puisque la Fédération française a fixé la date limite de réalisation des minima au 10 juillet.

La Fédération a fixé la date limite au 10 juillet mais la liste définitive sera donnée le 18 juillet. Cela me laisse une fenêtre de tir. Le timing est très limité mais je vais tout faire pour. On a inscrit une compétition à Metz le 11 juillet. Et je relancerai également le 13 juillet au meeting d’Anzin (59).

– Mais sans parler du côté administratif, pensez-vous, sportivement, êtes capable de réaliser les minima au lancer du marteau (78,00 m) ?

Je pense avoir le potentiel de lancer à plus de 78 m proprement (son record est de 78,58 m en 2014). Dès le mois de juin, je saurai ce que je vaux avec des entrainements en mode compétition. Ca va être un peu à l’arrache. J’y vais un peu la fleur au fusil. Ca va me permettre de reprendre l’habitude de faire de la compétition. Mais il faut dire que les minima sont très durs. C’est au niveau d’un podium mondial. Ce n’est pas comme ça que la Fédération va ramener des lanceurs vers le haut niveau.

« J’espère que les gens vont penser que c’est un nouveau Quentin Bigot »

– Comment appréhendez-vous votre retour sur un stade d’athlétisme, avec votre pancarte d’athlète pris pour dopage ?

Je n’y pense pas pour l’instant. Mais j’espère que les gens vont penser que c’est un nouveau Quentin Bigot. Je veux prouver aux gens que j’ai déçus, que je suis capable de faire des performances proprement en m’entrainant très dur. Il s’est passé des choses, j’en suis désolé. Mais je ne vais pas passer ma vie à m’excuser. Il y aura toujours des gens pour me dire que je me suis dopé. Je ne peux rien faire. Des gens douteront jusqu’à la fin de ma carrière.

– Cette expérience de banni a dû être dur à vivre.

Avec le recul, je vois le chemin que j’ai parcouru depuis ce contrôle. Les choses ont évolué depuis. Juste après le contrôle positif (celui-ci a eu lieu aux Championnats d’Europe par équipes et a été révélé en juillet 2014), je ne voulais plus toucher un marteau de ma vie. Puis, très vite, ce sentiment a évolué. Maintenant, je reviens à mes premiers amours. Je veux juste me concentrer sur moi et refaire de la compétition. Mais l’athlétisme a aujourd’hui moins d’importance dans ma vie.

« Les contrôles positifs libèrent des places »

– C’est à dire ?

J’ai la chance d’avoir pu bifurquer dans un métier qui me plaît (il est conducteur de train). J’ai pu rebondir et je ne lâcherai pas cette opportunité. C’est un métier passion. Mais je suis actuellement en discussion pour obtenir un emploi du temps aménagé. Je n’ai pas abandonné l’idée de faire une médaille dans un grand championnat. Mais je relativise plus par rapport au marteau. Je fais autre chose aussi.

– Comment voyez-vous la suite de votre carrière ?

Si je fais 78 m cette saison, je peux envisager les 80 m en passant à plein temps à l’athlétisme. Il y a des ouvertures aujourd’hui avec les contrôles antidopage de plus en plus nombreux et des athlètes qui tombent. Ca libère des places. Mais je vais être obligé de faire mes preuves. Il y a des gens qui disent que je n’ai rien à prouver à personne mais je le ressens quand même comme ça.

« Raphaël est un mec bien »

– Cette affaire (voir par ailleurs) est dorénavant derrière vous ?

Pour moi, ça s’est arrêté quand je suis sorti de la commission à la FFA. Je n’ai jamais été mis en examen pour quoi que ce soit. J’ai été suspendu sportivement mais je ne suis pas lié à l’affaire, je ne suis qu’un simple témoin.

– Contrairement à votre ex-entraineur Raphaël Piolanti, qui a été mis en examen pour « acquisition, détention, offre ou cession de produits dopants », entre autres.

Très honnêtement, Raphaël est un mec bien malgré ce qu’il a pu faire. J’ai passé dix ans avec lui à m’entrainer. Ce n’est pas le dernier des salauds. Il a été descendu dans cette affaire. J’en ai beaucoup souffert. Maintenant, il faut que tout ça se termine et qu’on passe à autre chose.

« J’ai un peu peur du regard des gens »

– Pour revenir à cette saison 2016, vous pensez vraiment à Rio ?

Le but est de lancer un maximum cette année pour être compétitif l’année prochaine où il y aura également beaucoup d’échéances, dont les Championnats du monde à Londres. C’est un retour en douceur. D’ailleurs, je n’ai pas envie d’aller à Rio si c’est pour sentir un regard pesant sur moi tout le temps. Ce qui me bloque c’est de ne pas me sentir accepté là-bas. J’ai un peu peur du regard des gens, même si dans ma vie, j’ai pas mal avancé.

Dos à dos
Contrôlé positif aux Championnats d’Europe par équipes 2014, Quentin Bigot a été suspendu pour quatre ans dont deux ans fermes en juillet de la même année. Son entraineur de l’époque, Raphaël Piolanti a, quant à lui, été mis en examen pour « exercice illégal de la médecine et de la pharmacie », « incitation à l’usage de produits dopants », « administration à un sportif de produits dopants » et « acquisition, détention, offre ou cession de produits dopants ». Selon Quentin Bigot c’est son entraineur qui l’aurait incité à se doper, chose que réfute totalement Raphaël Piolanti. Pour l’heure la procédure est toujours en cours.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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