Pierre-Ambroise Bosse

Après des choix de carrière importants, Pierre-Ambroise Bosse est devenu champion du monde du 800 m à Londres.

 

Dans une saison où il a tout changé, le Français est devenu le premier champion du monde tricolore sur 800 m. Un exploit retentissant qui confirme que ses choix, pourtant très controversés, ont été les bons.

L’annonce avait eu lieu sur le compte Instagram du champion, peu avant Noël. Devant un sapin décoré, on y voyait Pierre-Ambroise Bosse aux côtés d’Alain Lignier, son nouveau coach. Les deux hommes collaboraient depuis novembre mais le duo avait attendu de se sentir un peu avant de foncer. « L’une des premières questions que je lui ai posées, explique Bosse. C’est : « est-ce que tu serais capable de venir avec moi pendant trois semaines en Australie le mois prochain ? ». Il a répondu « oui » sans hésitation. C’a prouvé quelque chose. Ca voulait dire qu’il avait envie de me suivre. »

Le choix de Lignier a surpris

Pourtant, pour suivre « Pierrot », il faut s’accrocher. En stage en Australie pendant sept semaines en début d’année, suivi d’un nouveau stade à la Réunion en avril, pour finir à Agadir au Maroc au printemps, le Français a la bougeotte. Des évasions, loin des sentiers battus des camps d’entrainement traditionnels, dont le recordman de France avait besoin. Des expéditions aussi, où, vidéos à l’appui sur les réseaux sociaux, la vie de sportif de haut niveau semblait effacée derrière celles de jeunes hommes en vacances. « En stage, on s’est entrainé très dur mais on a parfois fait la fête, avoue Thomas Larchaud, partenaire d’entrainement privilégié du nouveau champion du monde. Pierre-Ambroise est quelqu’un qui a besoin de voir autre chose que l’athlétisme. Il ne peut pas être enfermé dans un cocon. Il ne faut pas seulement vivre athlé dans sa tête. »

Les virées nocturnes, PAB n’en a jamais renié leur existence, affichant régulièrement dans les médias une image de très bon vivant. Un mode de vie qui pour l’ensemble des suiveurs du demi-fond français ne devait pas, en théorie, coller avec le très droit Alain Lignier, plus connu comme un entraineur au style militaire. Un coach capable d’en vouloir à ses athlètes pour une glace mangée dans un stage de 30 jours à douze entrainements par semaine. « J’ai été surpris de son choix d’entraineur, lâche Paul Renaudie, international français et champion de France en titre du 800 m. Je n’étais pas sûr de la compatibilité des personnalités, mais apparemment ça colle bien. Je pense que quitter le cadre un peu strict de l’INSEP et Bruno (Gajer, l’ex-entraineur de Bosse à l’INSEP jusqu’à septembre 2016) qui est très rigoureux, ça lui convient beaucoup mieux. » 

Un programme d’entrainement libre

Une liberté de mouvement, comme s’entraîner à 21h, que Bosse adore. « C’est un mec en or qui m’apporte de la sérénité au quotidien, raconte Bosse au sujet de son nouvel entraineur. En fait, on réfléchit ensemble. Il n’y a plus quelqu’un qui va commander, qui est légèrement au-dessus. Alain me dit « Pierrot, qu’est-ce-qu’on fait aujourd’hui ? ». Bien sûr qu’il a son programme mais il me demande ce que je veux aussi. C’est une vraie rencontre humaine, on a beaucoup de points en commun. »

Contre toute attente, les deux hommes semblent en effet s’être trouvés, sachant s’adapter l’un à l’autre. « Ce n’est plus le même Alain, commente de son côté Thomas Larchaud qui connaît parfaitement l’entraineur nordiste. C’est un Alain que je ne connais pas. Par contre, au niveau de l’entrainement, il est toujours aussi dur, que ce soit un PAB ou un Larchaud, il n’y a pas de passe droit. »

Voilà donc la clé du cœur du Bosse : laissez-lui sa liberté, et ses jambes vont s’envoler. Bon évidemment, il faut s’entrainer dur – « ne croyez pas que j’ai fait ça en m’entrainant deux mois » – pour passer trois tours et envoyer l’attaque d’hier au 300 m sans mourir avant la ligne d’arrivée. « En stage à la Réunion on a fait des trucs monstrueux, raconte Larchaud. On avait passé des caps. Après, tout a été remis en cause quand il s’est blessé (à l’insertion de l’ischio-jamber) et on a morflé pour revenir. Mais lors de la dernière séance avant les Monde (un enchainement de 300-250-200-150 m), qu’on a fait tous les deux à Lille, il était vraiment monstrueux. Je suis resté une heure par terre tellement j’avais morflé. Je me suis dit : le mec il va faire podium. »

Un pari gagnant

Le mec a fait mieux en décrochant le premier titre mondial sur 800 m de l’histoire de l’équipe de France grâce à une finale où il semblait plus frais que ses adversaires. « Ma philosophie c’est de faire du foncier pour pouvoir enchainer les tours, explique Alain Lignier. Le foncier libère la vitesse. C’a été le cas hier soir. » Une nouvelle façon de faire que le Français a pris le risque d’essayer. «  Il s’est posé les bonnes questions au bon moment, glisse Mehdi Baala, le directeur de la performance de l’équipe de France. Il a dû faire des choix à un moment, ce qui est toujours un peu compliqué. Aujourd’hui cette médaille lui donne raison à 100 %. Il faut avoir une belle force de caractère pour tout effacer et repartir sur une feuille blanche. »

Une feuille où vient de s’écrire une superbe ligne à l’encre dorée. Et à l’écoute de la team Bosse, ce n’est que le début. « Ca prouve le potentiel inexploité qu’a ce garçon, s’enthousiasme Baala. Le jour où il arrivera à travailler dans la sérénité, sans blessure, ça donnera d’énormes choses. » « On n’est pas là pour cueillir des fraises, s’amuse Lignier. Maintenant qu’il est champion du monde, on ne va pas s’arrêter là. L’objectif c’est d’être champion olympique. »

Une team à ses côtés

Déjà sur le toit du monde, il découvre petit à petit ce que ça représente. Aspiré par les médias depuis hier, l’athlète de 25 ans va devoir apprendre à gérer sa nouvelle notoriété. « J’ai peur de ce qui m’attend, glisse-t-il. Mais je sais que je peux compter sur mon staff (composé notamment de son manager Kévin Hautcoeur son agent et de ses potes Bryan Cantero et Thomas Larchaud). J’ai inventé une métaphore pour eux. Ce sont mes accoudoirs. Même quand je tombe, ils sont là pour me retenir. »

Pour l’heure, il est plutôt tout en haut de la montagne, au moins jusqu’à l’année prochaine. « Il a les épaules assez larges pour assumer tout ça, conclut Thomas Larchaud. Après, je pense qu’à un moment, il va être saoulé de tout ce tapage médiatique et il prendra du recul. C’est un mec qui sait faire le show au bon moment mais qui a besoin aussi d’être seul. »

La liberté pour gagner, on a compris la clé du succès du Bosse.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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