Philippe Rémond

A 52 ans, Philippe Rémond continue de courir plusieurs classiques dans la saison comme le marathon de Paris qu’il a terminé cette année en 2h36’’44.

 

Désigné ambassadeur du marathon français à la suite du fiasco des Jeux olympiques de Londres (Abdellatif Meftah, Patrick Tambwe et Abraham Kiprotich avaient tous abandonné), Philippe Rémond devait aider au renouveau de la discipline dans l’hexagone. Quatre ans plus tard, le bilan semble maigre avec seulement une athlète, Christelle Daunay, qui sera du voyage à Rio et qui était déjà compétitive il y a quatre ans. De quoi douter de l’efficacité du plan marathon mis en place par la Fédération française d’athlétisme. Conscient du manque de résultats, Philippe Rémond, ex-international sur marathon (2h11’’22), ne veut pas tout jeter du travail qui a été entrepris. Pour lui, cette initiative a suscité des vocations qui porteront leurs fruits dans plusieurs années. Entre deux rendez-vous sur Paris, celui qui vit encore de la course à pied a répondu à notre invitation. Interview.

– Track and Life : Philippe, suite aux JO de Londres, la Fédération a voulu relancer le marathon français. Quelles missions vous avaient été assignées ?

« Il fallait essayer de redynamiser un peu la discipline. Et surtout, essayer de faire comprendre aux jeunes qu’il fallait monter rapidement sur marathon quand ils n’avaient plus leur place sur la piste. Aujourd’hui, la majorité des courses sur piste se gagnent autour des 13’ au 5 000 et des 27’ sur 10 000 m. Qu’est-ce que les Français peuvent faire dans ce contexte ? Les meilleurs sont en plus de 28’ au 10 000 m. Ma mission était de faire comprendre à ces jeunes athlètes qu’il ne fallait pas attendre pour aller sur marathon. C’est une discipline à part entière. Ce n’est pas une échappatoire. Tu n’arrives pas en fin de carrière en te disant : “c’est bon, je vais monter sur marathon“. La preuve, les Kényans, à 22, 23 ans, courent déjà le marathon.

« Si tu mets les minima à 2h13, on a trois mecs aux Jeux »

– Quatre ans plus tard, aucun Français, mise à part Christelle Daunay, ne participera aux Jeux olympiques. Peut-on parler d’un échec ?

Pour moi, ce n’est pas un échec. Evidemment, il n’y aura personne aux Jeux et ça fait chier. Mais on a suscité des vocations. Des athlètes sont montés plus tôt que prévu sur marathon comme Timothée Bommier, Hassan Chahdi ou Yohan Durand. Ce sont des plans sur dix ans. Après, je ne me dédouane pas mais les minima (2h11’00) ne nous ont pas aidés. Je ne les comprends pas. Si tu les mets à 2h13, on a trois mecs qui vont aux JO. Parce que, quand tu pars dans la tête pour aller faire 2h11 ce n’est pas pareil que 2h13. 2h13 c’est accessible. 2h11, tu es obligé de prendre des risques inconsidérés.

– Mais alors qu’un plan a été mis en place, le niveau n’a jamais semblé aussi faible avec aucun athlète en moins de 2h15 cette saison.

Tout ça pour ça, c’est dommage. Que ça s’arrête à 2h15 – 2h16 c’est dur à admettre. Mais il y a toutes les données à prendre en considération. Si tu ne regardes qu’en terme de chrono, évidemment le bilan est nul. Mais il faut regarder la situation dans son ensemble et se dire qu’il y a quatre ans, tous ces mecs n’étaient pas sur marathon.

« J’ai financé avec mes partenaires les deux derniers stages du collectif marathon »

– Mais comment expliquer qu’aujourd’hui des Français n’arrivent plus à courir autour des 2h11 comme c’était le cas avant ?

Il y a plusieurs choses qui diffèrent par rapport à mon époque. Nous, avec Dominique Chauvelier et d’autres, on était starisés. On avait envie d’aller sur les courses, sur les grandes classiques. C’est ce qui manque aujourd’hui à ces athlètes. Ils sont potentiellement très forts, ils s’entrainent dur, mais ils ne courent pas assez. Après ça peut se comprendre. Un mec comme Yohan Durand, il a fait l’année dernière Marvejols-Mende. Il a dû payer son billet de train et être logé dans un dortoir. Il n’est pas valorisé, personne ne le met en valeur. Ensuite, il se fait éclater durant la course. Qu’est-ce qui peut lui donner envie d’aller recourir ce type de course ?

Philippe Rémond

Philippe Rémond est toujours très présent dans le milieu de la course à pied comme ici au cross Ouest-France en janvier dernier.

 

– Mais justement, le plan marathon consistait également à venir en aide financièrement aux athlètes pour leur permettre de se préparer dans les meilleures conditions ?

Au départ, cet argent nous a servi, entre autres, pour financer les venues dans le collectif marathon de Christelle Daunay, Sophie Duarte et Bob Tahri. S’il n’y avait pas eu ce projet, une fille comme Christelle n’aurait sûrement pas été championne d’Europe (à Zurich en 2014) car elle aurait préparé un autre marathon. On ne pouvait pas avoir un projet marathon sans Christelle, et sans Bob, si celui-ci décidait de monter sur la distance. Ensuite, cette manne financière a servi pour mettre en place des stages et aider individuellement les athlètes membres de ce collectif. Mais on a eu des restrictions budgétaires à hauteur de 2/3 du budget depuis l’année dernière. Les deux derniers stages organisés pour le collectif marathon, c’est moi qui les ai pris complètement en charge avec mon réseau et l’apport de mes partenaires. On n’avait pas les moyens de payer un stage. Si je n’avais pas été là, il n’y avait pas de stage. J’ai des partenaires qui souhaiteraient m’aider, mais juste sur l’équipe de France de marathon, pas sur la Fédération globale. Il faudrait dissocier le marketing et avoir un pro team pour les meilleurs marathoniens français.

« On n’aurait pas dû sélectionner une équipe féminine pour les Monde de semi-marathon »

– Pour en revenir à votre mission, quel bilan en tirez-vous ?

Ca me rend heureux parce que plusieurs athlètes sont montés et qu’on aura des résultats dans les années futures. Quand Hassan Chahdi aura mûri sur la distance, quand Laurane Picoche aura fait deux ou trois marathons de plus ou qu’une Clémence Calvin se lancera, les résultats vont vite arriver. Le choix de Clémence de monter progressivement sur marathon est une fierté car ça fait deux ans que je la tanne. Au début, elle en rigolait et là, elle vient de faire son premier semi-marathon (1h11’17 à Lisbonne le 20 mars). C’est la future star de la discipline.

– Aux côtés de Jean-François Pontier (manager du hors stade à la FFA), vous aviez également un rôle de conseiller pour les sélections en équipe de France. Qu’est-ce que ça fait d’être de l’autre côté de la barrière ?

Maintenant, quand je regarderai les compositions d’équipe au football ou au rugby, je ne me positionnerai plus comme un sélectionneur. Quand tu vois ce que ça fait. C’est dur, tu es obligé de composer. J’ai une vision vraiment performance. Pour moi, et je ne m’en cachais pas auprès de Jean-François, on n’aurait pas dû sélectionner d’équipe féminine pour les derniers Championnats du monde de semi-marathon (à Cardiff, le 26 mars dernier). Parce qu’elles n’avaient pas le niveau, à part Laurane Picoche et Fanny Pruvost. A plus de 1h15, tu ne peux pas envisager d’aller à un Championnat du monde.

« Ca ne me pose pas de problèmes de prendre des coups »

– Avez-vous des regrets ?

S’il y avait un levier pour continuer quatre ans, je ferais différemment. Ce qui m’a manqué c’est d’avoir les coudées franches, c’est d’être le patron. Si j’avais des décisions à prendre aujourd’hui, j’aimerais faire un dépoussiérage, il faut bousculer les codes. Comme je le disais, je ne prendrais pas d’équipe filles si elle n’est pas compétitive. Ca ne plairait pas mais je ne suis pas là pour me faire aimer. Ca ne me pose pas de problème de prendre des coups. S’il y a des peaux de bananes, ce n’est pas grave. J’aurais également imposé des stages comme on le faisait auparavant. Avec les Dominique Chauvelier, Pascal Fétizon, Jean-Pierre Monciaux, Bruno Léger, on arrivait en stage, on posait les plans de chacun sur la table et on synthétisait tout. “Toi qu’est ce que tu fais ? On fait ta séance ?“ Ca durait dix minutes.

– Votre mission va-t-elle se poursuivre après Rio ?

Ca m’embêterait que le chantier qu’on a lancé s’arrête maintenant. Il faut laisser du temps aux athlètes. Dans quatre ans, les résultats seront différents. Je ne sais pas comment ça va se passer pour moi mais je continuerai à les suivre. Parce que la plupart ont débuté le marathon avec moi et j’ai envie de voir ce que cela va donner. Mais si cela s’arrête, ça restera une belle expérience. C’était génial comme mission ! »

Revaloriser les athlètes français
Responsable du plateau des élites pour les prochains 20 km de Paris, Philippe Rémond aimerait revaloriser la place des meilleurs français dans les pelotons. « Les grandes classiques ne mettent pas en valeur les Français. Il y a tout un travail à faire avec les organisateurs de course pour revaloriser les meilleurs Français dans les pelotons. La seule course actuellement qui le fait c’est Paris-Versailles. C’est mon prochain challenge. Essayer de donner plus de places aux Français dans les classiques. »

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

    • Xavier Frédéric
      Répondre

      S’il a vraiment toutes les qualités il serait temps qu’il le démontre car après quatre années les résultats sont catastrophiques.

      • Jean-Luc MORIER
        Répondre

        Les marathoniens les plus connues actuellement dans notre pays s’appellent Dominique Chauvelier et Philippe Rémond. Chercher l’erreur !!!! Alors je suis d’accord avec Philippe, les organisateurs de toutes nos belles classiques devraient revoir la conception de leur plateau en invitant nos meilleurs champion. De la lumière naît la lumière, vous en voulez la preuve ? Cette preuve se nomme Dominique Chauvelier et Philippe Rémond.

        • Xavier Frédéric
          Répondre

          Faire revenir les meilleurs français sur les classiques françaises c’est une bonne chose pour le spectacle et donc le business mais c’est pas ça qui nous permettra d’avoir des marathoniens en moins de 2h11.
          Philippe Rémond peut se chercher toutes les excuses qu’il veut mais aucun français en moins de 2h15 c’est un énorme échec. En quatre ans il n’a rien apporté et dans cet article il ne cherche qu’à se dédouaner. C’est un peu trop facile même si il n’est surement pas le seul responsable. La seule bonne nouvelle c’est qu’on peut penser, vu les résultats, que nos athlètes sont propres.

Post a comment