Patrick Montel

Après des débuts à Rome en 1987, Patrick Montel est aujourd’hui le commentateur de l’athlétisme sur France Télévisions.

 

Alors qu’il a fêté ses trente ans de micro lors des Championnats du Monde d’athlétisme de Londres, Patrick Montel n’a jamais autant fait débat autour de sa personne. Adoré par certains, détesté par d’autres, le commentateur du service public est l’une des cibles préférées des réseaux sociaux, où le moindre de ses écarts est reporté. « Démago », « mauvais », les insultes fusent quand on parle de « Montel ». Mais lui reste droit dans ses bottes, défendant les causes qui lui sont chères. Nous l’avons rencontré à une heure du direct de la soirée magique qui consacra Pierre-Ambroise Bosse (voir article). Histoire de comprendre un peu mieux ce personnage de l’athlétisme français.

Il est 17h ce mardi 8 août. Le stade olympique de Londres commence fortement à se remplir. Il faut dire que ce soir, le menu est copieux avec, entre autres, les finales de la perche, du 3 000 m steeple et du 800 m masculins, trois rendez-vous que les Anglais ont coché et où les Bleus doivent briller. Et alors que le stade d’échauffement est bondé, il est l’heure également de la préparation pour tous les journalistes de télévision qui vont prendre l’antenne dans quelques minutes.

Attaqué sur les réseaux sociaux

Pour Patrick Montel, l’échauffement est de courte durée. Commentateur pour l’athlétisme depuis les Championnats du Monde de Rome en 1987, le journaliste de France Télévisions est rôdé à l’exercice. Pour lui, il est juste l’heure de savourer le moment présent. « Je ressens juste le bonheur d’être là, livre-t-il. Il y a combien de mecs qui voudraient être à ma place et c’est moi qui suis là. Je suis un sportif raté, j’étais mauvais partout et je me retrouve à commenter ces mecs et ces femmes là. »

Ces mecs, ces femmes, comme Marie-José Pérec hier ou Allyson Felix aujourd’hui, il les a toujours accompagnés par sa voix enthousiaste, celle qu’on entend à longueur de rediffusion sur Youtube ou autres réseaux. Cette voix qui en a fait rêver plus d’un dans son salon mais qui attise également les haines les plus poussées sur Internet. Les « #StopMontel » ou « #Monteldemission » pullulent à chaque grand championnat diffusé sur France Télévisions. Ces attaques, l’intéressé les lit, faisant mine de s’en foutre, même si évidemment, on sent que l’homme est souvent touché. « C’est incroyable ! Ce qui me sidère le plus, en dehors du fait que la critique est tout à fait normal, c’est que des gens qui ne me connaissent pas, qui ne m’ont jamais vu, ont une opinion extrêmement tranchée sur moi. Non pas sur l’erreur que j’ai pu dire ou faire mais sur ma vie à moi, en disant « celui-là, c’est un gros enculé ». C’est un raccourci étonnant. C’est tellement exagéré qu’à la fin c’est insignifiant. Ce qui me touche, c’est quand quelqu’un que je connais me dit que j’ai merdé, ou si la critique est constructive. Celui qui me traite d’enculé… Qu’est ce que je peux faire ? C’est le même mec qui écrivait sur la porte des chiottes. Aujourd’hui, elles ne sont plus à récurer car il y a les réseaux sociaux à la place. »

Sport difficile à commenter

Assurément, Montel peut énerver, s’emballant parfois pour rien, annonçant un Français à la dérive alors que ce dernier va s’imposer, ou se tromper dans un chrono. Mais comme il le dit lui-même « l’athlétisme est vraiment le sport le plus dur à commenter » et l’erreur est humaine, dans un métier sans filet, avec un écran entre lui et des millions de téléspectateurs chaque été. « J’ai toujours été passionné par le foot mais pour commenter le foot à la télé, ça ne se fait pas comme ça, rigole-t-il. L’athlé ça s’est fait comme ça pour moi. Ce n’était pas une histoire d’amour au départ. Mais au fur et à mesure je suis rentré dans cette histoire, qui est incroyable. Car l’athlétisme n’est pas un sport, mais des sports, qui se déroulent au même moment. Je trouve ça hyper kiffant, surtout que c’est sans filet même si ça multiplie les conneries. Au niveau adrénaline, c’est excellent ! »

L’adrénaline, il en reçoit par doses intensives depuis trente ans, depuis cet accident de voiture qui a pris la vie de son meilleur ami Dominique Duvauchelle, commentateur sportif. Depuis ce triste jour de 1982, Patrick Montel s’est mis en tête de faire vivre son ami sur les plateaux de télévision, quittant ses livres d’enseignant d’économie pour le ring médiatique. « Je n’avais aucune espèce de raison de faire du commentaire, puisque je le faisais depuis l’âge de trois ans et que je n’avais pas besoin d’être à la télé pour commenter. Et puis quand mon ami est mort, ma vie a basculé. Soit je devenais fou, soit j’essayais de le remplacer. »

Des causes défendues sur Facebook

Le remplacement dure toujours et aujourd’hui, il fait partie des personnalités reconnues du petit écran. Une belle réussite et un bon moyen pour faire passer ses idées, notamment sur Facebook, un réseau qu’il utilise beaucoup. « Je me suis aperçu qu’il y avait un certain nombre de causes qui ne pouvaient être défendues que comme ça. Aujourd’hui, j’ai deux causes qui sont chères à mes yeux et qui passent par l’athlétisme. C’est le handisport et la lutte contre le racisme. Aujourd’hui, avec le handisport, c’est un vrai scandale. On prend une petite couverture en disant que c’est formidable mais derrière, les mecs galèrent toujours autant. Je me dis que les réseaux peuvent les faire connaître. Et la deuxième chose, qui est le combat de ma vie, c’est la lutte contre le racisme. A la télévision tu ne peux pas parler de cette cause, sinon tu es traité de démagogue. C’est le grand mot aujourd’hui. D’ailleurs, si les gens des réseaux sociaux veulent vraiment me tuer, qu’ils me traitent de raciste. »

On ne doute pas un instant que le « #Montelraciste » va bientôt sortir de la toile mais cela n’empêchera pas le journaliste de continuer à l’ouvrir. « Dans un monde de plus en plus formaté, c’est important de dire les choses telles qu’on les ressent. On ne détient pas la vérité. Il y a des choses qui me révoltent et j’ai envie d’en parler. Je suis privilégié parmi les privilégiés donc à partir de là, les mecs peuvent dire ce qu’ils veulent sur moi. Je leur laisse ce droit là, même si je leur accorde plus ou moins d’importance. »

Mourir en commentant

A ses yeux, rien ne vaut les compliments d’une certaine Marie-Jo. « Le plus beau truc que je n’ai jamais eu de ma vie c’est Marie-Jo qui me l’a offert. Elle m’a dit : « à chaque fois que je revis mes courses et que ce n’est pas tes commentaires, ce n’est pas la même chose. Moi, j’ai écrit la musique du 400 m et toi tu as écrit les paroles ». Quand c’est Marie-José Pérec qui te dit ça, alors tous les gros nazes qui disent que j’en suis un, je m’en moque. Je suis sûrement un naze, mais alors je suis le plus grand des nazes. Comme Thierry (Roland) le disait, quand une triple championne olympique te dit ça, tu peux mourir tranquille. »

Disparaître du petit écran n’est d’ailleurs pas encore à son programme. « La retraite c’est un mot que je ne connais pas, lâche-t-il. Quand je ne serai plus à la télé, je serai ailleurs, sachant qu’internet offre pas mal de solutions. Mais si personne ne me sollicite, à 92 ans je ferai comme je le faisais à 3 ans. Je fermerai le son de ma télévision et je ferai mon commentaire. Je mourrai en commentant, peut-être dans mon asile devant trois mamies, mais ça sera comme ça que ça se terminera. »

Une bonne nouvelle pour certain, une mauvaise pour d’autres.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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