PTG

En pleine séance de squats, Boris Vain est assisté par Thomas Cuisset.

 

Composé de plusieurs lanceurs de niveau national, le Power Throwing Group se démarque dans l’univers feutré des lancers français avec sa communication basée sur des vidéos d’entrainement et de conseils. Rencontre.

En ce vendredi après-midi de décembre, certains membres du Power Throwing Group, plus communément appelé le PTG, ont rendez-vous au stade Urbain Wallet d’Amiens. Malgré des températures clémentes, Thomas Cuisset, Boris Vain et Stéphane Szuster se posent à l’intérieur de la salle qui longe la piste d’athlétisme. Au programme : une séance de musculation suivie de lancers. Sous le regard attentif d’une jeune réalisatrice en repérage pour un film sur un lanceur de disque, Thomas, Boris et Stéphane s’astreignent à leur besogne, tout en échangeant et en partageant, finalement la base de leur coopération. « C’est toujours plus enrichissant de partager », glisse Stéphane Szuster, le plus expérimenté de la bande avec un record à 18m44 (2010).

Pour comprendre les origines du PTG, il faut revenir quelques années en arrière. « C’a débuté en 2009 avec Dailymotion, explique Thomas Cuisset, lanceur de l’Amiens UC (16m72 au poids en salle). Pas mal de lanceurs postaient des vidéos de leurs entrainements, de musculation, de lancers. Et tout le monde a commencé à mettre des commentaires et des conseils. »

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Stéphane Szuster, l’homme d’expérience du PTG.

D’ailleurs, c’est par le biais d’internet que les premiers contacts entre Thomas Cuisset et Stéphane Szuster ont lieu. « Après des échanges de mails, on a discuté ensemble avec Stéphane lors d’un championnat de France, se souvient Cuisset. Il m’a demandé si on pouvait se faire une séance en commun un samedi sur Amiens. Moi, à l’époque, quand le numéro 3 français me demande de venir s’entrainer avec moi, je ne réfléchis pas et dit oui tout de suite. »

Licencié à l’époque à Franconville (EFCVO) et habitant Paris, Stéphane Szuster prend donc le chemin de la capitale picarde pour des sessions d’entrainement. Et très vite, la mayonnaise prend entre les deux athlètes. « On a travaillé la technique et ç’a tout de suite porté ses fruits, rappelle Thomas Cuisset. Je m’entrainais encore avec Freddy Servant (SC Abbeville) avec qui je tournais un peu en rond. Avec Stéphane, j’ai tout de suite fait des performances ! »

Victoire en Coupe de France avec Abbeville et départ pour Amiens

La progression de Cuisset, ne passe pas inaperçue et ses jeunes partenaires abbevillois Boris Vain et Vivien Batteux prennent également peu à peu leur distance avec leur mentor Servant. « Tout le monde progressait. Le courant est passé, c’est tout. On a gagné la Coupe de France des lancers avec Abbeville en 2011 et j’ai signé avec Vivien dans la foulée à Amiens, rappelle Thomas Cuisset. Stéphane a fait de même. Et Boris nous a rejoints un an plus tard. »

C’est donc sous les couleurs rouges de l’Amiens UC que le PTG prend littéralement forme. De petites vidéos postées sur le net, les membres décident de créer un vrai site internet (www.ptg-amiens.fr). « Au début c’était pour déconner, insiste Cuisset. Il y avait une émulation. On progressait donc on se permettait de montrer comment on le faisait. En général, en athlétisme, les gens cachent leur entrainement. On était les seuls à faire voir ce que l’on faisait. »

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Boris Vain (de dos) coache Thomas Cuisset au lancer du poids.

 

De vidéos en vidéos, le PTG commence à se faire un nom. « Les gens nous envoient des messages pour savoir pourquoi sur telle vidéo on a mis notre pied à cet endroit-là »,explique Boris Vain, aujourd’hui pousseur du bobsleigh de Monaco et recordman de France juniors du poids (17m81 avec un 7kg et 18m01 avec un 7,26 kg). « Sur une compétition, Yann Lance (lanceur de javelot et de poids) nous a demandés s’il pouvait rejoindre notre groupe, continue Cuisset. On a été surpris. On s’est dit que les gens commençaient à parler de notre groupe. »

Szuster a apporté son expérience

Un groupe qui a compté jusqu’à sept unités. En plus des Cuisset, Vain, Szuster, Batteux et Lance, se sont ajoutés Laury Battet (poids) et Sébastien Demko (Marteau). De quoi échanger pendant de longues heures sur les techniques pour repousser ses limites. Naturellement, avec son bagage énorme et ses breloques nationales, Stéphane Szuster s’impose de lui-même comme la parole à suivre. « Au début, je leur ai inculqué les bonnes bases et les bonnes techniques pour s’entrainer. Ce qui sert, ce qui ne sert à rien. Ils s’entrainaient beaucoup mais pas forcément de la bonne façon. Il y avait trop de choses qui servaient à rien ce qui engendrait de la fatigue. »

Très à l’écoute, les membres du PTG progressent dans le sillage de leur aîné. « Le PTG m’a apporté beaucoup, livre Boris Vain. Dans ma vie, Thomas et Stéphane m’ont beaucoup aidé. C’était mon genre d’en faire trop. Ils m’ont canalisé. »

Cependant, Stéphane Szuster se retrouve avec l’étiquette d’entraineur, malgré lui. Une charge lourde à porter, quand en finale des France Elite, il se retrouve à coacher ses athlètes, tout en devant gérer son propre concours. « On a commencé en tant que partenaires d’entrainement, reprend Boris Vain. Stéphane était la personne avec le plus d’expérience donc lui a mis la casquette de coach sur la tête. Mais à un moment, il a dit stop et a demandé qu’on redevienne partenaires d’entrainement. »

Un groupe basé sur l’échange

Des partenaires d’entrainement, voilà comment résumer le PTG. Des partenaires qui échangent, se racontent, s’expriment, autour de leurs sensations, l’engin en main. « Le premier discours que je leur ai apporté c’est de sentir quelque chose en lançant. Ce qui est important c’est de bien comprendre ce que l’on fait, rappelle Szuster. Et pourquoi on le fait. L’autonomie est importante dans le concept du groupe. »

D’ailleurs, l’expérimenté Szuster avoue lui aussi avoir progressé auprès de ses partenaires. « Au début j’étais un peu sec dans mes interventions de coaching. J’ai appris à mettre plus de mots dans mes phrases. J’étais très dur sur les termes car on m’avait appris comme ça. J’ai appris à dire : “c’est presque ça“ au lieu de “c’est bon ou pas“. »

Aujourd’hui, même si les directions de certains membres du groupe se sont éloignées des plateaux de lancers, le PTG continue d’avancer. La preuve avec la décision de Thomas Cuisset d’être entrainé par Boris Vain, de quinze ans son cadet. De quoi mêler de nouvelles expériences et continuer un partage des techniques d’entrainement et de lancers dans ce groupe où le dialogue et le plaisir restent maîtres mots.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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