Yohann Diniz

Yohann Diniz est devenu champion du monde du 50 km marche aujourd’hui à Londres.

 

Après des années de tentatives et trois titres de champion d’Europe (2006, 2010 et 2014), Yohann Diniz est devenu ce midi à 39 ans, le premier Français champion du monde du 50 km marche, à la suite d’une course maitrisée de bout en bout en 3h33’12. Incroyable !

Il avait pourtant essayé de se canaliser. Jeudi, après un entrainement matinal, Yohann Diniz avait rendez-vous avec la presse française pour se raconter avant son rendez-vous d’aujourd’hui. D’entrée, le Français avait prévenu. « Je vais essayer de me contenir et attendre le 5voire le 10e kilomètre pour commencer à faire bouger les choses. »

Seul devant dès le 7e km

Chassez le naturel et il revient au galop. Dès le troisième kilomètre, Diniz prenait la tête de la course. Une échappée de courte durée puisque une pause pipi le faisait revenir parmi les siens. Mais les sensations étaient trop bonnes et le parcours trop beau, pour qu’il ne reprenne pas la poudre d’escampette. Au 5e kilomètre, le Français en remettait une petite, prenant sur son porte-bagage le Mexicain Horacio Nava. Puis trois kilomètres à 4’15 au kilomètre (passage en 44’29 au 10 km), le faisaient décoller pour de bon.

A partir de là, on rentrait dans ce que le Français aime le plus, à savoir un combat devant, seul, face au monde. Ce défi, il l’a tenté tellement de fois dont la dernière aux JO de Rio, où son jeu favori l’avait terrassé. Mais pas cette fois. Frais, lucide, Diniz enchainait les tours réglés comme une horloge répondant parfaitement aux consignes de l’entraineur national Pascal Chirat. « Calme, on contrôle, pas d’excitation », lâchait le coach au 20e kilomètre, alors que son poulain possèdait déjà 2’10 d’avance sur le groupe de poursuivants.

Un rouge et une douleur

Un rouge pour une jambe non-tendue au 25e ou un supporter un peu trop présent n’enfreignaient en rien la marche de l’empereur. Maintenant, une seule question reposait sur toutes les lèvres des commentateurs : « Diniz va-t-il tenir ? » Bizarrement, plus l’avance du Français augmentait (3’06 d’avance au 26e km, 3’45 au 36e km, 5’14 au 40e km), plus les regards se crispaient, attendant le point de rupture.

Mais celui-ci n’est jamais venu, malgré une douleur à l’ischio-jambier gauche autour du 30e km, vite soignée par un médicament administré par le médecin de l’équipe de France Jean-Michel Serra. Dans une forme étincelante, le Français terminait sa démonstration en roue libre, sûr de sa force et de sa marche en 3h33’12 (devant les Japonais Arai en 3h41’17 et Kobayashi en 3h41’19), très proche de son record du monde (3h32’33 en 2014). « Il a fallu faire preuve de concentration, lâchait le Français, dès la ligne franchie. Quand je suis parti, je me suis dit, ce n’est pas possible, je pars encore. Mais on n’avançait pas. J’ai pris mon rythme sachant que ç’allait être long. Evidemment, il y a une phase de doute vers le 20e km mais je voyais que j’allais bien et je me suis amusé comme à l’entrainement en variant mon rythme entre 4’10 et 4’20 au kilomètre. »

Avec le couteau sous la gorge

Un jeu que le Français a eu les moyens de faire, malgré un retour tardif à l’entrainement dû à ses nombreux pépins physiques depuis Rio, dont cet accident de voiture qui lui a fracturé une côte, le laissant cinq semaines sur le flanc en avril (il avait déjà été blessé à deux côtes au mois de mars). « Quand on a repris l’entrainement à deux mois et demi des championnats, ça paraissait infaisable, avouait Pascal Chirat, référent national marche, qui suit la préparation de Diniz avec son entraineur Gilles Rocca. Mais pour lui ç’a été un challenge. Il ne s’est plus posé de questions et c’est là où il est le plus fort. »

Plus de questions, beaucoup de vélos (jusqu’à 180 km autour de chez lui en Picardie) pour combler son arrêt de la marche et une bonne dose de folie aujourd’hui pour tenter le coup et le réussir, enfin au niveau planétaire. « Je ne pouvais pas gâcher ce moment. J’ai consolidé ma technique dans la course pour ne pas commettre d’erreurs. J’avais le record du monde dans les jambes mais ce n’était pas le but (record des Championnats du monde tout de même et 2e meilleure performance personnelle). Je ne suis jamais aussi fort que lorsque j’ai le couteau sous la gorge. »  Quand je ne fais pas de 50 km dans une saison, voilà ce que ça donne (comme lors de ses trois titres européens). Je savais que c’était ma journée, je voulais rentrer dans le Panthéon. »

Pour le coup, comme Pierre-Ambroise Bosse et Kevin Mayer juste avant lui (trois médailles d’or individuelles pour la France dans un même championnat, un record), il vient de rentrer dans la caste très fermée des champions du monde français en athlétisme. De là à stopper sa marche là ? « On va prendre un peu le temps. Il m’en manque une, si je pouvais aller la chercher ça serait très bien. J’ai prouvé que je pouvais le faire. Ma première grosse médaille a été à Osaka (vice-champion du monde en 2007), ça serait bien de finir à Tokyo (JO 2020). »

Encore trois ans à marcher, ce n’est rien quand on marche sur le monde.

Kévin Campion sur la bonne voie

Kévin Campion a terminé 24ème du 20 km marche en 1h21″46. Parti dans le peloton de tête, il l’a finalement laissé filer dans la deuxième partie de course. Mais le Français signe son meilleur résultat en grand championnat. « Sur la première partie de course, j’étais sur mes temps, explique-t-il. Je me suis peut-être trop exposé. Mais à partir du 10ème kilomètre, je n’ai pas compris, je suis passé de l’autre côté, pourtant ce n’était pas des allures difficiles, je le passe à l’entrainement. Je n’ai pas eu d’esprit de combattant, je dois encore travailler la psychologie Il n’y a rien à regretter j’ai tenté et je réalise ma meilleure performance en championnat. C’est sur la bonne voie ! »

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment