Kevin Mayer

Kevin Mayer est le nouveau champion du monde du décathlon.

 

Au terme de deux jours intenses, où il a toujours su répondre présent, Kevin Mayer est devenu clairement champion du monde du décathlon. Clairement, comme ce mot qu’il utilise à longueur d’interviews et qui trouve parfaitement sa place ici. Avec 8 768 pts, il récolte le premier titre mondial dans cette discipline pour la France et la deuxième médaille d’or dans ces Mondiaux de Londres, après celle de Pierre-Ambroise Bosse, mardi.

Ce titre-là, toute la délégation française l’attendait. Et même si, pendant un instant lors du concours de perche, le doute a failli l’emporter, c’est finalement serein que Kevin Mayer abordait la dernière épreuve de ce décathlon, le 1 500 m. Dans un stade chauffé par le 5 000 m de Mo Farah, il assurait l’essentiel pour franchir la ligne en 4’36″64, et empocher l’or le poing levé, soulagé mais épuisé.

Car avant ce mondial, s’il fallait citer un Français capable de ramener le titre à Paris via l’Eurostar, le nom de Kevin Mayer sortait à chaque fois. Vice-champion olympique en titre, le recordman de France du décathlon, avait vu sa route s’éclaircir en septembre dernier quand « Superman », alias Ashton Eaton, avait décidé de tirer sa révérence. Auteur du record du monde (9 045 pts en 2015) et dominateur de 2012 à 2016 (2 titres olympiques, 2 titres mondiaux au décathlon), l’Américain faisait office d’épouvantail de la discipline. Sans lui, les projecteurs se tournaient évidemment sur Mayer. Chose que le Français essayait d’éluder à chaque interview. « Tout le monde m’a mis l’étiquette de favori, lâchait-il avant le début de la compétition. Mais clairement, le décathlon, ce n’est pas du 100 m. Il faut arrêter de dire que ça va être facile. »

Au décathlon, le 100m n’est seulement qu’une épreuve parmi neuf autres. Mais elle a son importance pour lancer une dynamique positive. Kevin Mayer l’a bien compris et claquait un record personnel d’entrée avec 10’’70. Tout le monde était rassuré, le déprimé pré-championnat (voir article) était bien en grande forme.

Serein comme jamais

La suite se déroulait comme si Mayer l’avait écrite, avec du bon à la longueur (7,52 m), du très bon au poids (15,72 m) et à la hauteur (2,08 m) et du très, très bon au 400 m (48’’26, nouveau record personnel) pour boucler la première journée avec 4 478 points, soit 43 points de mieux que lors de son record de France établi à Rio l’an passé.

Une très bonne première partie qui se confirmait dès ce matin avec un nouveau record personnel au 110 m haies (13’’75, -0,1) et un disque assuré (47,14 m). De quoi laisser les commentateurs sereins, le regard tourné vers un improbable record du monde (voir article), même si l’Allemand Rico Freimuth restait en embuscade, après sept épreuves (6 296 pts contre 6 272 pts). Le Français apparaissait particulièrement serein, comme le notait son coach Bertrand Valcin, preuve que ses épaules étaient prêtes à porter ce décathlon.

Le zéro frôlé à la perche

Mais Mayer avait prévenu. « Clairement, ce que je redoute le plus ce sont le disque et la perche, parce que ce sont des épreuves à risque. »  Au disque, malgré un premier essai mordu, tout c’était bien passé. Mais la perche a réservé un tout autre scénario. Regardant ses collègues débuter assez bas, Mayer se présentait pour son premier essai à 5,10 m. Mais d’un coup, la machine à perfer s’arrêtait, tout n’était plus aussi clair. Perdu, en manque de repères, le Français piquait à peine le premier saut, avant de retomber sur la barre lors du deuxième. En cinq minutes, une chape d’or venait de lui tomber sur la tête et le moindre prochain accroc l’empêcherait d’y toucher.

C’est à ce moment là qu’il faisait appel à son mental, sa plus grande force, clairement. Avec une plus petite course d’élan, Mayer s’envolait, doucement, effleurait la barre, fortement, avant de retomber dans le tapis, libéré. Le plus dur venait de passer et Freimuth (auteur de 4,80 m) prenait un écart rédhibitoire (116 points), avant les deux dernières épreuves, favorables au Bleu.

Le record de France lui échappe sur le 1 500 m

La suite n’était qu’une douce route vers la gloire avec un javelot et un 1 500 m pour conclure ses dix travaux. Au javelot, il assurait l’essentiel dès son premier jet, en réalisant 66,10 m, malgré un coude douloureux. Et alors que son coach Bertrand Valcin lui demandait sur le bord de la piste, « pourquoi tu lances le dernier essai ? », il répondait dans un sourire « pour le plaisir ! ». La médaille d’or était clairement assurée. Et une fois les épreuves « à risque » passées, le reste n’était que du bonus pour le Français.

Il se présentait donc au 1 500 m avec 7 points d’avance sur son record national, mais aussi et surtout 173 points d’avance sur son dauphin Rico Freimuth (8067 pts contre 7894). Il lui fallait terminer en moins de 4’26″40 pour battre son record national. En s’accrochant aux basque de l’espagnol Urena, il savait qu’il serait sur les bases voulues pour le record de France. Mais il laissait filer ce point de repère dans le dernier 600 mètres, et terminait finalement en 4’36″64, à distance de ses adversaires (2e Freimuth 8 564 pts, 3e Kazmirek 8 488 pts). Il échoue à battre le record de France (8 768 pts contre 8 834 pts), mais l’essentiel était ailleurs.

Ce total lui offrait son premier titre mondial et le faisait devenir « clairement » le meilleur décathlète du monde.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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