Mélanie Skotnik

La recordwoman de France du saut en hauteur a décidé de stopper sa carrière de sportive professionnelle.

 

En perte de hauteur depuis les Jeux olympiques de Londres (9e), la recordwoman de France (1,97 m en 2007) ne souhaite plus pratiquer l’athlétisme à haut niveau. Lasse d’une longue carrière internationale, qui l’a menée des Championnats du monde cadets de Bydgoszcz en 1 999 aux Jeux Olympiques (2008 et 2012), Mélanie Skotnik souhaite changer d’air, même si elle continuera de participer aux Interclubs « juste pour le plaisir ». Un plaisir qu’elle ne trouvait plus depuis l’arrêt de sa collaboration avec son ex-mari Jimmy Melfort. Aujourd’hui, d’autres passions l’animent comme le mannequinat. Rencontre.

– Track and Life : Vous venez de participer aux deux tours d’Interclubs avec Strasbourg alors que vous n’aviez plus concouru depuis la fin de la dernière saison estivale. Où en êtes-vous ?

« J’adore les Interclubs donc j’ai voulu y participer (elle a sauté 1,75 m au premier tour et 1,70 m au second). J’adore l’ambiance de cette compétition, je trouve ça génial !

« Je veux juste me faire plaisir »

– Vous avez même participé à un 100 m lors du deuxième tour.

Oui c’était la première fois que je faisais un 100 m. C’est sympa mais je manque de résistance et de force dans les cuisses. J’étais un peu molle. Mais de toute façon, je n’ai plus la même ambition qu’avant sur le terrain.

– C’est à dire.

Ce n’est pas encore officiel mais je pense que j’ai besoin de prendre du recul. J’ai beaucoup donné pour l’athlétisme, pour la France et pour moi. J’ai commencé l’athlétisme à l’âge de neuf ans et j’ai participé à mes premiers grands championnats à seize ans. Aujourd’hui, j’en ai 33. Donc maintenant, je veux juste me faire plaisir.

« Les derniers Championnats de France ont été une catastrophe »

– Depuis quand cette idée a-t-elle germé dans votre tête ?

Ca fait déjà un an que je me pose la question. Je voulais être sûre et je n’avais pas le courage d’admettre que c’était fini. Mais l’année dernière, les Championnats de France ont été une catastrophe pour moi (8e). J’étais dans un gros trou après. Me retrouver huitième, pour moi, ce n’était pas imaginable dans ma tête. C’est pour ça que maintenant, j’ai envie de dire bye-bye à tout ça. Parce que je ne peux pas continuer comme ça. Je suis quelqu’un d’entier, c’est tout ou rien.

– Même le challenge de participer une troisième fois aux JO ne vous a pas donné l’envie de prolonger l’aventure d’une année ?

J’avais les Jeux olympiques en tête. Mais aujourd’hui, je vois bien qu’il faut être réaliste. Je suis à 1,70 m. Je suis trop loin du compte par rapport à ce que j’ai fait dans ma carrière. La seule chose qui est importante c’est de retrouver le plaisir.

« J’étais dans un cercle vicieux »

– Justement, ces dernières années, vous l’aviez perdu ce plaisir ?

J’ai fait une belle performance aux Jeux olympiques de Londres (9e) mais après j’ai divorcé (Jimmy Melfort était à la fois son mari et son entraineur). C’est à partir de là que ça n’allait plus. J’ai perdu tous mes repères. Et comme j’adore l’Alsace, là où je vis, je n’ai pas voulu bouger. Mais donc je n’avais pas de coach sur place. Je m’entraine toute seule. Je suis livrée à moi-même et ce n’est plus la même chose. J’ai essayé de continuer à haut niveau mais j’étais dans un cercle vicieux. Comme je n’avais pas le bon encadrement, je me suis moins bien entrainée. J’ai commencé à être raide alors que je ne l’étais pas avant. Du coup, au fil des années, je me retrouve avec plus du tout la même condition physique. J’ai essayé encore de repartir cette année, mais j’ai maintenant plein d’autres choses en tête.

Mélanie Skotnik

Mélanie Skotnik, ici avec Céline Distel-Bonnet, ne supporte plus l’atmosphère de l’athlétisme de haut niveau.

 

– Vous parlez de nouveau projet, quels sont-ils ?

J’ai plein de projets. Je suis un peu dans la mode. Je fais des défilés, des choses comme ça (elle a participé à la Fashion Week de Strasbourg).

« C’est comme une renaissance »

– On vous sent heureuse de passer à autre chose.

Quand la carrière s’arrête, on se retrouve dans un grand vide. Parce que c’est vrai qu’en tant que sportif de haut niveau, on reste dans notre bulle pendant des années. C’est un grand sacrifice. On n’a pas beaucoup de contacts avec le monde extérieur. Et ça, je ne le réalisais pas avant. Mais une fois que tu sors de ta bulle, tu te dis que c’est comme une renaissance, qu’il y a plein de belles choses dans la vie, ailleurs que sur un stade d’athlétisme.

– Vous n’avez pas peur que l’athlétisme vous manque ?

Maintenant, quand je vois des athlètes de haut niveau lors des compétitions, j’ai mal à l’estomac pour eux. Je ressens ce que ressentait ma mère avec moi avant. Elle ne voulait jamais m’accompagner sur les compétitions car ça lui faisait trop mal de me voir dans ces états-là. Quand je vois les autres athlètes en train de stresser, je me dis que j’étais dans la même situation avant. Je sais ce que ça fait et les erreurs que ça engendre.

« Je n’ai plus envie de ça »

– Votre carrière a été riche (15 titres de championne de France et 22 sélections en équipe de France), avez-vous néanmoins des regrets ?

Celui d’avoir loupé une médaille internationale que ce soit aux Championnats d’Europe en salle à Paris (2011) ou l’année d’après à Helsinki (2012). Après, je n’ai jamais fait 2 m, mais encore ça, ce n’est pas si important. Je me dis surtout que sans tout le dopage qui semblait sévir, je l’aurais eu ma médaille.

– On ne vous reverra donc plus aux Championnats de France ?

Je n’ai plus envie de ça. Je préfère que les gens gardent une belle image de moi. Après, il ne faut jamais dire “jamais“ mais je pense que c’est terminé pour ça. Je voulais peut-être encore faire les Championnats régionaux, mais je ne sais pas trop. Mais je vais continuer à m’entrainer pour la ligne, car j’aime bien manger (rires). »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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