Mélanie Doutart

Déjà excellente cet été sur 5 000 m, Mélanie Doutart a remporté les France de 10 km ce week-end.

 

Championne de France Elite du 10 km ce dimanche à Aubagne, Mélanie Doutart (28 ans) vient d’inscrire la plus belle ligne de son jeune palmarès, débuté il y a plus de trois ans. Une ascension fulgurante qui en fait aujourd’hui l’une des candidates à l’équipe de France pour les prochains Championnats d’Europe de cross. Une belle histoire pour une athlète qui s’est construite entre ses études de médecine et la mucoviscidose, une maladie génétique, dont elle est porteuse d’un gène et qui a emporté deux de ses frères et sœurs. Portrait.

« Je ne m’attendais pas à ce titre. Ca arrive un peu tôt. » Voilà les premiers mots de Mélanie Doutart juste après son sacre ce dimanche 22 octobre lors des Championnats de France de 10 km à Aubagne. Bien calée dans un peloton de quatre (voir article), l’Amiénoise a fait parler sa science de la course pour décrocher son premier titre élite, quelques semaines après sa médaille de bronze au 5 000 m des France Elite de Marseille, et à peine plus de trois ans après ses débuts en course à pied.

1h38 pour son premier semi sans entrainement spécifique

Autant dire que son ascension a été fulgurante depuis ce premier semi-marathon réalisé en mars 2014, après seulement six mois de course à pied et une moyenne de trois footings par semaine. « Je me suis mise à courir parce que c’était quelque chose dont j’avais envie depuis longtemps, raconte-t-elle. C’était au départ un projet de remise en forme. Mais six mois après avoir commencé, j’ai fait 1h38 au semi-marathon (1h38’02). »

S’en suit une inscription à l’Amiens UC, club de la ville où elle fait ses études de médecine et voilà que le chrono entame sa descente. Après un premier 10 km bouclé en 44’33 en mai 2014, elle descend à 41’46 en novembre de la même année, avant de passer de 38’34 au début de l’année 2015 à 34’12 au mois de décembre dernier lors de la Corrida de Houilles. « Je pense que j’ai des facilités et de bonnes réserves cardio-pulmonaires liées à mon enfance. Je suis une fille d’agriculteurs, j’ai toujours évolué dans la nature. Quand j’étais petite, j’étais déjà forte en cross, je gagnais les cross du collège. C’est même dommage que des professeurs de sport ne m’aient pas orientée vers l’athlétisme plus tôt. Mais bon, ça m’a permis de faire mes études. »

Pas plus de 70 km par semaine

Aujourd’hui en dixième année de médecine, l’Amiénoise est en train de rattraper son retard en athlétisme. Et après avoir écumé les courses picardes, la voilà centrée sur des objectifs précis, bien épaulée par son entraineur Philippe Barbier. « Depuis un an, j’ai un peu ralenti les compétitions. J’essaie de me concentrer sur des courses plus relevées. Mais je n’ai pas pour autant beaucoup augmenté mes charges d’entrainement. Je ne dépasse pas les 70 km par semaine, à raison de cinq ou six sorties. »

Surtout, elle a toujours réussi à élever son niveau quand l’adversité le demandait comme lors de son record l’été dernier sur 5 000 m à Carquefou (en 16’14’’94, voir article) ou lors des Championnats de France Elite de Marseille. « J’ai toujours fait de bonnes courses où on ne m’attendait pas. Je ne sais pas trop l’expliquer. C’est évidemment dû à l’entrainement et également, je pense, à une force de caractère. Lors de mes études de médecine, il a fallu se bagarrer pour obtenir le concours en première année. Tout ça m’a un peu forgée. »

Touchée par la mucoviscidose

Une force de caractère qu’elle a également développée dans l’histoire même de sa propre famille. Porteuse de la mucoviscidose (maladie génétique touchant les voies respiratoires et le système digestif), Mélanie Doutart a perdu un grand frère et une grande sœur, décédés en bas âge à cause de cette maladie. « Mes parents sont porteurs chacun d’un gène de cette maladie (il faut que les deux gènes soient touchés pour développer la maladie) et comme eux je n’ai hérité que d’un seul gène. Ce dimanche, quand c’était dur, j’ai pensé à ma famille. C’est un sujet lourd. Mais je suis contente de pouvoir courir pour ceux qui ne sont plus là. »

De son côté, son gène lui crée quelques soucis mais qui ne semblent pas la perturber. «Ca pourra, peut-être, m’apporter des problèmes de bronchites chroniques plus tard. Pour l’heure, mes épreuves respiratoires ne sont pas top. Je trouve que j’ai du mal sur les courtes distances, que je suis limitée au niveau de la respiration. Je suis d’ailleurs parfois obligée de faire de la kinésithérapie pour détendre mes muscles respiratoires. »

Objectif Europe de cross

Pas de quoi l’empêcher d’être une candidate très crédible pour l’équipe de France lors du prochain cross de l’Acier, support des sélections pour les Championnats d’Europe de la spécialité. « Je garde une déception de l’année dernière (elle avait terminé 8e Française, voir article) même si je n’étais pas attendue. Là, je suis fichée (rires). Mais ça ne va pas changer grand-chose, c’est toujours le meilleur qui gagne. »

Et alors qu’elle participera à un 5 km ce week-end à Tulsa (Etat de l’Oklahoma aux Etats-Unis) pour représenter la ville d’Amiens, elle intégrera l’INSEP dès le 2 novembre. Mais pas en tant qu’athlète puisqu’elle sera en stage pour son cursus scolaire. « Je vais faire six mois de spécialisation en médecine du sport pour ma dixième et dernière année de médecine. Par contre, je ne sais pas encore comment je vais faire pour m’entrainer. »

Tout comme elle ne sait pas comment elle fera l’année prochaine pour gérer sa vie professionnelle et sa vie de sportive. « Je dirais que c’est ma dernière chance pour les Europe de cross avant de m’installer en tant que médecin. Après, je ne sais si j’aurai encore beaucoup le temps pour m’entrainer. »

Pour l’heure, place aux cross, et son souffle ne devrait pas être loin des têtes de course.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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