Mekdes Woldu

Mekdes Woldu a remporté le 10 k m Paris-Centre.

 

Victorieuse du 10 km Paris-Centre le dimanche 2 octobre, l’athlète de l’Entente Franconville Césame Val d’Oise (EFCVO) n’est pas une athlète comme les autres. Erythréenne d’origine, elle a fuit son pays pour rejoindre la France en tant que réfugiée politique. Et c’est par la course à pied qu’elle compte bien s’en sortir, avec comme objectif, un jour, de porter le maillot tricolore. Rencontre.

La première fois que son nom est apparu dans des résultats en France, c’était le 1er mai 2010 pour le 20 km de Maroilles. Mekdes Woldu s’était imposée en juniors avec le temps canon de 1h12’11. Erythréenne, la jeune femme découvre alors l’Europe, et surtout la France, grâce à son manager de l’époque Rachid Esmouni. Des courses sur route et des cross jalonnent son parcours avant de retourner au pays. Meilleure junior de sa génération en Erythrée, elle participe l’année suivante aux Championnats du Monde de cross à Punta Umbria (Espagne), où elle se classe 14e, plus de deux minutes devant la première Française Marion Guillemin.

Victorieuse en France et en Suisse

Les problèmes politiques étant de plus en plus importants dans son pays d’origine, elle décide de fuir en 2012 vers la France. Accueillie dans une famille à Sarcelles, elle trouve finalement refuge en Suisse (notamment grâce à Alain-Didier Clerc) où elle a de la famille. Elle en profite pour remporter les Championnats nationaux juniors sur 5 000 m et porter son record personnel sur 3 000 m à 9’26’’79. La fuite, une nouvelle fois, la ramène en France à Sarcelles en 2013, où elle va enfin pouvoir poser ses valises. « Elle ne s’était pas entrainée depuis six mois quand Rachid Esmouni (manager d’athlètes à l’époque) me l’a envoyée pour qu’elle profite de la dynamique de groupe pour se remettre à la course », se souvient Marc Lozano, athlète et entraineur de demi-fond à l’EFCVO.

En situation d’asile politique, la jeune femme est baladée de foyer en foyer. Mais le club de l’EFCVO, via le président de la section franconvilloise, Gérard Rousseau, ainsi que la mission locale de la ville de Franconville, l’aident afin qu’elle puisse suivre un parcours d’insertion professionnel (formation d’éducateur sportif). Depuis, sa situation est plus stable et l’athlétisme est redevenu une priorité. Première des Championnats de France Elite sur 5 000 m la saison dernière, elle a également terminé troisième des Championnats de France de 10 km à Langueux. « C’est un euphémisme de dire que c’est une fille courageuse, avoue Lozano. C’est une crème à entrainer. La seule difficulté a été de faire avec les moments difficiles de son insertion. »

L’équipe de France comme objectif

En grande forme en cette rentrée 2016, Mekdes Woldu (bientôt 24 ans) avait déjà raflé trois 10 km (Vannes, Dreux et le Touquet) avant de s’imposer devant Carmen Oliveras dans les rues de Paris. « Je suis très contente car c’est la première fois que je courais dans Paris », lâchait-elle à l’arrivée. Maintenant, son regard timide est plongé vers la saison de cross même si une autre course, administrative celle-là, l’intéresse tout autant. « J’ai déposé mon dossier de demande de nationalité il y a cinq mois, explique-t-elle, pleine de pudeur. Je suis toujours dans l’attente du résultat. J’espère que je vais pouvoir courir pour la France, pouvoir chanter la Marseillaise. Avant, je savais que même si je gagnais je ne pouvais pas courir les Championnats du monde ou les Europe parce que je suis réfugiée politique. Je n’ai pas le droit de courir avec les athlètes français et je n’ai pas le droit de courir non plus avec les athlètes érythréens. Mais là, j’espère que la réponse sera positive. »

Alors que Riad Ouled, son nouveau manager, compte bien insister pour qu’elle soit éligible dès les Mondiaux de Londres, son entraineur Marc Lozano fait tout pour qu’elle puisse continuer de progresser. « Cette année, après avoir stabilisé sa situation, elle a amélioré ses records sur 5 000 m (15’59’’65) et 10 km (33’42) qui dataient de ses années juniors. Mais la performance de pointe n’est malheureusement pas la priorité, puisqu’il faut jongler entre un programme d’entrainement logique vers des objectifs et le nombre conséquent de compétitions auxquelles elle doit participer pour manger et payer son loyer. »

Sponsorisée depuis peu par Nike, Mekdes Woldu voit peut-être le bout de ce long tunnel qu’elle a traversé en courant. Et n’attend, dorénavant, qu’une chose : « représenter la France en compétition internationale ». Le message est lancé.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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