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Maëva Contion est sereine à l’approche des échéances de 2016.

 

Championne Elite en titre du 400 m haies, Maëva Contion aborde dans les meilleures dispositions cette saison olympique, guidée par son mentor Laurent Hernu.

Le visage est fermé, les gestes précis. En cette froide soirée d’hiver, Maëva Contion est au chaud dans la salle Marie Curie de Nogent-sur-Oise (60). La chaleur va même bientôt se répandre dans tout son corps avec des séries de 250 m -200 m -150 m à réaliser trois fois. Sous les sifflets de son entraineur Laurent Hernu, la spécialiste de 400 m haies s’exécute, un peu émoussée par les derniers entrainements. Un menu copieux qui doit la mener tout droit vers la chaleur brésilienne. « Il y a évidemment les JO en ligne de mire, abonde-t-elle. Mais je ne pense pas tous les jours aux minima. Je me focalise surtout sur les aspects techniques. Le mot d’ordre pour cette saison est d’améliorer les détails. »

Des détails qu’elle travaille au quotidien depuis neuf ans sous la coupe de Laurent Hernu, ex-international français d’épreuves combinées (5e aux Mondiaux de Paris en 2003). « Les Jeux olympiques sont dans la continuité de l’entrainement que l’on effectue, avance le coach. Tu mets des croix et tu sais que l’évolution dans l’entrainement est bonne. Ca sera l’aboutissement d’un gros cycle de travail qui a duré plusieurs années. »

Un blocage mental

Entamée en 2007, alors que Maëva Contion n’était que cadette première année, leur collaboration a atteint un premier sommet en 2011, quand l’Isarienne est montée sur la troisième marche du podium des Championnats d’Europe juniors sur 400 m haies (58’’03). « Les quatre années cadette et junior ont été faites dans le bon sens, explique Laurent Hernu. On a apporté des nouvelles choses chaque saison. »

Lancée sur la voie du succès, l’athlète de l’Entente Oise Athlétisme va cependant connaître des années espoirs plus ternes. « J’ai passé des moments compliqués, avoue la hurdleuse. Après ma médaille en juniors, j’ai voulu trop bien faire. Je me mettais beaucoup de pression. Je progressais aux entrainements mais cela ne passait pas lors des compétitions. J’avais un blocage mental. »

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Laurent Hernu et Maëva Contion, un couple entraineur-entrainée qui fonctionne à merveille.

Et après des saisons 2012 et 2013 frustrantes, les centièmes ont repris leur descente. « Pour moi, il y a un environnement familial qui a créé ce déclic, livre Laurent Hernu. Son père, chez qui elle vivait, a pris sa retraite et est retourné vivre en Martinique. Elle s’est donc retrouvée toute seule puisque sa mère vit également là-bas. Mais elle savait que j’étais là pour l’accompagner que ce soit sportivement ou en dehors de l’athlétisme. Maintenant, elle se construit et se manage toute seule. » « J’ai eu le déclic à l’hiver 2014, précise Maëva Contion. Avant, j’avais peur de souffrir en compétition. Puis, je me suis dit qu’il fallait que je fonce, sans me poser de questions et qu’on verrait bien le résultat. J’ai décidé de partir à fond et de voir où je craquerai. De courses en courses, j’ai fini par craquer de moins en moins loin de la ligne d’arrivée! »

«  C’est important d’être satisfait de ce que l’on fait. »

De là, s’en suit une belle ascension jusqu’au sommet de la hiérarchie française la saison passée. «  Je me suis même surprise, avoue-t-elle. J’arrive avec une telle férocité sur les haies. C’est un grand plaisir car je reproduis en compétitions ce que je fais à l’entrainement. Il m’a fallu du temps et c’est une grosse satisfaction. La saison passée, j’ai aimé chaque course que j’ai faite. C’est important d’être satisfait de ce que l’on fait. »

De quoi imaginer un futur tout aussi radieux que la carrière de son mentor. « Elle sait ce que je veux pour les Championnats d’Europe et les Jeux olympiques. Pour moi, au niveau chronométrique, elle vaut beaucoup mieux. Elle a progressé dans beaucoup de domaines. Elle a développé encore plus de qualités au niveau physique mais aussi dans l’approche de la compétition et de sa discipline. Elle a compris des trucs, il faut travailler là-dessus. »

Des heures de dur labeur attendent donc encore l’étudiante en Master 2 Entrainement sportif à la faculté de Créteil. D’ailleurs, c’est sous son soleil de la Martinique qu’elle partira en stage dès le mois d’avril accompagnée de son groupe d’entrainement, dans lequel figure l’internationale sur 400 m, Marie Gayot. « On va participer à un meeting le 30 avril en Martinique avant de partir en Guadeloupe pour s’entrainer et courir aux meetings de Saint-Martin le 7 mai (400 m) et celui de Baie-Mahault le 14 (400 m haies). C’est une source supplémentaire de motivation pour moi puisque ma mère pourra me voir en compétition. »

L’été se préparera dans les DOM-TOM

Une rentrée précoce qui s’explique par une obligation de réaliser les minima tôt dans la saison. Une échéance chronométrique qui ne l’effraie pas plus que ça (55’’98). « Avant de connaître les minima, avec Laurent, on s’était déjà fixé un chrono qui est bien meilleur. Je sais que je les ai déjà quasiment faits. Ca me paraît plus atteignable et ça m’ajoute un peu de confiance. Mais de toute façon je suis sereine. Laurent me connaît par cœur. Je sais que je serai prête. »

Un état de forme espéré pour l’été qui ne sera pas optimal ce samedi à Nantes pour sa première sortie de l’année en compétition sur 400 m. Qu’importe, l’essentiel est ailleurs. « Pour moi elle est capable de faire encore plus de choses. Les JO, c’est un aboutissement dans la tête de tous les sacrifices qu’elle aura faits. C’est dur d’accepter de faire du très haut niveau. Maëva, elle aime sortir, elle aime faire la fête avec ses amis. Je la vois tous les jours se faire violence. Elle a grandi, elle comprend ce qu’elle fait. Elle sait ce qu’elle vaut. »

« C’est une année charnière pour moi, renchérit Maëva Contion. Si on fait l’année qu’on espère, ça peut marquer ma carrière. » Et celle de son « deuxième papa », comme elle dit, qui, après ceux de Sydney et Athènes, pourrait découvrir un troisième site olympique.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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