Louis Vandermessen

Louis Vandermessen sous les couleurs du club belge du CABW avec son père Arnaud. (crédit photo : Defrère athletics)

 

Auteur du record de France minimes du 1 000 m (2’29’’89) le 24 septembre dernier, le Franco-belge, licencié au club de Villeneuve d’Ascq-Frétin Athlé, Louis Vandermessen a effacé l’international Florian Carvalho des tablettes nationales. Un exploit pour cet athlète de 15 ans qui ne compte évidemment pas s’arrêter là et qui cible déjà le Festival olympique de la jeunesse européenne cet été. Entretien.

– Track and Life : Louis, vous venez de battre, coup sur coup, les records de Belgique du mile (4’21’’00) et surtout du 1 000 m (2’29’’89), qui fait office également de record de France, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

« C’est juste incroyable ! Ca faisait déjà deux ans qu’on avait le 1 000 m en tête. Quand j’ai commencé l’athlétisme en benjamin, j’avais fait 2’42 et c’était mon premier record de Belgique. J’avais un peu regardé les bilans sur la distance chez les minimes et je m’étais dit qu’il y avait les 2’32 pour le record de Belgique et les 2’30 pour le record de France. J’avais vu que c’était Florian Carvalho et je le connaissais déjà. C’est un grand athlète professionnel aujourd’hui. Je me disais : “si j’arrive à faire ça, ça serait vraiment le top“.

« Je suis plus intéressé pour choisir la France »

– Vous visiez clairement les 2’30’’16 de Florian Carvalho qui dataient de 2004 ?

Avant la course, je savais que j’allais partir sur les bases du record de France mais c’était un peu comme un rêve dans ma tête. Je n’y croyais pas totalement. C’est seulement quand j’ai réussi que je me suis rendu compte de ce que j’avais fait. Je suis passé sous les 2’30, j’ai battu Florian Carvalho, qui est un athlète exceptionnel. C’est quelque chose de gros pour moi !

– Vous courrez pour le moment plus souvent en Belgique qu’en France, comment cela s’explique-t-il ?

J’ai la double nationalité franco-belge. Je cours beaucoup en Belgique parce que mon entraineur (Fernand Brasseur) est en Belgique. Et contrairement à la France, en Belgique, j’ai l’avantage de pouvoir courir en toute catégorie. Je n’apparais pas encore trop sur les tablettes françaises mais ça devrait venir dès l’année prochaine. Je suis né en France, j’ai toujours vécu en France, j’habite et je suis à l’école en France mais mon père est Belge. Et quand j’ai commencé l’athlétisme, on s’était dit qu’on irait voir aussi ce qu’il se passait en Belgique. Et finalement, de fil en aiguille, on est restés sur la Belgique. Mais avec les compétitions internationales qui approchent, on sait qu’on va revenir en France. Je suis plus intéressé pour choisir la France s’il y a de futures sélections internationales.

« Je vise vraiment le haut niveau »

– Cela n’a pas été trop dur de garder un pic de forme jusqu’à la fin septembre, à l’image des athlètes professionnels, alors que vous n’êtes que minime ?

Je sais qu’en France la saison de piste se termine vraiment beaucoup plus tôt qu’en Belgique. Mais les Championnats de Belgique étaient en septembre. En juillet-août on est donc vraiment en plein dedans. Beaucoup essaient de faire leurs chronos en début d’année, j’ai moi-même essayé d’en faire. Mais je n’ai pas réussi, je n’ai pas fait ce que je voulais. J’ai fait de bons chronos sur 1 500 (3’59’’09) et 800 m (1’55’’13) mais ce n’était pas suffisant. On s’était dit qu’on coupait la saison en deux parties. J’ai fait ma première partie puis j’ai arrêté un petit peu. On est partis en vacances en août pendant un mois. J’en ai profité pour m’entrainer, pour préparer la deuxième partie de saison, car je savais qu’il y avait des records à prendre, que ce soit en Belgique ou en France.

– A seulement 15 ans, votre approche de l’athlétisme semble déjà professionnelle. Souhaitez-vous faire carrière dans ce sport ?

Je pense qu’on rêve tous d’atteindre le haut niveau. Je sais aussi que ça peut s’arrêter vite, il suffit d’une blessure ou de quelque chose d’autre. Je vise vraiment le haut niveau. Mais j’y vais étape par étape. C’est vraiment une relation avec mon coach, mon père et moi. On essaie de rester lucides pour utiliser mes pleines capacités et atteindre le haut niveau.

« Le gros objectif l’année prochaine ce sont les FOJE »

– Vous allez sûrement l’entendre, mais n’avez-vous pas peur de vous griller si vous vous entrainez trop durement trop jeune et de ne rester qu’un jeune prometteur ?

Je sais que beaucoup de gens le disent, je l’ai déjà vu. C’est tout à fait normal. Ils ont raison. Je dirais peut-être la même chose si je voyais un minime faire les mêmes temps que moi sans connaître son planning d’entrainement. Maintenant, voilà, je sais ce que je fais.  J‘ai confiance en mon entraineur. Je sais qu’on essaie de ne pas brûler les étapes. Je n’y vais pas trop fort au niveau de l’entrainement. On travaille beaucoup le fond mais pas beaucoup le fractionné. Je fais quatre ou cinq entrainements par semaine avec un fractionné, une ou deux séances de fond et un ou deux footings.

– Vous allez passer cadet cette saison, quels sont vos objectifs?

Je sais que je ne vais pas faire beaucoup de cross parce que le gros objectif de l’année prochaine c’est le Festival olympique de la Jeunesse européenne. Je vais me concentrer essentiellement sur la piste. Ca fait déjà deux, trois ans qu’on se concentre sur ça. L’année prochaine, c’est la grosse année pour ça. Donc on s’est dit que cet hiver on prendrait surtout du repos pour revenir en forme pour l’été.

« Est-ce qu’on prend le risque de faire les France de cross ? »

– Donc pas de cross pour vous cette année ?

J’ai été contacté pour participer au cross de Hyères donc j’y serai, tout comme les Interrégionaux et les Championnats de France de cross. Mais on a quand même hésité pendant un moment, à se dire : “est-ce qu’on fait les France ? Est-ce qu’on prend le risque “ Car je sais qu’en tant que cadet première année, le podium aux Championnats de France ça m’étonnerait que je puisse le viser. J’ai un ami (Antoine Senard) qui est dans mon club, qui a fait les France l’année dernière. Il est censé être dans les meilleurs et il a fini huitième et deuxième de son année (athlète né en 2000). J’avais vu la course, le parcours, ç’avait l’air vachement difficile. Il fallait choisir. Mais c’est quand même un championnat de France, c’est quelque chose qu’il ne faut pas louper. On va y aller et essayer de prendre de l’expérience car c’est énorme 400 personnes sur une même ligne de départ sur un terrain difficile. Et ça me permettra de connaître les adversaires pour les années suivantes.

– Vous citez les FOJE. Sur quelle distance pensez-vous vous aligner cette saison ?

Ma distance de prédilection c’est toujours la question. On se la pose encore. Au début d’année, on se disait 1 500 m. Et finalement j’ai fait 1’55’’13 au 800 m. Donc on s’est dit que c’était pas mal. J’ai essayé aussi le 1500 m steeple (4’19) et je passais pas mal les barrières. On choisira sûrement selon les bilans européens en janvier, février, mars.

« C’est Baptiste Mischler qui m’impressionne le plus »

– Suivez-vous les résultats des jeunes athlètes français (cadets-juniors) qui brillent à l’échelle européenne ?

Je suis un peu Jimmy Gressier, Abderrazak Charik, Fabien Palcau. Et il y a évidemment Baptiste Mischler. Ils sont tous les quatre impressionnants et puis il y en a d’autres comme Yani Khelaf. Je sais que Gressier, Charik, Palcau, sont plus sur des longues distances. Moi je ne sais pas encore où est-ce que j’irai mais je ne me sens pas encore capable d’aller sur les longues distances. Je les trouve impressionnant mais c’est vraiment Mischler qui m’impressionne le plus avec ses chronos. Mais il y aussi des bons coureurs en Belgique comme Jochem Vermeulen qui a fait 3’44 en cadets 2 (3’44’’27 en 2015). Ce sont de bons exemples à suivre.

– Quel est votre programme pour les semaines à venir ?

Il me reste un 2 000 m samedi (1 octobre à Bruxelles) où je vais essayer de prendre le record de Belgique qui est à 5’36 et après, enfin le repos ! Ca commence à être un peu long. Mais en même temps, j’ai eu un mois de vacances en août, où, même si je me suis entrainé (après une coupure d’une semaine), l’absence de compétitions, m’a fait du bien mentalement. »

De l’avance sur Mischler and co.
Avec ses 2’29’’89, Louis Vandermessen est donc le premier minime français à franchir la barrière symbolique des 2’30’’ sur 1 000 m. Un exploit qui le laisse largement devant ses exemples actuels. Puisque à son âge, Baptispe Mischler, 4e des derniers championnats du monde juniors et auteur de 3’39’’58 cet été, s’était arrêté à 2’35’’81 (2012).  Le recordman de France juniors du 1 500 m Samir Dahmani (1’44’’07 sur 800 m cette saison), quant à lui,  n’avait fait qu’un 1 000 m dans sa vie en 2’44’’0 (2006) alors que Yani Khelaf (2’37’’12 en 2013) et Fabien Palcau (2’48’’68 en 2012) étaient plus loin. Toujours licencié en football, Jimmy Gressier n’avait à 15 ans, pas encore foulé une piste d’athlétisme.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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