Louis Gilavert

Louis Gilavert vient d’apprendre qu’il a battu  le record de France juniors du 3 000 m steeple ce samedi 27 mai à Oordegem.

 

En délicatesse avec ses genoux et arrêté plusieurs mois cet hiver, l’athlète Louis Gilavert, 19 ans, a réalisé, ce samedi au meeting d’Oordegem, l’un des exploits de cette saison en battant le record de France juniors du 3 000 m steeple en 8’38’’84. Retour sur cette performance d’un athlète pas comme les autres.

Pour un spectacle garanti, mettez Louis Gilavert au départ d’une compétition, énervez-le bien et ça vous donnera des courses à vous donner la chair de poule. Ce samedi, lors du meeting d’Oordegem en Belgique, l’international juniors a réalisé un exploit dont lui seul a le secret. Aligné sur un 3 000 m steeple très relevé, il a tout simplement battu le record de France juniors de la spécialité en 8’38’’84 (ex-record par Djilali Bedrani en 8’42’’67 en 2012).

Un hiver très compliqué

Une performance envisageable en début de saison tant le talent de l’athlète de l’Athlé Sud 77 est reconnu de tous. Surtout que la saison passée, il avait déjà affolé le compteur sur la même course (8’43’’53). Mais en ce 27 mai 2017, le contexte était tout autre.

Car ça ne devait pas être le Louis Gilavert des grands jours, à la vue de ses dernières sorties (3’54’’81 et 3’57’’98 sur 1 500 m lors des deux tours d’Interclubs) et surtout d’un hiver passé loin des stades à cause d’un syndrome de l’essuie-glace. « Avant la course, je n’étais pas du tout stressé, explique-t-il. C’avait été le cas lors de ma première sortie de la saison car c’était la première fois que je m’arrêtais aussi longtemps (3 mois d’arrêt). Mais là, j’étais bien, je n’avais rien dans la tête. »

Une grosse remise en question

Une tête, qui l’a guidé tout au long de ce 3 000 m steeple, mais qui a également souffert ces derniers mois. Car, quand à trois jours des Championnats d’Europe de cross (14 décembre 2016), le Français déclare forfait à cause d’une douleur à son genou droit, c’est tout son monde qui s’est écroulé. « Ce forfait a été un facteur fou dans ma saison. Suite à ça, j’ai eu du mal à me relever. Il y a eu une très grosse remise en question de mon côté. J’ai perdu l’athlétisme, du coup, autour de moi, il ne restait plus que l’école. Et franchement, l’école, ce n’est pas pour moi. »

En début d’année, il arrête ses études et se retrouve des journées entières à réfléchir, ressasser, se poser des questions, beaucoup de questions. « J’avais peur de ne pas revenir à haut niveau. Mon entourage proche avait du mal à me suivre. J’ai un peu tout lâché. Il y a même des moments où on s’est posé la question de savoir si je pouvais continuer ce sport de cette façon-là. Dans ces moments-là, c’était dur ! »

Un manque de sérieux

Pour parler de lui, Gilavert utilise le « on » comme pour inclure son entourage, dont son père et Thierry Choffin, son entraineur. Un coach qui a dû jongler entre les mots et les entrainements pour remettre son diamant à l’endroit. « Il a fallu lui faire comprendre qu’il fallait se soigner. » « Quand je me suis blessé, je suis tombé de haut, continue Gilavert. Je n’ai pas été assez sérieux. Je pense que je n’y étais pas. Je n’ai pas fait assez de soins. J’aurais pu gagner un bon mois d’entrainement. »

Et quand le genou a commencé à le laisser tranquille, c’est le niveau et l’investissement qui n’étaient plus au rendez-vous. « Il était en dilettante, explique Choffin. J’ai dû lui montrer par des séances spécifiques qu’il n’était pas au niveau et qu’il fallait qu’il travaille. » C’est donc avec les jambes chargées qu’il a reçu ses deux claques salvatrices sur 1 500 m lors des Interclubs. En ajoutant la montée en puissance d’Alexis Phelut, un autre junior, auteur de 8’51’’ 79 le 7 mai, la bombe Gilavert était quasiment prête pour l’explosion. Il manquait juste un dernier ingrédient. « Avant la course, je disais beaucoup que j’avais faim, que j’avais envie de revenir. Car on m’a beaucoup taquiné avec Alexis. Et une phrase de Florian Carvalho m’a choqué (ils s’entrainent ensemble au pôle espoirs de Fontainebleau). Il m’a dit : « mets des actes sur tes paroles ». En fait, j’étais vachement motivé mais je n’arrivais pas à le retranscrire sur le terrain. »

Un podium aux Europe juniors ?

Il l’a fait à Oordegem. Parti en queue d’un peloton de 32 éléments, Gilavert bouclait son premier 400 m en 1’12 avant de mettre sa machine en route. « A mi-course, quand j’ai vu le chrono, je me suis dit qu’un record personnel était possible, mais jamais je n’ai pensé au record de France. » Et après un dernier 500 m en 1’13, il coupait la ligne les yeux exorbités, comme possédé, pas certain de comprendre ce qu’il venait de réaliser. «  Je l’ai entendu crier du bout du stade, lâche Yani Khelaf son pote du pôle espoirs de Fontainebleau, encore surpris par la performance. J’ai cru qu’il avait fait les minima pour les Europe (8’55). » Gilavert lui n’en savait rien, avant que son manager Riad Ouled, montre en main, lui dise qu’il venait de battre le record de France. Pas de quoi le faire quitter son état de choc. « Jamais je n’aurais pensé à ce scénario. Dans les deux derniers kilomètres, toutes mes galères me sont inconsciemment revenues en tête. Le mental a été forgé. »

Une force mentale qu’il a sortie au meilleur moment alors que tous les observateurs, proches ou non, le voyaient autour des 9′. Mais maintenant qu’il est revenu dans le jeu pour un podium européen en juillet prochain à Grosseto (20-23 juillet), il va falloir enchaîner. « L’objectif, on le connaît depuis le début, lâche-t-il. On sait qu’avec un chrono comme celui-là, on peut viser un podium, voire mieux. Maintenant, est-ce que je vais le faire ? Je ne sais pas car j’ai encore un peu mal au genou. Mais j’ai cet objectif en tête. Si je ne me blesse pas, je peux passer d’une saison blanche à une saison réussie. »

Des questions, toujours des questions. Mais avec un tel chrono en poche, les réponses sont sûrement plus faciles à trouver.  Une chose est sûre, l’artiste a déjà réussi une grande représentation. Comment sera la suivante ? Seul lui a la réponse.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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