Lolassonn Djouhan

Lolassonn Djouhan est en grande forme en ce début de saison.

Auteur de la deuxième performance française de tous les temps au disque ce samedi avec un jet à 65,10 m à Saran, Lolassonn Djouhan vient de franchir un cap dans sa jeune carrière. A 25 ans, le lanceur de l’EC Orléans Cercle Jules Ferry a réussi les minima pour les prochains Championnats du monde, même si sa performance ne devrait pas être validée puisqu’elle n’a pas été effectuée dans un meeting national. Pas de quoi décourager celui qui ne s’est jamais senti aussi bien. Interview.

– Lolassonn, pouvez-vous revenir sur votre lancer record de Saran ?

« Quand je lance le disque, je n’y crois pas trop à la vue des conditions. C’est mon dernier essai, et il y a du vent de dos. Et le vent de dos, ce n’est pas bien car ça rabat le disque au sol. Sur mon lancer, mon disque part comme d’habitude mais je ne le vois pas plus loin même s’il reste un peu plus longtemps en l’air. Donc je sors du plateau un peu dégoûté. Mais au moment de la mesure, je vois tout le monde qui commence à s’attrouper. Je me suis donc intéressé aussi et ils ont alors annoncé 65,17 m, revu à 65,10 m (ex-record 61,95 en 2016). J’étais super heureux.

« J’ai pas mal bossé cet hiver et ça paie maintenant »

– Vous attendiez-vous à une telle performance ?

Avant de lancer, j’avais annoncé à mes amis que je pouvais faire 65 m car je me sentais vraiment en forme. Avant le stage à Alicante (mois d’avril), j’avais déjà mesuré 65,30 m à l’entrainement, en stage, avec la fatigue, j’ai mesuré à 63,89 m. Ce n’est pas un truc qui sort de nulle part. Je suis en forme, je ne serais pas capable de dire pourquoi. J’ai changé un peu ma technique, j’ai pas mal bossé de choses cet hiver et ça paie maintenant.

– On va dire que vous passez enfin le cap chez les seniors après plusieurs sélections chez les jeunes.

Ca fait quatre ans que je tourne autour du pot. Je faisais des bons jets mais ça ne sortait pas en compétitions. Après c’est un engrenage. On reste en-dedans pendant deux, trois ans, on n’y arrive pas. Mais là, cette année, j’ai bossé comme il fallait. Dès cet hiver je sentais que j’étais bien. Tous mes concours étaient à plus de 61 m. Ca montre que ça commence vraiment à sortir.

« Si je les ai faits là, je peux les refaire »

– Comment expliquez-vous que ça sorte aujourd’hui ?

Je suis content d’avoir pris le temps, de ne pas être allé trop tôt dans la gueule du loup. J’ai commencé l’athlétisme en fin de cadet 1 et je n’aimais pas vraiment le disque jusqu’à 2012. C’est Namakoro, le père de Yves Niaré (recordman de France du lancer de poids), qui m’a donné envie de faire du disque. C’est grâce à mes formateurs que je continuais car je faisais du basket et je m’en foutais de l’athlétisme. C’a pris du temps, mais j’ai appris à aimer ça. J’ai vraiment commencé à me professionnaliser depuis 2012.

– Malheureusement, cette performance n’ayant pas été réalisée lors d’un meeting national, elle pourrait ne pas être prise en compte pour votre qualification aux prochains Championnats du monde.

Je ne pense pas que ma performance sera comptée pour les minima. Après on ne sait jamais, il y avait quand même quatre juges fédéraux (2 à la chute, 2 au départ). Je vais lancer le plus possible pour prouver que je suis capable de le refaire. Mais imposer cette politique là en France parce que certains ont déconné par le passé c’est dommage (les minima doivent être réalisés lors de meetings nationaux). Nous on est jeunes, on n’a rien à voir avec ça. C’est un peu nous empêcher de faire ce qu’on veut. Car si demain, je repars dans une préparation lourde et que je ne refais plus les minima, je n’irai pas aux Mondiaux. C’est surtout ça qui me fait peur. Après, si je les ai faits là, je suis capable de les refaire.

« J’aimerais qu’on aille avec Frédéric Dagée aux Mondiaux »

– Quel va être votre programme pour la suite de la saison ?

Avec cette performance réalisée assez tôt, j’espère maintenant pouvoir entrer dans de bons meetings. C’est compliqué de faire 65 m en meeting national, puisqu’avec un jet à 59 m on sait qu’on a déjà gagné. Après, dans une compétition comme à Saran, il y avait par contre 20 ou 30 personnes qui sont venues me voir. C’est le genre de choses qui donnent envie d’aller plus loin, alors que dans d’autres meetings tu te bats tout seul.

– On imagine que vous pensez plus que jamais aux Mondiaux.

Il y a Fred (Frédéric Dagée, lanceur de poids) qui arrive, il fait des choses pas mal. Ce que j’aimerais c’est qu’on aille tous les deux aux Championnats du monde pour pouvoir profiter et être récompensés de toutes nos heures de travail en commun. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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