Liv Westphal

Liv Westphal a passé plusieurs jours à l’hôtel entre son retour des Etats-Unis et son départ pour l’Italie.

 

Gênée tout au long de la saison 2016 par une blessure à l’adducteur alors qu’elle visait une qualification pour les Jeux olympiques, Liv Westphal sera l’un des atouts de l’équipe de France seniors de cross ce dimanche à Chia. Expatriée aux Etats-Unis depuis six saisons, la Limougeaude semble de retour à son meilleur niveau et espère bien le montrer en Italie, son pays de naissance.

Depuis mardi (6 décembre), Liv Westphal (bientôt 23 ans) a retrouvé le sol français. Logée dans un hôtel proche de la Fédération française d’athlétisme, la spécialiste du 5 000 m a passé le temps comme elle a pu depuis son retour de Boston, là où elle étudie, avant de rejoindre l’Italie ce vendredi matin pour les Championnats d’Europe de cross. Des aller-retours dont elle s’est fait une spécialité puisqu’elle étudie aux Etats-Unis depuis septembre 2011. « J’ai pris l’habitude de rentrer cinq ou six jours avant les compétitions, explique-t-elle. Je sais comment marche le décalage horaire. Les vols des Etats-Unis vers la France partent toujours le soir. Je fais la nuit dans l’avion puis j’essaie de rester éveillée le plus tard possible le jour où j’arrive en France. La deuxième nuit est toujours la plus compliquée. »

« Rater le coche en 2016 n’a pas été évident »

Couchée à 1h du matin ce mercredi soir, la Bostonienne d’adoption sait qu’elle sera d’attaque ce dimanche. « Franchement, ça va bien ! Depuis deux semaines, mes entrainements sont vraiment bons. J’ai fait deux cross qui ont été très concluants. Et même si je ne sais pas trop où j’en suis par rapport aux autres Françaises, j’ai la chance de côtoyer du haut niveau et de la densité à chaque course aux Etats-Unis. »

Etudiante en Master de langues à Boston College, Liv Westphal ne fait en revanche plus partie de l’équipe universitaire d’athlétisme de sa faculté et ne peut donc plus courir en NCAA (Fédération universitaire). « C’est cinq ans maximum pour évoluer en NCAA, explique-t-elle. Maintenant, j’ai beaucoup plus de liberté. Je n’ai plus la pression de l’équipe, je choisis mes compétitions. La NCAA demande d’être en forme trois saisons par an et de courir toutes les deux semaines. Là, je peux me concentrer à 100 % sur l’équipe de France. »

Une équipe de France qu’elle aurait aimé retrouver cet été à Amsterdam puis à Rio. Mais son corps en a décidé autrement. « Rater le coche en 2016 n’a pas été évident. De janvier à mai, j’ai couru avec des douleurs à l’adducteur droit. Aux Etats-Unis, on me disait que c’était une contracture tenace. J’ai dû attendre de rentrer en France pour qu’on découvre que c’était une déchirure. Evidemment, j’ai dû beaucoup puiser dans mes réserves tout au long de la saison. C’a été un soulagement de comprendre pourquoi mes performances n’étaient pas au rendez-vous (15’44’’28 en 2016). Car je peux le dire franchement, je voulais courir 15’18 (minima olympiques sur 5 000 m, record personnel 15’28’’71 en 2015). C’est aussi pour ça que j’ai fermé les yeux sur la douleur et que j’ai serré les dents. »

Une expérience de sportive professionnelle ?

Obligée de couper cinq semaines, elle en a profité pour se régénérer. « J’ai quand même couru onze mois d’affilée pendant cinq ans. Je commençais les cross en septembre et je courais jusqu’à juillet pour l’équipe de France. J’avais besoin d’un repos mental. Et ça m’a fait aussi comprendre, même si je le savais déjà, que l’athlétisme, c’est éphémère. »

Adepte du double projet, Liv Westphal a toujours cumulé les honneurs sportifs (championne d’Europe espoirs du 5 000 m et vice-championne d’Europe par équipes de cross en 2015) et les diplômes (MBA en communication, un master en business). D’ailleurs, actuellement, en plus de ses études, elle donne des cours de français à des étudiants de première et deuxième année. Pas vraiment l’emploi du temps d’une sportive de haut niveau. « Je n’arrive pas à caser deux entrainements par jour ou à faire la sieste, avoue-t-elle. Mais ça fait partie de mon équilibre. J’ai toujours réussi à concilier études et sport. »

Cependant, cet équilibre pourrait évoluer puisque, n’étant plus sous l’égide de la NCAA, la Française pourrait signer avec une marque et devenir professionnelle, comme le font les meilleurs athlètes américains à la fin de leurs études. « J’ai signé avec Rémy Charpentier (agent français qui s’occupe notamment de Cassandre Beaugrand et Maëva Danois). On est au stade des discussions avec les marques. C’est une transition en douceur. C’est bien parce que j’ai débuté un master très prenant et je ne me voyais pas intégrer un groupe d’entrainement professionnel tout de suite. Je suis encore très amateur dans ma pratique. Je n’utilise pas de montre GPS par exemple. Il va falloir que je passe à ce stade mais je suis contente d’être déjà arrivée à ce niveau en étant assez amateur dans mon approche. On verra en 2018 (date de la fin de son diplôme) si je tente l’aventure professionnelle. »

La confiance de la DTN

Arrivée en 2011 à Boston, Liv Westphal y restera donc au moins jusqu’à la fin de ses études, ce qu’elle n’aurait pas imaginé il y a quelques années. Mais elle se plait dans une ville « très dynamique, à fond dans le running », où elle a trouvé son équilibre dans sa colocation au sommet de la Heart Break Avenue, la côte de six kilomètres qu’elle parcourt régulièrement à l’entrainement et où passe le Marathon de Boston.

Mais avant de retrouver le sol américain (16 janvier), l’athlète de l’AS Saint-Junien aimerait décrocher une nouvelle médaille internationale avec l’équipe de France dès ce week-end à Chia. « Je pense qu’on a une équipe homogène. Il ne faut pas se voiler la face puisqu’on perd le top 2 de l’année dernière avec les absences de Clémence Calvin et Christelle Daunay. On part quand même un peu amoindri. En même temps, je pense qu’on a un collectif solide. On peut très bien avoir un objectif de podium. »

Une médaille qu’elle aimerait d’autant plus aider à décrocher pour redonner la confiance que la DTN lui accorde. « Ce n’est pas évident pour moi car on me fait confiance. J’ai un peu plus de pression. Ca fait maintenant depuis 2013 et les Championnats du monde juniors qu’on me fait confiance. On me prend sans passer par le cross de sélection mais jusqu’à présent ç’a toujours marché. »

Sur ses terres natales (elle est née à Milan) ce dimanche et sous l’oeil de son entraineur américain Randy Thomas, la plus Américaines des Françaises sera l’un des atouts de l’équipe de France seniors, en course pour une nouvelle médaille par équipe.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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