Saint-Maur

La mythique piste d’athlétisme du Stade Adolphe-Chéron ne devrait plus pouvoir accueillir de compétitions d’athlétisme.

 

Suite à une décision du conseil municipal de la ville de Saint-Maur, en date du 22 septembre, le stade Chéron, qui accueille les mythiques soirées de demi-fond, devrait être rénové à partir du mois de mai prochain pour agrandir le terrain de football situé au milieu. Une décision qui entrainerait la disparition des compétitions d’athlétisme sur l’enceinte francilienne puisque la nouvelle piste, composée seulement de quatre couloirs, ne pourra pas être homologuée. Passionnés, dirigeants du club hôte ou membres de la Fédération, tous les acteurs de l’athlétisme tentent de se mobiliser pour inverser la décision. Enquête.

Depuis le 22 septembre et le vote du Conseil municipal de la ville de Saint-Maur en faveur de la rénovation du stade Adolphe-Chéron, une question inquiète le milieu de l’athlétisme. Que vont devenir les soirées Saint-Maur si le stade d’athlétisme n’est plus aux normes ? Le projet du maire Sylvain Berrios ne laisse en effet que peu de place à la pratique de l’athlétisme, puisqu’une piste de quatre couloirs seulement devrait voir le jour, contre six actuellement (contactée la mairie n’a pas souhaité répondre à nos questions pour le moment). « Le terrain de football (situé au milieu de la piste) n’est pas aux normes de la Fédération française de football par rapport au niveau des deux clubs (Les Lusitanos engagés cette saison en CFA et les filles de la VGA Saint-Maur, présentes en Division 2), explique Vincent Le Bot, le président du club d’athlétisme de la VGA Saint-Maur. Il faut donc l’agrandir. Il y avait deux projets pour la piste d’athlétisme, un avec six couloirs et le deuxième avec quatre couloirs. Le maire considère que faire une piste à six couloirs avec un mur d’enceinte aussi proche (1,20 m de la piste), ça va le dénaturer. C’est un argument esthétique qu’il avance. Il a donc retenu le projet à quatre couloirs. »

« Une piste qui continue d’écrire l’histoire »

Une décision qui rendrait impossible l’organisation d’une compétition officielle sur la piste d’athlétisme, donc l’arrêt des soirées Saint-Maur. Un petit raz-de-marée à l’échelle du club saint-maurien. « Ces soirées contribuaient à notre santé financière avec les revenus tirés des dossards et de la buvette, renseigne Vincent Le Bot. A une époque où les subventions baissent, c’était quand même une source de revenu pour le club. »

Un mal pour le club mais également pour la ligue d’athlétisme. « C’est une piste qui est mythique, qui a une histoire, lâche Lahcen Salhi, le directeur sportif de la Ligue d’Ile de France d’athlétisme (LIFA). Mais c’est surtout une piste qui continue à écrire l’histoire. Aujourd’hui, pour le demi-fond, il y a une énorme dynamique du côté de Saint-Maur. C’est une piste connue et reconnue par tous les athlètes, dans toute la France. »

Théâtre de plusieurs exploits comme les records du monde du 3 000 m (1962), du mile (1965) et du 2 000 m (1966) de Michel Jazy, le stade Aldophe-Chéron est considéré comme la Mecque du demi-fond français. « Je n’ai pas connu l’époque Jazy car j’ai commencé l’athlétisme en 1979, raconte Philippe Quest, auteur de la pétition pour la sauvegarde de la piste qui a déjà été signée par plus de 2 000 personnes sur internet. Mais j’ai eu l’occasion de voir le 4×200 m avec Daniel Sangouma et l’équipe de France. Surtout, j’ai tous mes records à Saint-Maur comme beaucoup de demi-fondeurs. Là, ça va faire un vide. Les athlètes vont sûrement aller ailleurs. C’est sûr que ça prenait tellement de place que c’était dur de faire concurrence à Saint-Maur. Celui qui voulait organiser une compétition le mercredi soir en été, il savait qu’il ne fallait pas mettre de demi-fond à son programme. »

Délocaliser les soirées demi-fond ailleurs ?

Alors que faire, tout arrêter ou continuer l’histoire ailleurs ? « Si les soirées de demi-fond sont utiles et rencontrent un succès, il faut les maintenir, avance Vincent Le Bot. Et si elles ne sont pas à Saint-Maur, elles ne seront pas à Saint-Maur. Il va falloir faire preuve d’imagination et les organiser ailleurs. Est-ce que le comité départemental du 94 veut reprendre l’organisation des soirées ? Ensuite il faut trouver un ou plusieurs stades qui les accueille(nt). Ou que la LIFA le reprenne et qu’ils organisent les soirées d’Ile de France de demi-fond sur plusieurs stades par exemple. Il ne faut pas dire c’est fini, il faut passer à autre chose. »

Une délocalisation qui n’est pas du tout de l’avis de la LIFA. « Même si on trouve une autre ville qui voudrait organiser des soirées comme celles de Saint-Maur, on ne retrouvera pas les mêmes conditions, avance Lahcen Salhi. Sur cette piste, tu as un mur tout autour qui te protège du vent, tu as une configuration ligne droite / virage qui permet d’avantager le demi-fond et le club qui les accueille est compétent. Trois points difficiles à avoir sur une autre piste d’athlétisme. Si aujourd’hui un autre meeting se met en place, ça sera un autre meeting parmi tant d’autres. Alors que Saint-Maur, son histoire, en fait la promotion. Il n’y a pas besoin de faire la promotion pour qu’il y ait du monde. En plus, je suis persuadé que si ces soirées disparaissent, il y aura 20 % d’athlètes de notre ligue en moins qualifiés aux Championnats de France. »

Une réorganisation du club

Un constat qui donne envie aux différents acteurs de l’athlétisme de se battre. « On n’a pas pensé au plan B, avoue Lahcen Salhi. On espère qu’il y aura beaucoup de signataires pour la pétition. Et on est également en contact avec le journal l’Equipe pour faire un article où Michel Jazy interviendra. Je pense que la municipalité ne s’est pas rendu compte de l’ampleur et de l’importance de ce lieu. J’espère qu’avec tout ce qui va se passer, elle va comprendre. »

Du côté du club, c’est toute une organisation quotidienne qui devra être mise en place puisque le planning des entrainements devra être adapté à la perte de deux couloirs, sans oublier la perte financière. « C’est sur que les gens sont attachés à tout ça mais la pétition je n’y crois pas, conclut Vincent Le Bot. Il y a toute une réorganisation qu’on doit voir avec la mairie pour savoir où on va s’entrainer à partir du mois de mai prochain. On aura quand même un stade d’entrainement neuf. Il y aura également des zones intérieures aménagées donc on va demander des créneaux pour pouvoir s’entrainer l’hiver de façon plus agréable. »

De quoi voir le verre à moitié plein. Pour le reste, les prochains exploits au stade Adolphe-Chéron se feront sûrement balle au pied, pour le plus grand regret des passionnés d’athlétisme.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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  1. PORTA
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    Mon premier cross en novembre 1966, en minime première année, m’a fait fouler ce stade déjà connu avec entre autre les exploits des deux Michel : Jazy et Bernard. Depuis, j’ai couru maintes fois sur cette piste dans les années 70 et 80 ou j’ai établi mes principaux records et depuis j’y retourne assez régulièrement avec des athlètes que j’entraine.
    Aussi, à l’aube de ma cinquante-et-unième licence, je suis de tout coeur avec tous ces dirigeants, juges, entraineurs et athlètes qui veulent conserver cette belle piste légendaire de Saint-Maur. Le foot a de l’argent mais nous, nous avons notre coeur et s’il faut montrer notre détermination, nous serions des milliers à « envahir » ce stade Chéron.

  2. MOREAU IRENE, Présidente du club La Postillonne de Lo gjumeau et section locale de l'entente Essonne Athlétic
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    STOP AU FOOT ! Non à la destruction de la piste. Gardons les infrastructures pour la pratique de l’athlétisme et n’oublions pas l’histoire et les excellents résultats de nos très grands noms de cette discipline sans oublier les records personnels de jeunes athlètes de La Postillonne.
    Les Soirées de Saint-Maur sont une réelle opportunité pour ces athlètes dont font partie les demi-fondeurs d’Essonne Athletic. Pour preuve : les records du Club et records personnels qui y ont été battus ce printemps 2016 par Asenath, Emeline, Hugo ou Thomas !!

  3. Avart michel président du RCEpernay et du comite marne athlétisme
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    Il faut sauver st MAUR, c’est le temple du demi / fond, tous les clubs des comités et ligues avoisinantes viennent à StMAUR, dites moi comment signer la pétition , tous nos athlètes jeunes et anciens vous soutiennent

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