Alors qu’il est devenu pousseur en bobsleigh, Boris Vain garde un pied en athlétisme en entrainant Thomas Cuisset à Amiens.

Recordman de France juniors du lancer du poids, Boris Vain est aujourd’hui sportif professionnel en bobsleigh.

 

Encore plus que les autres disciplines de l’athlétisme, les lancers français souffrent de la comparaison avec de nombreux sports, ce qui entraine très souvent l’exode de talents vers d’autres cieux.

Nagano, Jeux olympiques d’hiver en 1998. Quatre garçons sur la glace viennent de décrocher la première, et toujours la seule, médaille olympique française en bobsleigh (3e). Parmi eux, mis à part le pilote Bruno Mingeon, les trois autres sont des athlètes de formation. Max Robert (10’’40 sur 100 m), Emmanuel Hostache (18,02 m au poids) et Eric Le Chanony (56,72 m au disque) ont quitté le tartan et les plateaux de lancer pour assouvir leur rêve d’olympisme. Un exemple, parmi tant d’autres, de la fuite des talents de l’athlétisme vers d’autres sports donnant plus de possibilités (financière, participation à de grandes manifestations internationales, entre autres).

Des gabarits très recherchés

Une migration qui touche particulièrement le secteur des lancers en France. En manque de résultats et peu médiatisée, la discipline souffre de la comparaison avec des sports populaires comme le rugby ou plus spécifiques comme le bobsleigh. Il faut dire que des athlètes de plus de 100 kg avec des qualités d’explosivité sont très recherchés, et pas seulement pour lancer un engin le plus loin possible sur un stade d’athlétisme. « La plupart des pousseurs des équipes de France sont des anciens athlètes, livre Bruno Mingeon, ex-bobeur et aujourd’hui manager des équipes de France et de Monaco. En athlétisme, on retrouve des gabarits forts qui peuvent être rapides. En bob, il faut beaucoup d’explosivité. Tous les lanceurs n’ont pas cette qualité mais on en trouve. »

Dernier exemple en date, Boris Vain, recordman de France juniors du lancer de poids (18,01 m au 7,26 kg) qui a intégré depuis janvier 2013 l’équipe de Monaco de bobsleigh. Repéré par Bruno Mingeon, le lanceur picard a, dans un premier temps, refusé la proposition, avant de s’engager dans cette nouvelle aventure. « J’ai toujours rêvé d’une vie d’athlète professionnel, explique-t-il. Le poids c’était ma vie. J’ai toujours un petit regret d’avoir quitté cette discipline. Mais bon, c’est très compliqué de devenir lanceur international, et notamment en France, où il n’y a pas beaucoup d’aides. »

Un autre chemin vers les JO

Une problématique très bien comprise par les formateurs d’autres sports à l’affût des talents délaissés par l’athlétisme. « Notre DTN Thierry Soler essaie de mettre en place une passerelle avec la Fédération française d’athlétisme pour essayer de récupérer des athlètes qui sont à la limite du haut niveau, avance Bruno Mingeon. On reste à l’affût car les critères de sélection en athlétisme pour les championnats internationaux sont très compliqués. Beaucoup n’y arriveront pas et on a d’ailleurs plusieurs noms en tête. Car on peut leur offrir une expérience olympique qu’ils ne pourront pas avoir en athlétisme. »

Audrey Ciofani et Walter Ciofani

Audrey Ciofani, championne d’Europe juniors du lancer du marteau suit pour le moment les traces de son père Walter.

 

Une politique à laquelle a été confronté Walter Ciofani, l’entraineur entre autres, d’Audrey, sa fille, championne d’Europe juniors 2015 du lancer du marteau. « J’ai failli moi-même faire le bobsleigh aux Jeux olympiques d’Albertville en 1992, lâche l’ex-international au lancer du marteau (78,50 m). J’avais fait les tests et avais été retenu mais j’ai privilégié l’athlétisme car la Fédération de bobsleigh n’était pas encore bien structurée à l’époque. Le bob nous prend des athlètes mais aussi le rugby. J’ai ma grande fille (Anne-Cécile) qui est en équipe de France de rugby à VII. Elle faisait de l’athlétisme mais quand elle est rentrée à la fac, son professeur de sport lui a proposé le rugby. Je n’avais aucun argument à lui apporter pour la retenir. »

Difficile de lutter contre l’attractivité d’autres sports

Contre des contrats professionnels, la FFA et ses aides accordées seulement aux meilleurs, ne peut pas vraiment lutter. « C’est dur pour nous car on travaille pour faire sortir des jeunes et derrière ils partent, regrette Walter Ciofani qui a vu son athlète Cheikhou Danfakha rejoindre les rangs du club de rugby du Racing 92 après avoir glané un titre de champion de France cadets au disque. La Fédération fait ce qu’elle peut mais n’a pas les moyens. Dans les sports comme le rugby ou le handball, il y a des matches tous les week-ends, une ambiance d’équipe. Nous, on est isolés. Il faut vraiment en avoir envie. »

Des sirènes qui n’ont pas encore attiré tous les talents français mais rien ne semble permettre d’améliorer la situation. « Je connais cette discipline et je ne voulais absolument pas qu’Audrey se lance là-dedans, continue Ciofani. A mon époque, j’avais bonne presse, je passais à la télévision. Maintenant, on ne parle plus du tout des lancers. »

D’ailleurs, même l’INSEP s’y met, puisqu’en septembre, les lanceurs n’auront plus de plateau à disposition dans l’enceinte du bois de Vincennes. Pas de quoi court-circuiter la fuite des talents même vers des sports pas spécialement rémunérateurs. « En bobsleigh, nous ne sommes pas non plus sur une autre planète, affirme Bruno Mingeon. Mais on peut permettre à certains de vivre du sport. »

Chose quasiment impossible en athlétisme et particulièrement dans les lancers, à de rares exceptions près.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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