saut en hauteur

Patrick Leger, responsable du suivi des jeunes à la FFA, en plein coaching avec Maxime Lapeyrie, membre du pôle de Dijon.

 

En manque de résultats depuis de nombreuses années, le saut en hauteur français se cherche de nouvelles pépites. Une ambition difficile à relever quand les moyens ne suivent pas.

Le 23 janvier dernier, le meeting d’Hirson était quasiment LE rendez-vous pour les spécialistes de saut en hauteur en France. En effet, le meeting axonais est le dernier événement hexagonal uniquement réservé au saut en hauteur. Un signe qui ne trompe pas quand les voisins perchistes paradent à bord de leur Perche Elite Tour. « En France, on n’a rien sauf le Perche Elite Tour, regrette Patrick Leger, responsable du suivi des jeunes sauteurs en hauteur à la Fédération française d’athlétisme. Il n’y a plus un seul meeting de saut en hauteur. En Allemagne, le concept marche très bien. On n’a malheureusement aucun nom à mettre en valeur. Si on avait un Lavillenie (Renaud)… »

« Si on avait un Lavillenie »

La discipline a cependant pu compter sur Mélanie Skotnik (record de France 1m97 en 2007) et Mickäel Hanany (2m34 en 2014) ces dix dernières années . Deux grands arbres d’1m82 et 1m98 qui cachaient une forêt beaucoup moins dense en performances. « On a eu une grosse période creuse, avoue Abdoulaye Diarra, membre de l’équipe de France jusqu’en 2013 et aujourd’hui sauteur pour le Mali.

Alors que le niveau international s’emballe à des hauteurs irrespirables (plus de 2m40), la France n’a pas connu, mise à part Hanany, un homme au-dessus des 2m30 depuis Grégory Gabella (2m30) en 2002. Des chiffres qui expliquent pourquoi les sauteurs français ont disparu des radars des grands championnats, où les 2m30 sont généralement synonyme de sésame. Certains s’y sont essayés comme Fabrice Saint-Jean (2m28 n 2012) ou Abdoulaye Diarra (2m27 en 2009) mais la dernière marche n’a jamais été franchie. « Ca paraît compliqué pour le moment de retrouver quelqu’un capable d’aller vers le très haut niveau, juge Leger. On a bien des garçons comme Florian Labourel (2m23), Sébastien Deschamps (2m22) ou Joris Chapon (2m20). Ca reste dans le domaine du possible. »

saut en hauteur

Nawal Meniker, encore junior, est annoncée comme une future grande de la hauteur.

 

Les Français pensaient pourtant avoir trouvé leurs pépites avec les deux Gaël : Rotardier, recordman de France cadets avec 2m20 (2011) et Lévêque, champion du monde cadets en 2011 (record 2m15). Mais depuis, les deux sauteurs se sont perdus loin des tapis, même si la saison 2015 a marqué leurs retours vers des hauteurs dignes de leurs talents (2m16 pour Rotardier, 2m14 pour Leveque). « Ils ont eu des années creuses pendant trois ans mais là, ils remontent la pente, se réjouit Leger. Mais ils sautent pour le moment toujours moins haut que lorsqu’ils étaient cadets. »

« On a été mis à l’écart »

Des difficultés à confirmer quand la barre s’élève qui s’expliqueraient par un manque de suivi au niveau de la Fédération. « On a des jeunes champions du monde mais il n’y a aucune suite, lance Eric Nogaro, l’entraineur d’Abdoulaye Diarra et Justine Bisiau. Nous ne sommes pas suivis. Beaucoup de bons sauteurs sont récupérés par d’autres fédérations comme celles de basket-ball ou de volley-ball. »

Officiellement situé à l’INSEP, le centre d’entrainement des sauts, dirigé par Gérald Baudouin (manager des sauts à la FFA) ne compte aucun sauteur en hauteur. Un problème à l’heure d’aiguiller les meilleurs de la discipline. « Le problème c’est que la Fédération française se fout de la hauteur, tranche Abdoulaye Diarra. C’est tout pour la perche car il y a Lavillenie. Pendant longtemps, il n’y a plus eu de stages consacrés exclusivement à la hauteur. On a été mis à l’écart ! »

Dijon, le village gaulois

Un manque de soutien fédéral qu’a essayé de combler Patrick Leger en créant un pôle spécifique pour la hauteur à Dijon, dans le giron de l’université. C’est là-bas qu’il a fait venir la nouvelle perle du saut en hauteur féminin, Nawal Meniker (1m88 en 2015). « La Fédération attend que les résultats arrivent donc c’est à toi de montrer que tu te bouges, se convint Leger. S’il y a quelqu’un qui émerge, les regards se dirigent vers toi et tu peux obtenir deux, trois aides. »

Des aides individuelles qui permettent aux meilleures de financer des déplacements en compétitions et des stages. Mais les structures comme celles de Dijon ne reçoivent pas un euro de la FFA. Difficile dans ce cas de faire éclore des pépites. « Au pôle c’est un peu difficile car on n’est pas un CREPS, regrette Leger. Je suis un peu tout seul pour gérer ça. »

La route semble donc encore longue pour voir éclore de futurs cracks. « En France, on doit avoir une vingtaine de spécialistes de la hauteur, compte Eric Nogaro. Mais il y a trop de querelles de clocher. Si seulement tout le monde travaillait dans le même sens. Là, il n’y a pas de mouvement fédérateur. »

Un mouvement qui pourrait peut-être s’enclencher dans les prochaines années, avec les exploits des Nawal Meniker, Bob Makani (2m13 en cadets) ou encore Dorian Lairi (2m10 en cadets). Seul moyen pour recouvrer du crédit auprès de la Fédération et, par ricochet, retrouver de la hauteur.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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  1. pagès
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    j aimerais connaitre les 2 cadets français qui sautaient 2.35m……..il y a 5 ans…….l info doit etre serieuse car la personne source travaille à la FFA……….c est vraiment n importes quoi………..

    • Romain Donneux
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      Effectivement, je pense effectivement qu’il y a eu une confusion, car comme c’est écrit dans l’article, les deux Gaël Rotardier et Lévêque ont sauté 2m20 et 2m15 et en aucun cas 2m35… L’info (sur le site) est sérieuse !!:)

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