Laura Valette

Laura Valette a fait son entrée dans le monde des « grandes » lors du meeting de Bercy en février dernier.

 

Championne de France espoirs et meilleure performeuse française de l’hiver, Laura Valette (20 ans) a réussi une saison hivernale quasiment parfaite sur 60 m haies. Finalement, seule la médaille d’or des France Elite lui a échappé. De quoi parfaire son apprentissage du haut niveau tout en boostant sa rage de vaincre, alors qu’elle est annoncée comme l’avenir des haies hautes féminines en France.

Vous en connaissez beaucoup des athlètes de 20 ans qui pleureraient à l’arrivée des Championnats de France Elite parce qu’ils viennent de terminer deuxièmes ? Ils ne sont pas beaucoup, mais ils existent, à l’instar de Laura Valette. Il faut dire que l’athlète du Nantes Métropole athlétisme était arrivée à Bordeaux avec le meilleur temps des engagées sur 60 m haies (8’’13). Finalement battue sur le fil aux France par Sandra Sogoyou (8’’15 toutes les deux, voir article), Valette n’a pas pu mettre la cerise sur son très bel hiver. « J’ai vraiment fait une bonne course jusqu’à la dernière haie, se remémore-t-elle, un mois après sa finale bordelaise. Mais quand j’ai vu que j’étais devant et que les filles revenaient, j’ai paniqué. De la dernière haie à la ligne d’arrivée, ma course a été catastrophique. De toute la saison, c’est mon moins bon chrono sur cette partie de course. »

Dans la cour des grands à Bercy

Une saison qu’elle avait débutée au meeting de Mayenne (8’’35 le 18 décembre), avant d’exploser son record personnel et d’affoler les compteurs à Nantes (8’’13 le 21 janvier, voir article), pour surfer sur cette forme jusqu’aux France Elite, engrangeant le titre chez les espoirs (8’’16 à Lyon le 4 février), le septième en autant de participations aux France jeunes, et les chronos sous les 8’’20 (quatre). « Avec Richard (Cursaz son entraineur) on tire vraiment du positif de cette saison hivernale. J’ai réussi à être assez régulière sous les 8’’20, ce qui n’était pas forcément prévu (ex-record 8’’26 en 2016). En plus, j’ai fait pas mal de courses qui m’ont fait grandir. C’est une saison pleine en apprentissage. »

Son chrono de 8’’13 au début de l’hiver lui a en effet ouvert les portes des gros meetings français, dont celui de « Bercy », où elle a pu découvrir le haut niveau, le vrai. « Aujourd’hui, quand on me parle de 60 m haies, j’ai tout de suite les images de Bercy qui me viennent. C’était la course la plus impressionnante de ma carrière. J’en ai vraiment pris plein les yeux. C’était vraiment un autre sport, un autre monde. »

Bien dans la catégorie espoirs

Un monde auquel Laura Valette frappe à la porte de plus en plus fort. Championne olympique de la jeunesse en 2014 et troisième européenne chez les juniors en 2015 sur 100 m haies (également 8e aux Mondiaux juniors 2016), elle est en train de franchir la dernière haie, évidemment la plus haute. En tout cas son hiver, en l’absence de Cindy Billaud (enceinte) et avec une Sandra Gomis en petite forme, l’a poussée sur le devant de la scène. « Je trouve que c’est plus facile pour moi que pour les grandes, lâche-t-elle. J’ai un peu tout à gagner alors que ce n’est pas le cas pour elle. Je prends vraiment chaque course comme une chance. Je ne me mets pas de pression. Je suis espoir. Mes objectifs sont dans cette catégorie. Je me laisse encore du temps. »

On est loin du « la catégorie espoirs est juste un concept », lâché par son collègue de l’équipe de France juniors Mohamed-Amine El Bouajaji après son succès aux France de cross court en février dernier. Pour Valette, les espoirs restent l’antichambre du haut niveau. « Je verrai peut-être quand je serai espoirs 2 ou 3. Je pense que la bascule se fera naturellement. Je suis bien à ma place pour l’instant. Si je peux aller au-dessus, j’irai. Mais pour le moment, la catégorie espoirs est une bonne étape. »

Remise en question

Une nouvelle étape qu’elle aborde plus sereinement, après une dernière saison chez les juniors où l’enjeu et la technique l’ont emporté sur le jeu. « Chez les cadettes, j’étais focalisée sur le fait de gagner les courses. Mais en juniors, j’ai commencé à me regarder et à regarder les autres. Je me suis posée beaucoup de questions comme : “est-ce que je suis bien sur la haie ?”. J’ai tiré de mes années juniors qu’il faut courir pour gagner et non pour aller chercher un chrono. »

Cet hiver, elle a beaucoup gagné et le chrono est arrivé. Et même si la médaille d’argent récoltée aux France Elite lui reste encore en travers de la gorge, cet « échec » semble plutôt lui avoir donné un regain de motivation. « La prochaine fois, je penserai à aller vite et non à regarder à côté de moi. Je suis en apprentissage. Mais je n’ai pas de regrets car sans ça, j’aurais vite fait le tour. Alors que là, ça me donne un peu de rage et de haine. C’est parfait, car j’ai besoin de ça pour aller vite ! »

Bientôt en stage à Alicante (pendant deux semaines à partir du 8 avril), Laura Valette va y poursuivre son apprentissage, avant de sûrement faire son retour au premier tour des Interclubs avec en ligne de mire les Championnats d’Europe espoirs de Bydgoszcz.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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