Boris Vain

Alors qu’il est devenu pousseur en bobsleigh, Boris Vain garde un pied en athlétisme en entrainant Thomas Cuisset à Amiens.

Recordman de France juniors du lancer de poids, Boris Vain est aujourd’hui à la chasse aux Jeux olympiques d’hiver en bobsleigh. 

Rien ne destinait Boris Vain à prétendre aux Jeux olympiques d’hiver. Pour le natif du Tréport (76), seuls les Jeux d’été avaient un intérêt, surtout avec un poids dans la main. Recordman de France juniors en salle (17m81 au poids de 7 kg) et en plein air (18m01 au poids de 7,26 kg) du lancer de poids, « Bobo » comme le surnomme ses amis avait des envies de vingt mètres et de luttes acharnées contre les meilleurs spécialistes mondiaux.

Mais à la fin du mois de novembre 2012, un coup de téléphone va changer l’orientation de sa carrière sportive. Au bout du téléphone, un certain Bruno Mingeon, champion du monde (1999) et médaillé olympique (1998) en bobsleigh à quatre et responsable des équipes monégasques et françaises. « J’étais à la recherche d’un pousseur, explique Bruno Mingeon. Je suis allé sur les bilans FFA pour regarder les performances d’athlètes en lancer et en sprint. J’ai vu le profil de Boris. Par le biais de Romain Heinrich (un autre « lanceur-bobeur »), j’ai obtenu son contact. Je savais que ç’allait être dur de le convaincre. »

En cette fin d’année 2012, celui qui est encore licencié au club d’Abbeville essaie de battre le record de France juniors du lancer de poids en salle. Il ne pense qu’à ça. « Je lui ai dit que ça serait bien qu’il me rappelle trois ou quatre semaines plus tard pour qu’on en reparle même si je n’étais vraiment pas tenté. »

Tout de même intrigué par cette proposition, Boris Vain en parle à ses amis proches et partenaires d’entrainement. « On lui a parlé comme des grands frères, se souvient Thomas Cuisset, lanceur au club d’Amiens UC. Au niveau de l’intelligence motrice c’est hallucinant. Tu lui dis un truc il le fait. Moi en tant que prof d’EPS j’en ai vu des gamins et c’est très rare comme qualité. Il a un feeling au niveau moteur. On s’est tous dit qu’il aurait pu faire des trucs de malade en faisant 18 mètres à 18 ans. Mais, on lui a également dit qu’il ne vivrait pas du poids. » « Bizarrement, je me suis dit : c’est vrai que l’athlé c’est très difficile pour accéder au très haut niveau, tranche Boris Vain. J’ai donné le numéro de téléphone de mon entraineur (Stéphane Szuster) à Bruno Mingeon et je lui ai laissé la responsabilité de prendre le choix pour moi. Je ne savais pas quoi faire. J’étais jeune, je ne comprenais pas trop ce qui m’arrivait. Stéphane a dit oui pour que j’aille faire les tests. »

« Envie de rentrer chez moi »

Et c’est comme ça, presque par hasard, que Boris Vain s’est retrouvé dans un bobsleigh en décembre 2012 sur la piste olympique de La Plagne (73). Après quelques tests de poussée de chariot sur tartan, il monte pour la première fois dans cet engin destiné à dévaler une pente glacée à plus de 120 km/h. « J’ai fait quatre descentes de bob le premier jour. Sincèrement, mon niveau n’était pas bon. Les sensations étaient horribles. A la Plagne on prend entre 4 et 6 G. Les premières fois je n’étais vraiment pas bien. La première chose à laquelle j’ai pensé c’est si j’arrive en bas vivant, je prends mon billet de train et je rentre chez moi. Finalement, ça s’est bien passé. Je suis retourné chez moi pour les fêtes et je suis reparti le 2 janvier à Altenberg (Allemagne) pour une semaine de Coupe du monde pour observer et m’entrainer. »

Deux semaines plus tard, l’Amiénois terminait 19e pour son premier départ en Coupe du monde de bobsleigh sous les couleurs de Monaco. La suite s’est écrite entre la glace et le tartan pendant une saison avant que Boris Vain ne choisisse que le froid et la vitesse. Une adaptation record qui s’explique facilement, tant les qualités requises pour ces deux sports sont complémentaires. « Je ne suis que pousseur. Il y a deux, trois points techniques, mais ils sont beaucoup moins importants qu’en lancers. En bob, il faut de la vitesse, de la force tout en étant assez lourd pour descendre vite. »

Très vite à l’aise dans la pratique, Boris Vain a cependant débarqué dans un nouveau monde. « La première fois que je suis rentré dans les vestiaires en Coupe du monde j’ai vu le physique des autres pousseurs et je me suis dit que je n’avais rien à faire là. Ils étaient tous monstrueux. Moi, j’étais gras. Je me suis demandé ce que je faisais là. »

Entrainement deux fois par jour toute l’année

Dorénavant son physique (1m86 ; 113 kg) est parfaitement taillé pour pousser le bob monégasque le plus rapidement possible. Le fait d’un entrainement intensif deux fois par jour toute l’année avec son entraineur Max Robert, ex-sprinteur (10’’40 sur 100 m) et également médaillé olympique de bobsleigh en 1998. «  Je m’entraine deux fois par jour tous les jours sauf le dimanche et une fois le samedi. Je coupe dix jours à la fin de la saison en mars et après je reprends par du foncier puis du travail de sprint. Mon entraineur est basé à Fontainebleau et moi à Amiens. Il me fait confiance, il m’envoie le plan. On se voit une semaine par mois. Quand on s’entraine pour le bobsleigh on est la moitié de la journée haltérophile et l’autre moitié sprinteur. »

Déjà adepte des voyages avec l’équipe de France juniors (Championnats d’Europe de Tallinn en 2011 et du Monde à Barcelone en 2012), Boris Vain est entré dans le cirque blanc de la Coupe du monde des sports de glace. D’octobre à mars, son quotidien s’étale entre Amiens, Monaco, La Plagne pour les entrainements et la vingtaine de dates de Coupe du monde à travers le monde. « J’ai toujours rêvé d’une vie d’athlète professionnel. Je n’ai jamais aimé l’école et j’ai très vite su que je voulais faire du sport. »

Présent aux Jeux olympiques de Sotchi

L’Amiénois appartient jusqu’à la fin de la saison à l’équipe monégasque, dont le premier supporter n’est autre que le Prince Albert II de Monaco, passionné de bobsleigh. Une personnalité déjà rencontrée à plusieurs reprises et notamment lors des Jeux olympiques de Sotchi (Russie, 2014). « Je suis allé aux JO en tant que technicien pour l’équipe monégasque. C’était dingue. J’avais beaucoup de frustrations parce que je ne participais pas. D’ailleurs, ma première réaction, quand on m’a annoncé que je pouvais venir en tant que technicien a été de refuser. Mais finalement ç’a été une bonne expérience. Maintenant je sais ce que c’est. Il faut être préparé rien que par rapport à l’impact médiatique. »

Une équipe monégasque que le Français devrait quitter à la fin de la saison pour rejoindre le clan français. La seule possibilité pour lui de participer aux prochains Jeux olympiques de PyeongChang (Corée du Sud, 2018). « Mon manager, Bruno Mingeon est déchargé à 50% pour la Fédération monégasque et 50% pour la Fédération française. L’année prochaine il se consacrera à 100 % à la France. Donc normalement je devrais le suivre. Mais ça dépend encore de la Fédération française des sports de glace. Il faut voir ce qu’ils vont pouvoir mettre en place pour moi. J’espère que ça va se faire. »

Actuellement meilleur pousseur des fédérations monégasque et française, Boris Vain devra répondre présent lors des tests d’automne pour intégrer l’équipe de France. Un passage obligé qui ouvre ou ferme les portes des pentes glacées. « Il y a des premiers tests sur tartan avec un 60 m et une poussée de bob sur 50 m avec 40 puis 100 kilos. Il y a également un test de trois bonds. Puis, il y a les Championnats de France de poussée sur glace qui se déroulent chaque année à Cesena (Italie). »

Toujours un regret par rapport au poids

La suite est claire comme de l’eau de roche… glacée, contrairement aux décisions parfois ambiguës de la Fédération française d’athlétisme dans ses sélections.  « Cette année, j’ai gagné les France. Si quelqu’un fait mieux que moi au test, je passe du statut du titulaire de l’équipe monégasque à celui de remplaçant. Si c’est le cas, je perds les salaires qui vont avec. On n’a pas de contrat. T’es payé tant que tu es le titulaire du bob. Par contre, si quelqu’un passe devant toi demain, c’est fini. » Un changement de hiérarchie peu probable selon Bruno Mingeon. « Boris est un athlète complet. Il finira dans les meilleurs pousseurs du monde. »

Un statut incertain mais qu’il lui permet de bien vivre du sport, chose qui était impensable en se consacrant au poids. «  J’ai toujours un petit regret d’avoir quitté le poids car c’est ma première passion. Mais bon, c’est très compliqué de devenir lanceur international et notamment en France, où il n’y a pas beaucoup d’aides. Le poids c’était quand même ma vie. Je suis parti peu convaincu mais finalement je pense avoir fait le bon choix. Mais j’ai toujours un peu de regrets car je n’ai pas pu aller au bout des choses au poids. C’est frustrant de ne pas savoir ce que j’aurais pu faire. »

Drogué à cette boule de 7 kilos, Boris Vain est toujours licencié au club de l’Amiens UC où il lance chaque année lors des Interclubs. « Je ne trouve pas la patience pour bosser le poids. Je me suis motivé en avril pendant un mois pour les Interclubs. Je n’ai pas l’envie de galérer pour lancer à 15-16 mètres. Pourtant, je suis plus fort physiquement qu’avant. Je cours plus vite. Tout est réuni pour lancer plus loin mais sans le travail technique ça ne fonctionne pas. Si on lance que quatre mois dans l’année c’est impossible de progresser. »

Entrainer pour garder un pied dans le poids

Une progression qu’il vit dorénavant par procuration puisqu’il entraine depuis un an Thomas Cuisset (16m72 en salle), alors qu’il n’a que 22 ans. « Malgré son jeune âge il a acquis énormément d’expérience à haut niveau, explique l’élève de 37 ans. Que ce soit en athlétisme avec les championnats, les stages ou en bobsleigh en partant à l’étranger et en s’entrainant avec des athlètes d’autres pays. »

Une nouvelle casquette qui lui permet de garder un pied dans le poids quand l’autre descend des pentes vertigineuses. D’ailleurs, à choisir, Boris Vain se contenterait de pousser le bob sans monter dedans. « C’est un sport dangereux. J’ai déjà fait trois chutes dont une où j’ai dû faire une greffe de peau à l’épaule. Je sais que j’ai peur donc je dois tout donner. Ca me met en furie. Si demain, ils mettent un sport où il y a que la poussée, je change de discipline. »

Seizième de ses deux premières manches de Coupe du Monde de la saison dans le bob à deux monégasque, Boris Vain est lancé à pleine vitesse vers sa quête olympique. « Mon rêve c’est de faire une médaille olympique avec l’équipe de France. » Avant cela, il tentera de décrocher un podium lors des Championnats du monde juniors (26 ans en bobsleigh), qui auront lieu du 18 au 23 janvier à Winterberg en Allemagne.

Le rôle du pousseur en bobsleigh
En tant que pousseur du bob, Boris Vain doit donner un maximum de vitesse à son embarcation tout en jonglant avec un environnement délicat. « La poussée dure entre six et sept secondes, soit environ 50 mètres. On a une minute pour s’élancer et le chrono se déclenche après quinze mètres de course. A la fin de la poussée, vu qu’il y a un peu de pente, on est en sur vitesse (environ 40 km/h). Ensuite, je saute dans le bob en évitant de tirer dessus pour ne pas nous ralentir. A partir de ce moment-là, j’ai fait mon job. Ensuite, je baisse la tête et j’attends que la descente se termine (environ 1’). »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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