Ladji Doucouré

Ladji Doucouré a terminé cinquième du meeting de Reims sur 60 m haies en 7’’84 (7’’78 en série).

 

A 32 ans, le champion du monde 2005 du 110 m haies est entré dans la dernière ligne droite de sa carrière. Une page qu’il aimerait tourner après un dernier passage par les Jeux olympiques.

Finale du 60 m haies ce mercredi soir (17 février) du côté du CREPS de Reims. Ladji Doucouré termine cinquième en 7’’84 (7’’78 en série) d’une course remportée par Wenjun Xie (7’’65). Pas le même Chinois que le Parisien avait l’habitude de croiser dans ses joutes passées. Anecdotique.

Emprunté, le double champion d’Europe de la distance (2005 et 2009) quitte vite ses pointes et retourne s’asseoir auprès de son grand frère Boro. « J’ai un peu mal à la cheville, confesse-t-il. C’est pour ça que je n’ai pas fait d’échauffement et que je suis parti un peu à l’arrache. Je viens de débuter ma saison. Je prends les meetings comme des entrainements. »

« Je veux être compétitif avec les autres »

A 32 ans, il connaît parfaitement son corps, l’affolement n’est pas dans sa nature. « Il y a du bon, ça revient tout doucement. Mais je ne vais pas perfer maintenant. J’ai 32 ans, j’en suis conscient. Je peux être bon pendant deux mois et demi voire trois. Si on ne triche pas (ironique). Je cible mon pic de forme pour fin juin- début juillet, au moment où il y aura toutes les qualifications. Je veux être compétitif avec les autres. »

Ladji Doucouré

Ladji Doucouré prend les compétitions comme des entrainements cet hiver.

 

Des autres qui ne l’attendent plus depuis quelques temps. Déjà privé du record de France du 110 m haies par Pascal Martinot-Lagarde en 2014 (12’’95 contre 12’’97), Ladji Doucouré vient de perdre celui du 60 m haies au profit de Dimitri Bascou (7’’41 à Berlin contre 7’’42 pour Doucouré en 2005 à Liévin). « Ca fait un moment que les mecs tournaient autour. Ce n’est plus un record de France seniors mais ça reste un record espoirs. De toute façon, nous ne sommes que de passage. Rien n’est à nous. Ca prouve que les haies hautes se portent bien. Avant, j’étais le seul à être passé sous les 7’’50 sur 60 m haies. Aujourd’hui, nous sommes quatre. Tant mieux ! »

« J’espère faire quelque chose aux JO »

Depuis toujours en avance, Ladji Doucouré voit le train le rattraper petit à petit. Mais pas de quoi l’empêcher de regarder vers l’avant, surtout quand la flamme olympique s’approche. « Je joue ma carte tranquillement, sans pression. » Maudit à Athènes (8e après avoir accroché la dernière haie), au pied de la boite à Pékin (4e), éliminé en demi à Londres, le garçon en connaît un rayon sur l’olympe. Et c’est bien pour ça qu’il continue de se lever tous les matins. «  Aujourd’hui je me lève comme d’habitude avec cet objectif là sinon tu ne te surpasses pas. Tu fais quinze minutes de cardio au lieu des deux heures. J’espère faire quelque chose aux JO. »

Une volonté de fer qui l’aura toujours porté malgré les blessures et les échecs depuis ce mois d’août doré de 2005 (double champion du monde du 110 m haies et du relais 4×100 m). « Des fois j’ai pris le mur, des fois c’est passé mais ça m’a toujours conforté dans mes objectifs. »

Une longue route qu’il a cependant décidé de stopper. « J’ai commencé il y a très longtemps. J’ai fait mes premiers Jeux à 21 ans (Athènes en 2004). Je m’étais toujours dit que ça serait bien que j’arrête à 33 ans. Donc je vais au bout de ce que je m’étais promis. Après ça, c’est bon. Même si la tête est toujours à fond, il faut savoir écouter son corps. »

De retour à l’INSEP avec Longuèvre

Un temps exilé aux Etats-Unis, l’athlète de l’Union sportive d’Alfortville a donc privilégié un terrain connu pour préparer sa sortie en retournant dans le groupe de Renaud Longuèvre à l’INSEP. « Après les Jeux de Londres on ne parlait plus la même langue avec Renaud. On avait une routine. On était fâchés. J’avais besoin de partir, j’avais fait le tour de la question. Mais là j’ai retrouvé mes repères à l’INSEP. Je suis indépendant et j’ai pris du galon auprès de Renaud. Mais j’ai toujours besoin de son œil parce qu’il me connaît par cœur. »

Un œil expert de la mécanique de haute précision de Doucouré. « Là, avec un autre coach, j’aurais commencé ma saison beaucoup plus tôt (il l’a débutée le 13 février à Eaubonne). Les autres ne savent pas qu’il me faut au moins trois courses pour que le chrono descende. C’est toujours brouillon en début de saison et ensuite ça part d’un coup. C’est pour ça que je ne m’affole pas. Il n’y a que Renaud qui me connaît. »

Ladji Doucouré

Ladji Doucouré et son frère Boro en pleine discussion lors du meeting de Reims.

La chance de pouvoir dire : « j’arrête »

Engagé à Metz ce dimanche, puis aux France Elite la semaine prochaine, Ladji Doucouré commence à compter les jours qui le rapprochent de la sortie. « Je pense à la fin de ma carrière depuis peu. Mais il faut être conscient de ce qui se passe. Je pense que c’est la dernière saison. Ca va être mes derniers France en salle et ça se trouve c’était la dernière fois que je courrais à Reims. Je veux avoir la chance de pouvoir dire : « j’arrête » et que ce ne soit pas les autres ou une blessure qui me le disent. Je suis allé au bout. »

Et comme un signe, cet été les France Elite se dérouleront à Angers, là, où onze ans plus tôt, il a récité sa plus belle partition (record de France en 12’’97 en 2005). « Même si c’est difficile, je dois croire en moi. Car qui le fera ? Comme le disent les Américains : “you have to believe“. »

La même croyance qu’il a pour son sport, duquel il ne sera jamais loin, même si ses pointes restent au placard. « Je ne sais pas encore ce que je vais faire mais je vais rester dans le secteur. Je suis amoureux de l’athlétisme et du sport. Je pense que j’ai des choses à apporter. »

Et sûrement bien plus encore.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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  1. Lucie
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    Premier passage sur votre site, et je trouve votre article vraiment top.
    J’ajoute votre lien dans mes favoris 😉 bonne continuation!

  2. scoubab00
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    Il me fait pitié Ladji. Cela fait combien d’années qu’il n’a pas fait un temps potable… sans parler de passer sous les 13 secondes ? J’imagine que c’est le pécuniaire seul qui l’agite. Bien triste :((

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