Team Tamgho

Quentin Mouyabi, Melvin Raffin et Martin Lamou (de g. à dr.) membres de la Team Tamgho juste avant leur podium aux championnats de France juniors.

 

Le champion du monde 2013 du triple saut est, depuis plusieurs saisons, également un entraineur reconnu. Son groupe nommé « Team Tamgho » fait en effet des ravages cette saison, avec notamment cinq athlètes sélectionnés aux Europe juniors-espoirs et Garfield Darien qui survole les haies en France. Rencontre.

Dreux, le 2 juillet dernier. Quentin Mouyabi s’élance pour son dernier essai du concours de triple saut des Championnats de France juniors. A ce moment-là, l’athlète de l’EA Cergy-Pontoise est déjà troisième mais il n’a toujours pas franchi les 15,80 m synonymes de Championnats d’Europe (15,60 m à son premier essai). Dans les tribunes, Teddy Tamgho donne ses dernières consignes et Mouyabi s’élance sous les encouragements de Melvin Raffin et Martin Lamou, ses deux camarades d’entrainement, déjà dans l’avion pour Grosseto. Trois bonds plus loin, le troisième larron rejoint ses amis avec un saut à 15,95 m (+1,7), avant de leur sauter dans les bras, tel un buteur dans une équipe de football (voir article).

Tamgho entraine depuis 2012

Ici pas de ballon, mais bel et bien une équipe, la « Team Tamgho », du nom du champion du monde 2013 du triple saut, Teddy Tamgho. Du côté du CREPS de Boulouris, Tamgho a créé son groupe d’entrainement avec Laurence Bily, ex-internationale et manager du sprint à la Fédération française d’athlétisme. Et parmi sa petite bande, on retrouve donc le podium complet des Championnats de France de triple saut juniors, le même trio qui représentera la France aux Europe juniors. « C’est un soulagement que Quentin ait réussi, souffle Teddy Tamgho. Il a été blessé pendant un mois en mai et c’est un beau coup de poker qu’on a joué. Avec Laurence on voulait vraiment que tout le monde réussisse et pas seulement Martin et Melvin. Sinon, ça voulait dire qu’on n’avait pas réussi le boulot et que le travail était incomplet. »

Un boulot d’entraineur que Teddy Tamgho réalise depuis 2012, en parallèle de sa carrière sportive. « Cette team, elle a commencé avec Garfield Darien, qui n’a rien à voir avec le triple saut, raconte Tamgho. C’est un athlète qui m’a fait confiance dès 2012. Ensuite, il y a eu Louis-Grégory Occin, (vice-champion de France du triple saut en 2015), puis Rouguy (Diallo), Melvin (Raffin) et ainsi de suite. Puis j’ai collaboré avec Laurence Bily et également Daniel Darien le père et entraineur de Garfield. Aujourd’hui, ça prend de la forme, surtout chez les jeunes. »

Une grosse génération de jeunes

Il est vrai que la Team Tamgho a de l’allure, avec en plus des internationaux Garfield Darien (meilleure performeur français sur 110 m haies cette saison avec 13’’09) et Eloyse Lesueur (championne du monde 2014 de la longueur), le groupe compte notamment les trois tripleux qualifiés aux Europe juniors à savoir Melvin Raffin (recordman du monde juniors du triple saut en salle), Martin Lamou (recordman de France cadets) et Quentin Mouyabi, ainsi que Ilionis Guillaume, auteure d’un doublé à Dreux (triple et 100 m haies) et qui sera candidate au podium aux Europe juniors au triple saut et Rouguy Diallo, championne du monde juniors du triple saut en 2014 et qualifiée pour les Europe espoirs cette année. « On a une grosse génération avec des jeunes qui en veulent, lâche Tamgho. Quand on voit Garfield ou les jeunes, on voit que ça marche. Ce n’est pas encore excellent car pour moi, « excellent » c’est que tout le monde réussisse au top niveau. On a encore du travail mais c’est encourageant. »

Un travail que la team effectue toute l’année au CREPS de Boulouris, près Saint-Raphaël. « C’est beaucoup de plaisir à l’entrainement, avoue Quentin Mouyabi, le héros de Dreux. On se soutient mutuellement. On se tire vers le haut. Il y a de la bagarre à l’entrainement mais on ne se charrie pas. On est en concurrence mais on ne va jamais se moquer de l’autre s’il y a une contre-performance. D’ailleurs, sans eux, je ne me serais jamais qualifié pour les Europe. »

Avant tout une famille

Un esprit de groupe qu’on retrouve jusque sur les réseaux sociaux où la Team a son compte Instagram (@teamt_18) et sur les photos où ses athlètes s’y affichent en formant un « T » avec leurs mains. « »Team Tamgho », c’est un groupe, insiste Mouyabi. Ce n’est pas seulement des sauteurs qui vont loin, des records du monde, c’est une famille. »

Une famille dont le chef peut transmettre son expérience de sportif de haut niveau, faite de hauts et de bas. « Etre coaché par Teddy Tamgho c’est particulier, avoue Quentin Mouyabi. Il a des connaissances dans tous les domaines. Il a été fort jeune (champion du monde juniors 2008), il sait comment on réfléchit et il sait ce qu’on doit faire. Je pense qu’il peut nous apporter dans tous les domaines. » « Ils ont beaucoup de talents mais il faut que je les cadre », sourit de son côté le coach.

N’oubliez pas Tamgho

Avec les championnats internationaux qui se profilent, coach Tamgho risque d’avoir du boulot. « On va pouvoir préparer les Championnats d’Europe tous ensemble avec l’équipe. On fera les comptes là-bas mais c’est sûr qu’on va y aller avec une certaine ambition. »

Une ambition personnelle qui ne l’a pas quitté non plus, lui le troisième homme de l’histoire du triple saut à plus de 18 m (18,04 m en 2013), malgré les nombreuses blessures auxquelles il a dû faire face, dont la dernière (fracture du condyle médial du fémur gauche) lors des France Elite 2016 et dont il n’est toujours pas revenu. De quoi laisser planer un doute sur un éventuel retour. « Ne vous inquiétez pas, dissipe Tamgho. Quand je reviendrai, vous le saurez. J’ai toujours la grinta, j’ai toujours le temps pour moi. Je laisse les coaches décider de la suite de ma carrière. C’est une grosse erreur de m’oublier. »

Avec les résultats de la « Team Tamgho », nous ne sommes pas prêts de l’oublier.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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