Khalid Zoubaa

Ex-international, Khalid Zoubaa a décidé de sortir de son silence après plusieurs années sans correspondre avec la presse.

 

Suite à notre article sur le départ de Philippe Rémond du club d’Alès (voir article), l’ex-international Khalid Zoubaa a demandé à s’exprimer dans nos colonnes. Montré du doigt par le nouveau ex-Team Manager de son club d’Alès, Zoubaa a décidé de sortir d’un silence qui durait depuis de nombreuses années, « je refuse toutes les demandes d’interviews ». Celui qui avait défrayé la chronique en 2007 à la suite d’une suspension pour un contrôle positif à l’EPO, dont il a remis en cause la procédure, revient dans ce long entretien sur sa vie actuelle et porte un regard sur sa carrière. Aujourd’hui chef d’entreprise et père de famille, Khalid Zoubaa a décidé de passer à autre chose, même s’il garde encore dans un coin de sa tête la volonté de faire éclater sa vérité.

– Track and Life : Khalid, vous nous avez contacté pour répondre à notre article sur Philippe Rémond concernant les raisons de son départ d’Alès. Pourquoi ?

« Je n’interviens jamais dans les médias, je laisse parler les gens. Mais je veux remettre les points sur les « i » concernant Philippe Rémond. Chacun est libre de dire ce qu’il veut. Tant que ça parle de mon affaire et que les gens n‘ont pas les pièces pour pouvoir parler, je les laisse dire. Ca ne m’intéresse pas. Je préfère garder mon énergie. Mais là, ce n’est pas pareil. Parce que Philippe Rémond c’est l’histoire d’une rencontre à Marrakech avec des échanges autour de l’athlétisme. Il était à l’époque ambassadeur de l’équipe de France de marathon (il l’est toujours jusqu’au mois de décembre) et on voulait qu’il fasse la même mission à Alès, à savoir, redynamiser le club. Nous avons évidemment parlé d’Alès et nous avions le même point de vue. Il ne comprenait pas pourquoi Alès n’avait pas de sponsors par rapport au potentiel. Il a voulu rencontrer le club et j’ai fait la mise en relation. Aujourd’hui, beaucoup de membres du club ont le sentiment qu’il leur a vendu du rêve. C’est triste pour ce club. Les dirigeants accompagnent les athlètes dans les bons comme dans les mauvais moments en essayant de faire du mieux qu’ils peuvent alors que ce ne sont que des bénévoles. Romain Courcières, Freddy Guimard et les frères Gras ne sont pas venus grâce à lui mais ils ont été recrutés par El Hassan Lahssini, puis sur les conseils de Romain Courcières. Les vraies questions à se poser, c’est de savoir s’il est compétent et de savoir ce qu’il a apporté au club et à la fédération ?

« Philippe Rémond connaissait tout du club avant sa venue »

– Selon Philippe Rémond, cette mission a été rendue compliquée de par votre présence au club et le spectre de votre affaire de dopage qui laisse une mauvaise image à Alès.

Il savait dès le départ qu’il y avait Khalid Zoubaa à Alès et que mon histoire datait de dix ans. Il connaissait tout du club avant sa venue. Il m’avait d’ailleurs évoqué les mêmes problèmes qu’il avait rencontrés à la SCO Sainte Marguerite. Sa mission était de ramener des sponsors, il m’avait d’ailleurs indiqué qu’il était sur deux coups mais rien n’est venu. Il a trouvé l’excuse Zoubaa. J’aurais préféré qu’il dise qu’il n’avait pas réussi. Surtout que si on n’a pas de sponsors à Alès c’est tout simplement à cause de notre proximité avec Montpellier qui attire toute l’économie. Je trouve dommage qu’il ait trouvé ces excuses alors qu’il connaissait les tenants et les aboutissants.

– Mais vous comprenez que les différentes affaires qui ont touché Alès ces dernières années ont pu ternir l’image du club ?

A part le cas Zoubaa, il y a eu effectivement des ratés de casting. Le club a fait confiance à un athlète qui en ramené d’autres. Et c’est tombé sur nous. Mais d’autres clubs avec autant de cas que nous, on aujourd’hui des sponsors. Beaucoup de gens sont jaloux du club car il est le meilleur d’Europe (victoire en 2016 lors de la Coupe d’Europe de cross). On ne va pas dire qu’il n’y a pas eu de soucis à Alès mais le club a déjà payé.

« On m’a fait payer une dette alors que j’ai toujours contesté »

– Quel est votre rôle au sein du club d’Alès ?

Je ne suis pas indéboulonnable comme j’ai pu le lire. Je ne suis pas le conseiller du club, je donne juste mon avis. Le club connaît mon histoire de A à Z. Ils ont des éléments importants sur mon dossier et sur certaines choses qui se sont passées avec la Fédération française d’athlétisme.

– Revenons à vous. Vous avez été suspendu trois ans suite à un contrôle positif à l’EPO en janvier 2007 (échantillon A), puis blanchi pour vice de forme en 2011 (pas de contrôle de l’échantillon B) avant que cette décision soit annulée par le Conseil d’Etat en 2012. Quelle est votre position par rapport à tout ça ?

On m’a quand même fait payer une dette alors que j’ai toujours contesté. C’est une affaire qui a été beaucoup politisée mais je ne me suis pas étalé. Il y a une contre-expertise qui n’a pas été faite. J’ai des éléments incontestables dans mon dossier dont le refus de l’expert de la réaliser. J’ai appris cette information sept mois après le contrôle alors que la fédération était au courant. Si des gens m’ont pris en grippe c’est que je n’ai pas ma langue dans ma poche.

– Avez-vous réussi à passer à autre chose ?

Ce n’est pas du tout une histoire qui s’oublie. Elle est là, elle existe. Pendant ma suspension je me suis battu. J’ai fait ce que je devais faire pour pouvoir me défendre avec les moyens du bord. Au pays des droits de l’homme, on m’a refusé la présomption d’innocence. On m’a jeté sur la place publique pour m’exécuter. J’ai appris l’histoire de mon contrôle dans le journal L’Equipe comme tout le monde. Et j’ai appris plus tard que c’est un entraineur d’un groupe star du demi-fond français de l’époque qui avait appelé le journaliste pour lui annoncer ce contrôle alors que je n’avais même pas été notifié. L’échantillon A est censé rester anonyme jusqu’à la confirmation avec le B. Pourquoi des gens étaient alors au courant ? Surtout que le laboratoire était soit-disant protégé pour risque terroriste. Maintenant il faut toujours avancer. Désormais, j’ai réussi à me créer un avenir professionnel.

« J’ai repris l’athlétisme pour le club d’Alès »

– Où en êtes-vous aujourd’hui sur le plan sportif ?

Je me suis blessé cet hiver au mollet lors de la Coupe d’Europe de cross donc je n’ai pas fait de saison. Mais de toute façon, j’ai pris du recul avec le monde athlétique. Je n’ai plus du tout de prétention pour faire des choses que je faisais il y a dix ans. J’ai d’autres projets personnels. J’ai monté une affaire depuis un an et demi (dans le bâtiment sur Montpellier) et j’ai également des activités de consultant pour des entreprises entre la France, Dubaï (Emirats arabe unis) et Rabat (Maroc). Surtout, je suis papa depuis un mois donc je me suis éloigné de tout ça. Ca se fait naturellement. Je ne suis pas du genre à m’accrocher.

– Depuis votre retour à la compétition en 2010, vous avez néanmoins réalisé de belles performances avec notamment plusieurs top 10 aux Championnats de France de cross (7e en 2015, 12e en 2014, 7e en 2012, 5e en 2011, 9e en 2010). Quelles étaient vos ambitions ?

J’ai repris pour le club d’Alès. D’autres clubs parisiens m’avaient contacté pour que je vienne chez eux pour ma reprise. Mais je suis juste revenu pour Alès. J’aurais pu leur ramener un ou deux titres sur route car à un moment donné j’étais en forme. Mais ça ne rentrait pas dans mes objectifs de vie. Quand je fais 7e aux Championnats de France de cross 2015, je ne m’entrainais qu’une fois par jour.

« Tomber dans cette affaire était la pire chose qui pouvait m’arriver »

– Le retour en compétition n’a pas été trop difficile à gérer avec les regards braqués sur vous ?

J’aime la discrétion. Tomber dans cette affaire était donc la pire chose qui pouvait m’arriver. Je ne suis pas  show-biz, j’aime bien le calme. J’étais l’image de tout ce qui est négatif dans l’athlétisme. Mais je suis quelqu’un de fort psychologiquement et j’ai réussi à rejeter tout cela. Je savais très bien ce que j’avais fait et pas fait. Mais, paradoxalement, j’ai eu beaucoup de soutien. Car en dehors de mes performances, j’ai toujours vécu ma vie en privé. Après l’entrainement, les sélections, les compétitions, je reprenais une vie normale comme tout le monde. Je n’avais pas une vie de sportif de haut niveau comme certains qui s’accrochent pour être vus.

– Sur le plan sportif avez-vous des regrets ?

Quand je vois qu’on était concurrent avec Mo Farah à l’époque (il a terminé 4e des Championnats d’Europe de cross 2006 remportés par Mo Farah)… Je ne dis pas du tout que j’aurais eu sa carrière mais je pense que j’avais moins de 13’ sur 5 000 m (record à 13’11’’97 en 2006)  dans les jambes, peut-être battre le record de France (12’58’’83 par Ismaïl Sghyr en 2000). Sur 3 000 m, j’avais largement les capacités de faire moins de 7’33. Sur 1 500 m, je ne me suis jamais aventuré sur la distance mais j’ai fait des séances avec des athlètes qui valaient 3’33. Le regret est de se dire : “quelles auraient été mes limites ?” J’ai visé à fond l’équipe de France. Je n’ai jamais couru après l’argent. Mes objectifs étaient de défendre le maillot. J’avais cette fibre là.

« Les athlètes me font de la peine »

– Continuez-vous à suivre l’athlétisme de près ?

Dans le milieu aujourd’hui je suis plus du côté des organisations et moins avec les athlètes. Ca ne m’intéresse pas de parler athlé, entrainement. J’ai toujours été comme ça. Lors de ma carrière, je me détachais de ça, je vivais comme une personne lambda qui ne faisait pas de haut niveau. Je pense que c’est la meilleure chose que j’ai pu faire. Et aujourd’hui, les athlètes me font de la peine. Tous les athlètes doivent comprendre que tant qu’il n’y aura pas un vrai syndicat où on défendra leurs intérêts et non ceux des institutions, ça ne pourra pas fonctionner. Car la gloire, les médailles, c’est éphémère et au final ce ne sont que des pions. Je les vois galérer car ils n’ont pas de sponsors. Avant, tous les athlètes de l’équipe de France avaient un sponsor avec des équipements et du financier. Aujourd’hui, les gars se battent pour avoir que du vestimentaire. Il y a eu une révolution au niveau du sponsoring. On ne sponsorise que le top.

– En tant qu’ex-sportif de haut niveau, vous devez quand même avoir un avis sur le niveau actuel du demi-fond français.

Depuis que je suis revenu de suspension, chaque année j’aurais pu faire une ou deux sélections. Le niveau, sans manquer de respect à qui que ce soit, il a chuté en densité. Quand il y avait des Driss Maazouzi, des Driss El Himer, des El Hassan Lahssini, des Brahim Lahlafi, que des gars qui valaient moins de 13’10 au 5 000 m, c’était autre chose. Ou même à l’époque de Thierry Pantel. Aujourd’hui, il y a un fossé. La fédération a misé sur huit athlètes qui vont nous ramener des médailles et ensuite le reste, ils font comme ils peuvent. Est-ce qu’il y a un réservoir ? On n’est plus du tout au niveau sur 5 000 m, 10 000 m et marathon.

« A mon époque les Américains étaient inexistants en demi-fond »

– Et au niveau mondial ?

A mon époque, les Américains étaient inexistants en demi-fond, et ils gagnent tout aujourd’hui. Je me suis dit : “bon OK”. Mais après j’ai appris beaucoup de choses en coulisses, ce qui se passe. C’est une mascarade. C’est dommage. Du jour au lendemain, les Américains ont créé un nouveau système d’entrainement ? Alors qu’à l’époque, les Américains nous contactaient pour avoir des conseils d’entrainement. Et ce n’est plus pareil qu’avant. Il n’y a plus de stars incontestables en demi-fond. Quand on voyait des Bernard Lagat contre Hicham El Guerrouj qui se battaient, c’était du spectacle. Il y avait toujours un leader.

– Mo Farah n’a-t-il pas pris cette place de leader ?

Mo Farah sa progression est extraordinaire. On ne peut que le féliciter. Le temps nous dira beaucoup de choses. Mais quand j’entends des gens le railler quand il passe du semi au 1 500 m c’est qu’ils n’ont pas compris que le travail qu’il fait en terme de volume est exceptionnel et c’est ce qui lui permet d’avoir une base de vitesse extraordinaire. On a l’exemple de beaucoup de coureurs de 800 m qui se préparaient comme ceux du 5 000 m.

« Je ne suis pas surpris par l’histoire des AUT »

– Quel est votre avis sur les différentes affaires, de dopage, de corruption, qui touchent l’athlétisme actuellement ?

Quand je vois la corruption à l’IAAF, tout le monde est surpris, moi je ne le suis pas. C’est hallucinant que des athlètes puissent payer pour être négatifs à l’aide de membres de l’IAAf. L’histoire des AUT (autorisation d’usage à des fins thérapeutiques) je ne suis pas non plus surpris. Car je l’ai vécu ça. A Göteborg (Championnats d’Europe en 2006), j’ai vu des choses qui n’étaient vraiment pas claires. Des athlètes soit disant blessés avaient accès à des AUT, alors que moi j’étais vraiment blessé et le médecin de l’époque m’avait dit de mettre de l’anti-inflammatoire en pommade au lieu de me soigner avec une mésothérapie qui était le seul moyen pour essayer de défendre mes chances (il terminera 5e du 5 000 m).

– Malgré tout ça, vous allez continuer de pratiquer la course à pied ?

Je suis un sportif dans l’âme. J’ai commencé par le foot et le tennis. Et l’ambiance de l’athlétisme est spéciale, ça me manquera toujours. Le fait de ne plus être dans le milieu ne m’empêchera pas d’aller faire des footings.»

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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