Kevin Mayer

Kevin Mayer est le nouveau champion du monde du décathlon.

Champion du Monde du décathlon ce soir à Londres, Kevin Mayer est revenu sur ces deux jours qui viennent de marquer sa carrière d’une marque indélébile. De sa première journée parfaite à sa grosse peur à la perche, le Français se livre sans détour, comme à son habitude, lui le nouveau patron mondial du décathlon.

– Kevin, que ressentez-vous après ce titre de champion du monde ?

« C’est énormément de calme après la tempête, le soulagement. Il y avait énormément de pression ce dernier mois, je n’ai pas eu un seul moment sans penser aux Championnats du Monde. Pouvoir enfin lâcher la pression, en étant champion du monde, c’était plaisant. Il n’y avait pas d’émotion, c’était juste une plénitude totale.

« Mon saut a été le moment le plus intense de ma vie »

– On imagine que la perche a été le moment le plus difficile (il a passé sa première barre au 3e essai).

Je pense que j’ai fait le saut de ma vie. C’était le moment le plus intense de ma vie. Il y avait ma grand-mère dans les gradins et elle fait de la tension donc j’ai regardé après mon saut pour savoir comment elle allait (rires). C’était un moment assez fort. C’était un soulagement tellement énorme de passer. Car si je ne passe pas je ne suis rien et si je passe je suis champion du monde. Tout se jouait là. J’ai eu de la chance, de la réussite, je ne sais pas ce que c’était et je ne veux pas savoir.

– Que s’est-il passé concrètement ?

Depuis Marseille (France Elite), j’ai du mal pour serrer ma perche suite à mes brûlures que j’ai eu là-bas (sa perche lui avait échappé des mains). Depuis, je ne pouvais pas du tout sauter. Et aujourd’hui, le problème était de traverser la perche. J’étais perdu dans mes marques. J’étais largement au-dessus mais je n’arrivais pas à faire avancer la perche. Sur le dernier essai, je me suis mis sur dix appuis, j’ai pris ce qu’il y a entre mes jambes à mon cou, et j’ai sauté.

« Ce saut n’aurait pas dû passer »

– Avez-vous pensé aux conséquences d’un troisième échec à 5,10 m ?

Je me faisais vraiment dessus. Ce n’était même pas de la peur, j’étais tétanisé. Du moment où j’ai pris ma perche et où j’ai piqué j’ai pensé à : « tu joues ta vie, tu joues ta vie ». A chaque fois que je pense à ce saut, je me dis qu’il n’aurait pas dû passer mais il est passé.

– Cette deuxième journée est habituellement votre force mais elle a semblé plus compliquée aujourd’hui.

Tous les jours je me demandais comment ce décathlon allait se dérouler. Ces dernières semaines, je ne sautais plus à la perche, j’avais des problèmes pour lancer le disque. J’avais mon problème de coude, j’avais peur de faire 55 m au javelot. C’était chaud pour la deuxième journée. Je me suis fait peur pas mal de fois. Et j’ai fini le 1 500 m avec des crampes.

« Je veux toujours progresser »

– Mais vous avez à chaque fois su réagir.

Maintenant, à chaque fois que je suis en difficulté, j’arrive en m’en sortir directement. L’un de mes gros points forts c’est de prendre toutes mes expériences et de les combiner pour réussir à ne plus faire d’erreurs. Et à chaque décathlon, on voit qu’il y a un nouveau truc, une nouvelle sérénité. Car même si ce décathlon a été dur, la première journée tout passait. Je prends en maturité à chaque décathlon. Ca dure deux jours pour vous mais pour moi ça dure une vie.

– Et ce podium c’était comment ?

On se rend compte qu’on est champion du monde. Cette marseillaise elle me fait toujours chialer. Ca me rappelle tout ce que j’ai accompli depuis dix ans, depuis mon arrivée à Montpellier. Personne ne peut s’imaginer ce qu’est un décathlon sans en avoir fait un.

– Quel sera votre prochain défi ?

Je n’ai pas de prochain défi. Je m’entraine tous les jours pour être plus fort le lendemain. Je veux toujours progresser. Ma plus grosse motivation dans l’athlétisme c’est de sentir que je progresse chaque année. On a vu que j’ai gagné énormément en puissance cette année. Il y a encore plein de choses à travailler. C’est ça qui est énorme car je sens que je peux encore progresser. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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