Kevin Mayer

Kevin Mayer entre en lice vendredi pour le décathlon des Championnats du Monde.

 

Favori du décathlon après sa médaille d’argent l’année dernière à Rio et la retraite du recordman du monde Ashton Eaton, Kevin Mayer aborde la compétition, qui débute ce vendredi, dans un état particulier, qui le caractérise, entre nervosité, fragilité et envie d’en découdre. Entretien. 

Comment vous-sentez-vous à quelques heures d’entrer en lice ?

« Ecoutez, d’habitude je mens un peu et je dis le « blabla » habituel, mais là, j’ai envie de vous dire la vérité. Avant chaque décathlon, je me chie complètement dessus pendant deux semaines, une forme de dépression apparaît, et là je suis en plein dedans. Je deviens très émotif, j’écoute des musiques ou regarde des films émouvants, et je peux me retrouver à pleurer, tout seul dans ma voiture. Mais je me connais je suis toujours comme ça avant un décathlon. J’ai envie d’arrêter l’athlétisme tous les jours. Je stresse beaucoup, mais j’essaye de laisser aller. Je n’aime pas ces moments mais c’est aussi ma force, ça me met en condition pour les championnats. Dès que j’arrive sur la piste, tout est oublié, j’ai envie d’en découdre. Je n’ai qu’une hâte c’est de pouvoir me libérer.

Vous vous faites le film du décathlon sans cesse dans la tête…

Les sept jours avant l’événement, il n’y a pas une journée qui se passe sans que je fasse le décathlon dans ma tête. C’est très difficile à appréhender, on s’imagine les dix épreuves et on se demande comment elles pourraient toutes bien se passer. Je vis un décathlon comme dans un film, d’ailleurs pour moi la pluie n’est pas un problème car ça ajoute quelque chose en plus à l’événement, j’adore ça.

« Je n’ai qu’une hâte, c’est de commencer la compétition »

Comment allez-vous aborder ces dernières heures d’attente interminable, surtout dans cet état d’esprit compliqué ?

Je n’ai pas de routine. Chaque heure paraît beaucoup plus longue que d’habitude cette année mais je vais prendre les choses tranquillement, je vais voir ma famille, voir des films. Je n’arrive pas à lire mon livre, à chaque fois que je lis une phrase, je suis obligé de la relire dix fois parce que je n’arrive pas à me concentrer. Là je suis à fond sur le décathlon : je n’ai qu’une hâte c’est de commencer la compétition. Ce matin j’étais dans le bus en direction du stade pour l’entrainement et je me suis imaginé être le matin de la compétition et ça m’a directement libéré.

Comment passez-vous d’un état d’esprit à l’autre pour la compétition ?

En général ça se fait la veille de la compétition, le soir je me regarde un film émouvant, je chiale et ça fait du bien avant un décathlon. Je peux regarder des dessins animés par exemple, c’est pour me transcender.

« L’aspect mental va beaucoup jouer »

Pourquoi ne pas faire de décathlon de préparation cette saison?

C’était par pur confort, un décathlon c’est pratiquement comme un marathon. Un mois avant on commence à lever le pied pour se préparer et une fois le décathlon terminé, on met environ un mois à récupérer. Donc c’est environ deux mois de bâclés. Ça m’a permis de m’entrainer deux mois de plus. Je pense ne jamais avoir été aussi en forme avant un championnat, il y a juste mon coude qui m’a fait souffrir à Charléty mais j’ai réussi à faire 70 m avec, donc je sais que je peux lancer loin malgré cette douleur. C’est très rare pour un décathlonien de n’avoir aucune douleur, c’est pour ça que l’aspect mental va beaucoup jouer.

On vous colle forcément l’étiquette de favori après les Jeux de Rio et la retraite de Ashton Eaton.

Tout le monde m’a mis l’étiquette de favori mais il faut arrêter de dire ça, c’est du décathlon, ce n’est pas du 100 m. J’ai dix épreuves à réaliser donc il y a beaucoup moins de maitrise. Je vais vous dire que je vais faire tout mon possible pour décrocher l’or mais ça va être très difficile. Il n’y a jamais eu de médaille en décathlon français aux mondiaux donc je serais très heureux avec une médaille, même si elle n’est pas en or. Je suis très bon gagnant mais pas mauvais perdant.

« C’a m’a fait chaud au cœur mais j’ai aussi ressenti une petite pointe de jalousie »                 à propos de la victoire de PAB

Est-ce que vous avez suivi la performance de Pierre-Ambroise Boss, est-ce que cela vous a motivé ?

J’étais dans le stade, c’était un moment incroyable, beaucoup d’émotions. Personnellement, c’est plus une pression supplémentaire qu’une motivation. C’a m’a fait chaud au cœur mais j’ai aussi ressenti une petite pointe de jalousie. Pas parce qu’il est champion du monde, mais parce qu’il a fini et qu’il a bien fini alors que moi je n’ai pas commencé. On sent qu’il est libéré alors que moi j’ai eu du mal à dormir. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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