Julien Wanders

Julien Wanders avec son entraineur Marco Jaeger lors de la Corrida de Houilles.

Auteur du record de France du 10 km en 28’02 lors de la Corrida de Houilles, Julien Wanders démontre depuis plusieurs mois qu’il est possible pour un athlète européen de lutter face aux athlètes des hauts plateaux sur les courses sur route. Une petite révolution que le Franco-suisse de 21 ans a entamé depuis longtemps au Kenya, où il s’entraine la plupart du temps. De là à en faire un exemple à suivre ?

Les athlètes présents à ses basques lors du premier kilomètre de la Corrida de Houilles s’en souviennent encore. Dès le début de la classique francilienne, Julien Wanders a mis le turbo, façon kenyane, et n’a jamais faibli – après un beau mano a mano avec Jemal Mekkonnen – pour couper la ligne en 28’02, nouveau record de France seniors du 10 km (voir article). Une démonstration de force qu’on avait l’habitude de voir de la part des coureurs kenyans ou éthiopiens mais pas d’un Franco-suisse, né à Genève.

Une guest-house sans eau courante

Pourtant, cet athlète de 21 ans, dont la double nationalité crée des tensions en France sur la légitimité de ses records français (voir article) – puisqu’il court au niveau international pour la Suisse – a, quoi qu’on en dise, prouvé que l’hégémonie africaine sur la route pouvait être plus souvent contrecarrée. « Julien essaie de viser, de s’accrocher un maximum à l’élite mondiale, explique Marco Jaeger, son entraineur depuis 15 ans (avec Pierre Dällenbach). Donc son regard est déjà pointé au loin. C’est un coureur qui  a un talent immense et qui bosse beaucoup. »

Les trois « T » (pour Talent, Travail, Temps), pour reprendre une devise chère à Bob Tahri, que Wanders a épousé, même s’il semble manquer encore de patience dans la quantité d’entrainement qu’il s’inflige. Mais comme Tahri, qui a été l’un des précurseurs en Europe, le Franco-Suisse a décidé d’aller s’entrainer au Kenya, là où se trouvent les meilleurs. « On dit que sa performance est stratosphérique mais le mec a tout quitté, lâche Yoann Kowal, champion d’Europe 2014 du 3 000 m steeple et témoin privilégié de l’ascension de Wanders. Il vit dans une guest-house de 20 m2 où il a à peine l’électricité. Quand je l’ai connu, il n’avait même pas l’eau courante. Il allait se servir de l’eau au puits, c’était vraiment limite. Là, c’est mieux, mais il s’est mis dans les mêmes conditions que les athlètes locaux lambda. D’ailleurs, lors de ses premiers stages, il a chopé des saloperies car il s’alimentait comme les locaux. »

Un programme d’entrainement trop lourd ?

Un choix de vie que Julien Wanders a fait depuis ses 18 ans, enchainant des longs stages de plusieurs mois dans la Rift Valley, quand les autres athlètes de haut niveau, à quelques exceptions près, ne dépassent pas six semaines. « Il a fait le choix d’y être totalement, continue Kowal. Il a mis du temps à s’adapter mais maintenant c’est ok. Il a oublié son confort. Il vient de Suisse, il aurait pu rester dans un confort chez ses parents et là, il a tout quitté. Il faut avoir le courage de le faire. » « Il s’entraine aujourd’hui dans les mêmes conditions et au même niveau que les Kenyans », ajoute Marco Jaeger.

Un entrainement de costaud où le garçon ne se ménage pas et qu’il énonce régulièrement sur les réseaux sociaux. Un régime kilométrique drastique qui néanmoins interroge. « Quand je planifie un plan d’entrainement, j’essaie toujours de réfléchir à la phrase : « faisant assez mais pas trop », qu’un entraineur m’avait appris, prévient Philippe Dupont, ex-manager national du demi-fond français. J’ai l’impression que Wanders est dans la démesure. Je suis un peu sceptique sur la volonté de changer la nature des gens. Il n’est pas né au Kenya. Vivre le mode de vie des Kenyans est une bonne idée mais je ne suis pas sûr que ça puisse en faire un vrai Kenyan. »

Un palmarès à créer

Il est vrai que les kilomètres défilent sur le GPS du Franco-suisse quand il est au Kenya, mais ses récents résultats parlent pour lui, même si ses saisons estivales n’ont pas encore été à la hauteur de ses hivers. « Le propre d’un athlète de haut niveau est de battre des records mais surtout de gagner de grandes courses, qui ne sont pas forcément Houilles ou les corridas suisses, prévient Dupont. Même s’il a gagné des courses devant des costauds, on jugera lors des prochains grands championnats. »

Un constat dont Wanders est conscient. « Mon année 2017 a été lamentable, avoue-t-il malgré ses 28’06’’17 sur 10 000 m et 13’37’’48 sur 5 000 m en 2017 mais sans la qualification pour les Mondiaux de Londres, son objectif de la saison. J’ai vraiment appris de cette saison même si elle a été dure. Ca m’a aidé à me dire de ne plus rien lâcher. Il n’y a plus d’excuses. En 2018, à moi de montrer ce que je vaux sur la piste. Les gens n’y croient pas mais moi oui. »

Course à la kenyane

Finalement, c’est peut-être plus du côté de son approche mentale qu’il faut puiser des enseignements avec cette façon très kenyane d’aborder les courses en se portant devant et en imposant son propre rythme. « Je pense qu’il peut être un bon moteur, lance Yoann Kowal. Il fait ce que les Kenyans n’aiment pas en se mettant devant eux. J’avais déjà remarqué ça avec Mahiedine (Mekhissi triple médaillé olympique) sur le 3 000 m steeple. Quand on passe devant eux ils doutent. C’est un mec qui est monstrueux et qui peut dominer l’Europe. Les jeunes peuvent s’en inspirer même s’il ne faut pas tomber dans l’excès dans l’entrainement. »

Douzième performeur européen de tous les temps sur 10 km avec ses 28’02 de Houilles, Julien Wanders est entré dans une nouvelle cour et il sait ce qu’il doit faire pour grandir encore. « Maintenant il faut gagner des courses et arrêter de faire le petit joueur. » 

Avec des médailles autour du cou, l’exemple sera plus parlant.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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