Julien Samson

Julien Samson a réussi une saison pleine jonglant entre les cross et la salle.

 

Un an après avoir lutté contre un cancer, Julien Samson (25 ans) a signé un retour fracassant cet hiver, empochant les médailles de bronze des France Elite sur 3 000 m et des Nationaux sur 1 500 m. Seuls ses championnats de France de cross lui ont finalement laissé un petit goût amer. Une déception vite évacuée quand on sait d’où revient l’athlète de Jean-Baptiste Congourdeau. Rencontre.

Son nom était apparu une première fois cet hiver quand, au détour d’un reportage sur Alizée Benaiteau (voir article), leur entraineur commun Jean-Baptiste Congourdeau, nous avait glissé : « Au club (RCF Issy Avia), j’entraine également Julien Samson. Il sort de maladie, il faudra le suivre de près cet hiver ».

Une sélection en équipe de France envolée

A l’époque, au début du mois de décembre, Benaiteau préparait les Championnats d’Europe juniors de cross alors que Samson était comme la plupart des athlètes de son groupe en pleine préparation pour la saison hivernale. Pourtant, à l’évocation des championnats continentaux, ses oreilles ne devaient pas rester indifférentes, tant cette échéance lui rappelait sa plus grosse blessure.

Deux ans plus tôt, c’était lui qui était en course pour porter le maillot de l’équipe de France. Vice-champion de France espoirs de cross en titre (2014), il s’avançait parmi les prétendants à la qualification au cross de Gujan-Mestras (novembre 2014). Sixième chez les espoirs, son rêve se brisait quand la DTN repêchait Alexandre Saddedine, le laissant à quai. « J’étais le sixième ce jour-là, glisse-t-il. Mais il y a eu la décision de la Fédération… C’a m’a mis un gros coup au moral. Et suite à ça, il y a peut-être eu une déprime. »

Un cancer diagnostiqué en août 2015

Quand la tête est touchée, c’est tout le corps qui tangue. Et alors qu’il boucle une saison estivale quelconque, Julien Samson découvre au mois d’août (2015) qu’il est atteint d’un cancer, le lymphome de Hodgkin. Une saloperie qui touche en particulier l’adulte jeune. « Quand j’ai appris la nouvelle je me suis dit que ce n’était pas possible, que ça ne pouvait pas m’arriver à moi. Je suis sportif, je ne fume pas, je ne bois pas d’alcool, je ne mange pas gras. »

Pourtant, le mal était bien entré en lui. Et même si son hygiène de sportif ne l’a pas empêché d’être touché, c’est bel et bien l’athlétisme qui va, en plus des traitements, faire office de thérapie, comme cela avait pu l’être pour les athlètes Anaïs Quemener ou Tarik Moukrime (voir nos articles sur Anaïs et Tarik). « C’a m’a aidé de courir. Je ne me rendais pas trop compte que mon niveau avait baissé. J’avais l’impression de remplir chaque jour un verre percé. Mais dans ma tête, je n’étais pas vraiment malade. Je continuais les entrainements avec le groupe en essayant de me dire que ça irait mieux le lendemain. »

Soigné dans l’hôpital où il travaille

Le lendemain, il y avait souvent chimiothérapie puis radiothérapie. Mais le brancardier de profession n’a jamais baissé les bras, bien soutenu par ses proches et ses collègues puisqu’il était soigné à l’hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt, là où il travaille. « Le fait de travailler dans le milieu hospitalier a facilité beaucoup de choses. Même s’il y a 20 % d’échec sur ce traitement, mon corps a bien réagi. C’était une mauvaise phase à passer. Il fallait juste serrer les dents. »

Une expression très usitée sur les stades quand la cloche retentit. Pour Julien Samson, la souffrance est évidemment allée plus loin qu’un simple dernier tour, les jambes pleines de lactique. Mais l’épreuve, vaincue au mois de mars 2016, en a fait à coup sûr, un athlète nouveau. « C’est un renouveau. Les plus belles choses sont à venir. »

Une saison hivernale étonnante

Elles sont même arrivées un peu plus tôt que prévues. Spécialiste des cross, il se fixe les France de cross court comme objectif avec un peu de salle, une première dans sa jeune carrière, pour débrider la machine. Mais finalement de compétitions en chrono, et vice versa, il s’est retrouvé à glaner une médaille de bronze aux Nationaux sur 1 500 m le 4 février à Lyon, avant de remettre ça deux semaines plus tard à Bordeaux, cette fois à l’étage des grands sur 3 000 m (3e en 8’18’’49). « Avec mes temps j’étais qualifié et j’avais envie de courir partout ! »

On n’en aurait pas fait moins, même si cette boulimie de courses (une course tous les week-ends de janvier à fin février) lui a laissé beaucoup de fatigue pour le France de cross. « Au cross je n’avais pas de jus. J’ai essayé de partir devant mais quand j’ai vu que le podium n’était plus accessible j’ai lâché (52e). J’étais déçu car en forme j’aurais peut-être pu faire de belles choses. Mais j’ai laissé beaucoup d’énergie aux Elite. On ne récupère pas comme ça d’autant de compétitions. C’était un choix de vouloir tout faire. »

« Revenir meilleur »

En oubliant Saint-Galmier, le bilan reste plus que positif, un an jour pour jour après l’arrêt d’un traitement contre le cancer. « Je ne pensais pas revenir aussi rapidement et même progresser. Maintenant, je ne vois plus les choses de la même façon. Quand on est malade, on prend du recul sur beaucoup de choses. L’athlétisme reste un loisir avant tout, même si on en fait comme un athlète de haut niveau. Il faut relativiser les choses. C’a m’a permis d’avoir les idées claires et de revenir meilleur. »

Un retour qui lui ouvre évidemment l’appétit pour cet été, où le 5 000 m figurera dans ses priorités (14’41’’03 en 2014). « On s’entraine toujours pour essayer de voir nos limites. Ma marge de progression est énorme. Pour moi, l’objectif reste de porter le maillot de l’équipe de France. »

L’équipe de France toujours dans sa tête

Nous y revoilà. La fameuse tunique bleue, celle qu’il avait vue s’envoler alors qu’il pensait la tenir. « J’aimerais bien l’hiver prochain tenter la sélection pour les Europe de cross chez les seniors. Je veux prendre ma revanche. Et j’ai envie de prouver que ce jour-là, les sélectionneurs ont eu tort. »

Pour cela, après quelques jours de repos, il va reprendre son quotidien, fait d’une bonne dose d’entrainement (10-12 par semaine), et d’un travail physique, brancard à la main, dans les couloirs de l’hôpital (8 à 10 km par jour). « Avec une bonne organisation tout est possible. »

Comme remporter de nouvelles médailles.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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