Jimmy Gressier

Alors qu’il a débuté l’athlétisme à Boulogne-sur-Mer, sur cette piste, Jimmy Gressier s’entrainera cette saison au pôle de Fontainebleau.

 

Le rendez-vous était donné devant le collège Daunou de Boulogne-sur-Mer. Un endroit que connaît bien Jimmy Gressier, puisqu’il escalade plusieurs fois par semaine la barrière du stade situé juste derrière l’établissement, pour entrer sur la piste de 200 m . C’est là, depuis deux ans, sur les conseils d’Arnaud Dinielle, que l’ex-footballeur développe ses qualités d’endurance qui faisaient déjà fureur sur les terrains. Un don qui a explosé cette saison avec une 4e place aux Championnats d’Europe de cross juniors (médaille d’or par équipe) et une 10e lors des Mondiaux sur 5 000 m. Mais c’est loin de cette ville du Nord que la suite va s’écrire pour ce jeune athlète. Désireux de mettre toutes les chances de son côté pour « devenir l’un des meilleurs Français », il a décidé de rejoindre le pôle de Fontainebleau dès la rentrée pour s’entrainer avec Thierry Choffin. Il devra également trouver une casquette assortie à ses nouvelles couleurs de club même si les discussions sont encore en balance entre Franconville (EFCVO) et Alès Cévennes. Rencontre.

– Track and Life, Jimmy, comment allez-vous depuis votre 10e place aux Championnats du Monde juniors sur 5 000 m (13’55’’07) ?

« J’avais prévu de faire le 10 km du Touquet (6 août) après les Mondiaux pour tenter de faire sous les 30’ et de pourquoi pas battre le record de France de Romain Collenot-Spriet (le record de France juniors du 10 km n’appartient plus à Romain Collenot-Spriet et ses 29’46 de 2011 mais au Franco-suisse Julien Wanders depuis l’année dernière et ses 28’49). Mais j’avais huit heures de route de nuit la veille pour revenir de vacances du coup j’avais vraiment mal au dos. Je suis allé voir mon kiné pour qu’il me débloque. Mais dès le 2e kilo j’avais trop mal, j’étais crispé, je n’ai pas réussi mon objectif.

« Aux Mondiaux de cross j’étais plus spectateur qu’acteur »

– Ensuite, avez-vous pris le temps de couper après une saison harassante ?

Je suis parti en vacances. On a fait un peu la fête. J’ai coupé totalement deux semaines. Au départ, mon coach voulait que je reprenne la course mais je lui ai demandé de reprendre avec un peu de vélo et de natation pour souffler avec la course à pied, vraiment couper, pour avoir vraiment envie de revenir. Mais là c’est un peu dur surtout que j’ai pris 3-4 kilos pendant les vacances (poids de forme 61 kg).

– Revenons sur votre saison, qui a été incroyable pour un néophyte comme vous, avec tout d’abord ces Championnats d’Europe de cross,votre 4e place et le titre par équipe.

C’était inimaginable. Mon premier objectif de l’année c’était de me qualifier pour les Championnats d’Europe de cross. Le niveau international je connaissais un peu avec les Mondiaux (il avait terminé 80e des Championnats du Monde juniors de cross en 2015). Mais aux Championnats du Monde de cross, j’étais plus spectateur qu’acteur. J’étais perdu, j’avais le camescope. Quand j’y repense ça me fait rigoler. J’étais fan des autres alors que je cours contre eux. Aux Europe, j’ai écouté l’entraineur et les copains, ils m’ont dit qu’il y avait moyen d’aller chercher quelque chose pour l’équipe. Individuellement on nous avait dit que ç’allait être dur et qu’il fallait courir pour l’équipe. J’ai couru pour l’équipe. Et au final je fais 4e, je ne m’en rends toujours pas compte aujourd’hui. Dans la dernière ligne droite, je ne pensais pas au podium. Ce n’est qu’à la fin que j’y ai pensé. Je ne pensais qu’à l’Italien, car on avait des consignes pour l’équipe.

« Au France de cross j’ai pu montrer ma force de caractère »

– Ensuite, il y a eu les Championnats de France de cross où vous avez terminé troisième en perdant votre pointe en milieu de course.

Je me sentais très bien mais je ne garde aucun regret de cette course même si j’ai perdu ma chaussure. Pourtant la semaine avant, j’étais à plat. J’avais fait 5×1000 m en 3’15, je ne pouvais pas aller plus vite. Mais grâce à cette chaussure j’ai pu montrer ma force de caractère aux gens, leur faire voir qu’il ne faut pas lâcher, dans n’importe quelle condition. Si on prend le départ d’une course c’est pour aller au bout.

– Et enfin, il y a eu ces Mondiaux, où vous avez terminé 10e en 13’55’’07, encore un objectif réussi.

Avant les Championnats du Monde j’étais bien. Je pensais faire 13’50 ou peut-être un tout petit peu moins. Mais je n’ai pas pris assez de risques. Je sentais que j’en avais encore un peu sous la semelle. Au moins, je me dis que ça peut encore descendre.

Jimmy Gressier

Jimmy Gressier et son pote Fabien Palcau lors du 5 000 m des Championnats du Monde juniors.

 

– Ces Championnats étaient vos premiers sur piste avec l’équipe de France, comment avez-vous vécu cette expérience ?

C’est autre chose. D’être avec toutes les disciplines, ça fait bizarre. Pourtant, maintenant, l’équipe de France je la connais bien. Mais avec les autres disciplines, au départ, tu es timide. On est le groupe de demi-fond. Baptiste (Mischler) connaît beaucoup les autres parce qu’il a fait les JO Jeunes. Mais moi j’étais impressionné car il y avait par exemple Victor Coroller. Quand j’ai commencé l’athlé, on me disait qu’il allait aux JO (jeunes). Je me disais qu’il avait mon âge et qu’il allait aux JO (rires).

« Essayer de créer une marque de casquette avec Fabien Palcau »

– On parle beaucoup de votre génération comme d’une génération dorée (champion d’Europe par équipe en cross, avec Fabien Palcau vice-champion d’Europe ou Baptiste Mischler, 4e des Mondiaux sur 1 500 m). Ressentez-vous tout cet engouement qu’il y a derrière vous ?

Quand on prend le départ d’une course c’est pour nous mais aussi pour tous ceux qui nous suivent. C’est magique de savoir qu’il y a tous ces gens derrière. Ca nous pousse au-dessus de nos limites. On est conscients qu’il y a des jeunes de notre âge qui sont fans de nous. Ca fait vachement plaisir. Même ici, dans le Nord, quand j’arrive dans une petite course, il y a des gens qui veulent prendre une petite photo avec moi. Ca fait bizarre pour un mec comme moi. Je ne viens pas de ce milieu là.

– Comment expliquez-vous les bons résultats de cette génération ?

En équipe de France, on vient de différents milieux. On arrive à coordonner le tout et à rassembler nos forces. Même en dehors de l’athlétisme, c’est magique. On s’appelle pendant les vacances. Il y a une bonne ambiance ! Par exemple, avec Fabien (Palcau), on aimerait monter un petit truc plus tard pour nous regrouper. Essayer de créer une petite marque de vêtement à nous, de casquettes par exemple (voir article) car on sent que les gens nous adorent. Ca pourrait marcher une marque de casquette (rires).

– Pour revenir à vous, on imagine que les Mondiaux juniors et les Jeux olympiques ont dû vous donner des idées pour la suite.

Participer aux JO c’est l’objectif dans ma carrière sportive. Ma famille, je le vois bien, quand ils regardent les JO, il se passe quelque chose. Là il y a Tokyo 2020, j’y pense. Je me dis que, je ne vois pas pourquoi, si je mets toutes les chances de mon côté, je n’y arriverai pas. Dans ma tête, dès cette saison, le but est de vraiment aller titiller les grands. Je vois bien qu’il y a des grands qui parlent de moi. Florian Carvalho a envoyé un message sympa à mon manager (Riad Ouled) parce qu’il veut que je m’entraine avec lui l’année prochaine. Hassan Chahdi quand je le vois il me dit que c’est bien, Yohan Durand aussi. Si je pars sur une course, j’ai envie de les taper. Envie de leur faire voir qu’on est là.

« J’ai choisi l’athlétisme pour une chose : l’Equipe de France »

– Vous parlez de Jeux Olympiques mais il y a encore un an vous deviez plus penser à la Coupe du Monde de football.

(Il sourit). C’est vrai que depuis petit, c’était un rêve de devenir footballeur et je ne pensais pas du tout à l’athlé. C’est la vie. C’est ce que mes parents m’ont donné, un don pour courir. Maintenant, je ne suis plus un footeux, je suis vraiment un athlète. L’année dernière aux Europe, j’étais encore un footeux. Juste un footeux qui courait les Europe. Mon corps a dû s’adapter à la course à pied. Je sentais quand je courais que je ne ressemblais à rien. Je me rappelle, aux Europe, avant le départ de ma course, Alexandre Saddedine et Djilali Bedrani m’avaient dit « relâche-toi » en me voyant faire mes lignes et je leur avais dit que je l’étais mais ils ne me croyaient pas. J’ai appris le relâchement. Mon corps a eu du mal à se détacher du foot.

– Votre choix de quitter le football pour l’athlétisme alors que vous étiez probablement destiné à une carrière au moins au niveau CFA (il jouait en 17 ans Nationaux à Boulogne-sur-Mer) peut paraître osé par rapport aux écarts de revenu entre ces deux sports.

J’y pense. Surtout que là j’étais en plein dedans avec mes recherches de clubs. Si j’avais eu la chance d’être pris sous une aile, avec un manager dans le football, qui me met dans une équipe, je pense que j’aurais pu faire mon trou. Niveau technique j’avais des lacunes mais au niveau de l’envie et du physique, j’aurais pu me débrouiller et grandir. Mais si j’ai choisi l’athlétisme c’est pour une chose : l’équipe de France. C’est l’hymne national, c’est les gens autour. Au foot, c’est vrai, j’aurais pu choisir la facilité et jouer en CFA avec mes copains. Mais je ne veux pas de ça. Je veux vivre des grands moments, des moments qu’on ne pas acheter avec de l’argent, comme participer aux JO.

– Que pensent vos amis footballeurs de votre choix ?

Mes copains du foot m’ont toujours dit de courir. On m’appelait la mobylette dans mon équipe. Même mes entraineurs m’ont toujours dit de faire de l’athlétisme. D’ailleurs j’ai une anecdote à ce sujet. Quand j’étais à l’internat de Boulogne-sur-Mer on faisait les tests de début de saison avec l’équipe première et j’avais terminé en même temps que N’Golo Kante (depuis devenu international français et joueur de Chelsea).

« Dans ma tête je pense plus au niveau européen que mondial »

– Vous avez appris à aimer l’athlétisme ?

En athlétisme, ce sont les objectifs qui font avancer. Tu te lèves le matin, tu as un footing et tu sais pourquoi tu le fais. Parce que tu prépares les Europe, les Monde. Si je fais de l’athlé ce n’est pas pour le loisir. C’est pour la compétition, pour progresser, et devenir l’un des meilleurs Français plus tard. Sinon, si c’était pour gagner les courses régionales, ça servirait à rien. Là je prépare vraiment les Europe. L’année dernière c’était pour y aller. Là, dans ma tête, je me dis qu’avec l’équipe on peut refaire un gros truc et même individuellement on peut faire quelque chose de grand.

– Votre parcours ressemble beaucoup à celui de Simon Denissel, qui avait tout remporté sur son passage dès son arrivée en athlétisme après des années de football. Depuis, il a connu des saisons plus compliquées. N’avez-vous pas peur de cette perte d’insouciance ?

C’est vrai qu’au début j’y allais un peu avec la fougue. J’avais juste envie de leur rentrer dedans. Avant je ne connaissais rien à l’athlé. Lors de notre première séance sur piste, mon coach m’a dit de me placer au départ du 300 m et je lui ai demandé où c’était. Et où je devais m’arrêter. Mais aux Mondiaux, j’ai couru plus en contrôle. Alors qu’avant je serais parti devant avec eux. Maintenant, je vais peut-être plus réfléchir.

– Surtout qu’en athlétisme, le très haut niveau mondial paraît compliqué avec les nombreuses histoires de dopage.

Je n’y pense pas encore. Dans ma tête je pense plus au niveau européen. C’est vraiment accessible. Le niveau mondial, on verra comment ça se passera. Il n’y a pas de secret quand on voit comment ça court. C’est vrai qu’aller aux Championnats du Monde et faire de la figuration ça doit être compliqué. C’est cruel à dire, mais ces athlètes ont plus de mérite. Je les respecte d’autant plus qu’un mec qui va gagner facilement.

« J’étais plus parti pour aller à Marseille »

– Venons-en à votre choix de changer d’environnement. Pourquoi avoir choisi d’aller vous entrainer au pôle de Fontainebleau avec Thierry Choffin ?

Fontainebleau à l’heure d’aujourd’hui c’est la meilleure solution. Au départ j’étais plus parti pour aller à Marseille. Pour l’avenir, ils me proposaient de bonnes choses. Je pouvais un peu assurer mes arrières avec une possibilité de m’embaucher à la SCO. Je suis allé visiter. Mais cela ne m’a pas plu. J’étais parti là-bas pour le temps, pour le soleil. Mais après sur la route, je me suis dit « Tu es là pour quoi ? Pour la belle vie ou pour vraiment t’entrainer pour devenir l’un des meilleurs ». Et en plus, je suis très ami avec Louis Gilavert et Yani Khelaf et ça fait un moment qu’ils me disent de venir à Fontainebleau. Ils se battent déjà pour savoir dans quelle chambre je vais aller (rires). Ils m’ont dit qu’il y avait aussi un petit terrain de foot où on pourra jouer !

– Et au niveau du club,vous êtes encore en discussion ?

Franconville, Lille et Amiens m’ont également proposé quelque chose. Lille c’est plus parlant car c’est dans le Nord-Pas-de-Calais, c’est chez moi. J’aimerais bien rester dans un club d’ici et aller à Fontainebleau pour l’entrainement. Ca serait un petit regret de quitter le coin. Mais à Alès, Philippe Rémond m’a appelé pour me proposer un beau projet avec une équipe de cross très compétitive. Tout est encore en discussion.

«Ma priorité c’est la progression sportive »

– Comment avez-vous fait votre choix ?

Ma priorité principale c’est la progression sportive. C’est pour ça que je vais à Fontainebleau. Pour le reste, j’ai laissé mon manager gérer les choses. Les gens me disent que je ne suis que juniors. Mais si déjà tu arrives à t’assurer une vie stable, tu peux ne penser qu’à l’athlé. Et mettre toutes les chances de ton côté. Tu pars à l’entrainement, tu n’as rien à penser. Si tu te blesses, tu n’existes plus. Donc c’est pour ça que j’essaie déjà de penser à mon à-côté.

– Comment a réagi Arnaud Dinielle, votre entraîneur, quand vous lui avez dit que vous souhaitiez partir ?

Ca fait cinq mois qu’on en parle. C’est lui qui fait tout avec sa femme pour nous au club (Entente Maritime Athlétique 62) que ce soient les rendez-vous médicaux, les réservations d’hôtels ou de billets de train. Ca sera toujours mon coach numéro un. Il ne pense qu’à mon bien. C’est grâce à lui que je suis là aujourd’hui. C’est lui qui a misé sur moi le premier. C’est mon ami. Je ne l’oublierai jamais.

Jimmy Gressier

Jimmy Gressier va quitter Arnaud Dinielle, l’entraineur qui l’a repéré à Boulogne-sur-Mer.

 

– Vous allez également quitter votre environnement sur Boulogne.

Quand je jouais au football à Boulogne, je suis déjà parti pendant un an à l’internat et ça s’est très bien passé. Je suis né dans un quartier difficile. J’ai toujours eu mes parents à côté de moi mais j’ai toujours été autonome depuis tout petit. Je sais que ma famille est derrière moi et que si ça ne va pas je pourrai revenir. Mais il ne peut y avoir que du plus à Fontainebleau par rapport à mes conditions ici. Par exemple, il y a un self pour manger. Rien que ça, ça va me permettre de progresser car mon alimentation n’est pas bonne. Je n’avale aucun légume, je ne mange pas de fruit. Là j’ai arrêté le coca, je bois de l’eau. Je vais essayer de me forcer sur la bouffe.

– Maintenant que vous en savez plus sur votre avenir, à quoi aspirez-vous ?

Il faut que ça reparte vite. J’ai l’impression d’être encore en vacances car je m’entraine un peu tout seul. J’ai envie de poser mes valises à Fontainebleau et de vraiment commencer à m’entrainer. »

Abderrazak Charik également à Fontainebleau
Le groupe d’entrainement de Thierry Choffin au pôle de Fontainebleau a ecnore pris de l’ampleur lors de l’intersaison. En plus de l’arrivée du vice-champion d’Europe 2012 du 1 500 m Florian Carvalho, Thierry Choffin va s’occuper de Jimmy Gressier mais également d’Abderrazak Charik, qui comme Gressier va quitter le Nord de la France pour rejoindre ses coéquipiers de l’équipe de France juniors Yani Khelaf et Louis Gilavert au CNDS. Les deux athlètes nordistes poseront leurs valises à Fontainebleau ce lundi.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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