Jean-Michel Serra

Jean-Michel Serra. COPYRIGHT : STEPHANE KEMPINAIRE / KMSP / DPPI –

Directeur du service médical de la Fédération française d’athlétisme, le docteur Jean-Michel Serra revient sur son rôle auprès des athlètes français.

Voilà sept ans que le docteur Jean-Michel Serra s’occupe des maux des athlètes français. Depuis janvier 2009, cet ex-coureur de 400-800 m de niveau régional (51’’9, 1’59) a quasiment déserté sa région de Salon-de-Provence pour Paris et les bureaux de la Fédération française. « Aujourd’hui je suis quasiment à temps complet à la fédération. Je passe trois jours à Paris, soit 80 % de mon temps et j’ai gardé une vacation en cabinet sur Marseille. »

Une passion dévorante pour le premier sport olympique qui a pris de plus en plus de place dans sa vie au fil des années. « L’athlétisme est avant tout une passion. J’ai commencé à m’engager en tant que médecin dans mon club puis au sein d’un pôle. De fil en aiguille, je me suis retrouvé à la FFA. »

Entraineur deuxième degré, Jean-Michel Serra a longtemps officié dans son club de Salon-de-Provence avec un groupe de demi-fond. Mais depuis sa prise de fonction à la fédération il a dû renoncer. « Je ne crois pas à l’entrainement à distance. Un plan d’entrainement c’est joli en théorie mais il faut un regard pour juger de l’état de forme de l’athlète. »

Un pool médical d’une cinquantaine de spécialistes

Dorénavant, il essaie de chapeauter les états de forme des meilleurs athlètes français et surtout de les aider dans leur suivi médical. « Je dois gérer tous les problèmes qui peuvent se présenter aux athlètes en matière de santé. Mais c’est plus compliqué en athlétisme de gérer au quotidien les blessures par rapport à un sport collectif où tous les athlètes sont sur place au club. Il faut savoir gérer au coup par coup. »

Le directeur médical de la FFA est aidé dans cette tâche par un pool de douze médecins, trente kinésithérapeutes et dix podologues qui interviennent en vacation pour la Fédération. « Un athlète blessé contacte en premier lieu son propre staff médical. Ensuite, on se met en rapport avec son équipe pour gérer l’évolution de la blessure. »

Un rôle d’accompagnement qui va au-delà du simple pronostic d’une blessure. « Il faut essayer d’avoir de la disponibilité et de l’écoute pour les athlètes. Il faut donner la réponse appropriée à leur problème. Car, mis à part le côté physique, il existe un côté psychologique de la blessure. C’est pour cela que c’est important de mieux connaître les athlètes. On comprend mieux leurs problématiques quand on les connaît. »

Une politique en matière de santé et de prévention

Une mission qu’il a dû fortement mettre en pratique durant la saison 2015 avec beaucoup de blessures chez les cadors français (Mekhissi, Tamgho, Lesueur, Diniz, entre autres). « Il faut que l’athlète se sente entouré. L’athlétisme est une grande famille. Il faut gérer avec lui sa reprise, sans aller plus vite que la musique. Il y a beaucoup d’enjeux dans la rééducation. On ne peut pas revenir tout de suite au même niveau de performance. Il faut fonctionner par étapes. Les athlètes doivent se servir de ce contretemps pour travailler d’autres secteurs de leur entrainement et notamment leurs points faibles. Après une blessure, le corps est souvent plus fort qu’avant avec tout le travail de rééducation effectué. »

Un constat, s’il s’applique à nos récents blessés, qui annonce de belles choses pour les prochains Jeux olympiques. Mais en tant que directeur médical de la FFA, Jean-Michel Serra a également des missions de service public. « Il faut aussi établir une politique en matière de santé et de prévention. On ne gère pas que le haut niveau mais également l’athlétisme santé loisirs. Cela fait un an qu’il existe un département médical. Le but est de professionnaliser tous les aspects de la santé. »

Un athlétisme santé loisirs qu’il pratique lui-même, puisqu’il participe encore régulièrement à des courses hors stade. « Avec l’âge, je suis monté en distance. » Mais, quelque soit la distance, sa passion pour ce sport reste intacte. « J’ai débuté par le football. Mais pour que ça marche, il faut que les onze mecs présents sur le terrain tirent dans le même sens. En athlétisme, on est le seul maître à bord. »

Tout comme, il est le capitaine du navire bleu, qui prendra bientôt la route du Brésil, avec à son bord, un maximum de matelots en pleine possession de leurs moyens.

« On ne croit plus au Père Noël »
Jean-Michel Serra se livre sur les révélations de l’IAAF. « Il y aura toujours ceux du bon côté et les autres. C’est comme dans la vie de tous les jours. Les révélations ne sont pas très surprenantes. On a toujours eu du mal à éradiquer le dopage et il y a donc peu de chances qu’il disparaisse. En France, un système de tricherie comme il semble avoir été mis en place en Russie, serait plus difficile à faire fonctionner. Nous ne vivons pas dans un système étatique. Le ministère n’est pas présent à la Fédération. Et de plus, à la Fédération française d’athlétisme, on ne s’intéresse pas qu’au haut niveau. La vitrine c’est important mais le sport santé aussi. Ca nous rend moins dépendant de la performance pure et donc plus éloigné du dopage.
Quand on connaît bien l’athlétisme, il y a des progressions qui ne laissent pas planer de doutes. Il y a des évolutions au-delà de la normalité. Le rôle des médias est important dans ce système. On parle souvent des meilleurs et on raconte que des belles histoires avec des résultats extraordinaires. Il ne faut pas se tourner que vers les stars et oublier les autres athlètes. On n’y croit plus trop aux histoires du Père Noël. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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