Harold Correa

Qualifié pour tous les grands championnats cette saison, Harold Correa sait qu’il a pêché au niveau du mental dans les moments importants.

 

Qualifié pour les trois grands rendez-vous de la saison, Harold Correa n’est pas parvenu à accrocher une finale. En grande forme physiquement, le triple sauteur sait que son mental a pêché pour gravir cette dernière marche. Un facteur qu’il compte bien travailler pour s’installer en haut de la hiérarchie française, voire mondiale. Rencontre.

Présent à Portland (Championnats du Monde en salle), à Amsterdam (Championnats d’Europe) et à Rio (Jeux olympiques), Harold Correa a réussi cette saison le Grand Chelem avec l’équipe de France. Mais à 28 ans, l’athlète de l’Entente Franconville Césame Val d’Oise en voulait plus. Neuvième aux Etats-Unis (finale directe), éliminé en qualifications aux Pays-Bas, puis au Brésil, il n’a jamais pu montrer son vrai niveau quand ça comptait vraiment. De quoi lui laisser des regrets. « Le mot qui revient le plus souvent pour qualifier ma saison c’est la frustration. Parce que je suis arrivé avec une belle performance à chaque compétition importante cette année, dans les meilleures dispositions physiques et donc j’espérais au moins faire une finale. A mon sens, ça se joue beaucoup sur l’aspect mental. Je n’ai aucune honte à le dire mais c’est vraiment du côté du mental que cela n’a pas été. »

Les planches d’appel, un centimètre et la grippe

Le meilleur exemple reste Amsterdam, où avec ses 17,08 m (record personnel) comme performance d’engagement, il pouvait viser haut. « Les Championnats d’Europe c’est peut-être ma plus grande frustration car il y avait vraiment un truc à faire. J’aurais pu tirer mon épingle du jeu. Mais voir le concours de qualifications se stopper une première fois, puis se stopper une deuxième fois pendant une heure (à cause de planches d’appel défectueuses), entendre qu’il est possible qu’on ressaute le lendemain, tout ça m’a fait sortir du truc. »

En ajoutant une grippe lors de son concours à Portland et une élimination en qualifications à Rio pour un centimètre, on peut dire que les grands moments n’étaient pas pour lui cette saison. « Il y a toujours un truc. Mais malgré ça, il faudrait que je sois toujours au moins au niveau auquel je suis dans les compétitions moins prestigieuses. »

Evidemment, quand la pression monte, il est difficile de s’envoler. « Il y avait pas mal d’appréhension lors des grands championnats. Je n’ai pas été bon lors de ces compétitions là alors que j’étais bien préparé. Je peux m’en vouloir. C’est un manque de maitrise. Tu regardes comment le concours se déroule au lieu de te concentrer sur toi-même. Tu n’es plus dans ton registre. Tu fais des choses qui ne te correspondent pas. Tu es dans la crispation et pas dans le relâchement. »

Une progression physique et technique

Des défauts mis en lumière moins d’un mois après Rio, lors du meeting de Rovereto (Italie) où, délesté de toute pression, Harrold Correa retombait à 16,98 m, troisième meilleur saut de sa carrière (vent régulier). « La forme n’était pas meilleure à cette compétition là mais psychologiquement j’étais complètement relâché, parce que les grosses échéances étaient déjà passées et que je n’avais plus rien à perdre. C’est frustrant. Tout au long de l’année on se prépare pour des échéances, on fait en sorte que je sois au top de ma forme. Et au final, je ne profite pas de ce qui a été construit. C’est dommage. »

Une construction aux côtés de Jean-Hervé Stievenart  à l’INSEP qui a néanmoins porté ses fruits avec un premier passage cette saison au-delà des 17 m. « Il y a des choses positives dans cette saison. Depuis quelques années, on se dit que les 17 m ce n’est qu’une étape. Mais c’est quand même prestigieux. Pour moi, ça veut dire que tu es un vrai triple sauteur. Je courais après depuis de trop longues années. Et là, j’ai été régulier autour des 16,90 – 16,95 m. Je suis également satisfait d’avoir retrouvé l’équipe de France pour les trois grandes compétitions qu’il y a eues cette année. Surtout, j’ai progressé autant physiquement, que techniquement et ça, c’est une grande satisfaction. Ca donne du crédit au travail qu’on a pu réaliser avec “Stieve” sur les cinq dernières années. »

A la lutte avec Tamgho et Compaoré

Ce qui lui permet aujourd’hui d’être plus qu’un faire valoir en France dans cette discipline bourrée de talents comme Teddy Tamgho (champion du monde en 2013) et Benjamin Compaoré (champion d’Europe 2014 et 10e à Rio). « J’essaie tout doucement de rattraper le retard que j’ai pris durant les années où j’ai été blessé. Je pense que je commence à faire mon petit bout de chemin. Je n’ai pas trop de facilitées pour parler de moi mais quand j’entends des gens dire que je peux faire des choses sérieuses en France, en remportant plusieurs titres, je ne peux plus trop me cacher derrière mon statut d’outsider. Malgré que je le sois encore. Car quand on regarde objectivement par rapport aux records personnels de Teddy (18,04 m en 2013), de Benjamin (17,48 m en 2014) et d’autres qui ont mis en lumière le triple saut français, je reste bien en deçà. Aujourd’hui, je peux seulement commencer à avoir la prétention de dire que je veux faire quelque chose de grand au niveau européen et mondial. Malgré les qualités de chacun, je veux assumer mon statut et afficher mes ambitions, arriver aux Championnats de France et dire que je veux les gagner. »

Pour cela, il lui faudra passer entre les balles, puisque le triple saut est l’une des disciplines les plus traumatisantes de l’athlétisme. « Je veux tirer mon épingle du jeu là-dedans. Cette année on attendait Teddy (fracture de la jambe), Yoann Rapinier (blessure à la cheville). Il y a Jean-Marc Pontvianne qui a fait de belles choses, Melvin Raffin qui monte derrière. Ca te pousse à te dépasser tout le temps mais aussi à faire attention à la blessure (il souffre de tendinites au niveau du tendon d’Achille, rotulien, et adducteur). J’ai planifié avec “Stieve”, on a fait moins de compétitions. On s’est entrainé différemment. »

Un équilibre de vie trouvé

Son entrée à la SNCF en juillet 2015, lui a également apporté une stabilité. « J’ai fait part de ma volonté de travailler à la Fédération française d’athlétisme. J’ai connu le monde du travail avant de connaître celui de l’athlétisme de haut niveau (commercial chez Lagardère). J’ai connu les périodes sans travail car c’était compliqué de concilier les deux. Et quand je suis arrivé à l’athlé on m’a dit : “c’est que l’athlé”. Mais quand tu te blesses ou que tu connais des périodes sombres tu n’as rien d’autres que l’athlé et ce sont des trucs que j’ai du mal à vivre. Du coup, retrouver le monde du travail a été super bénéfique. Je me sens bien mieux, sans oublier l’assurance financière. Travailler à la SNCF en matinée (de 7h à 14h30, trois à quatre jours par semaine à la gare de Lyon) a fait que je m’entraine qu’une fois par jour. On est dans le qualitatif plutôt que le quantitatif. On a adapté pas mal de choses et les résultats sont positifs. »

En vacances jusqu’à la fin du mois d’octobre après « une très longue saison », Harold Correa se tournera ensuite vers la salle. « Je ne me vois pas faire l’impasse sur la salle. Pour moi, il n’est pas difficile de faire la salle puis la saison d’été car on utilise beaucoup les compétitions comme séances techniques. Si je suis bien en salle, j’espère faire une belle saison. »

L’expérience emmagasinée cette année devrait l’y aider.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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