Hamid Oualich

Hamid Oualich a terminé premier du 400 m en 48’’30 lors du premier tour des Interclubs à Reims.

 

Après deux saisons en demi-teinte, le spécialiste du 800 m Hamid Oualich, espère signer son retour au premier plan cette année. Mais celui-ci ne se fera pas sous les couleurs de la France. En effet, le natif de Ouarzazate au Maroc a décidé de courir pour son pays natal. Rencontre avec un athlète qui n’est pas passé loin d’un arrêt de carrière avant de rebondir en vue des anneaux olympiques.

– Track and Life : Hamid, on vous avait un peu perdu de vue ces deux dernières saisons. Que s’est-il passé ?

« Lors de la saison 2013-2014 (meilleur temps sur 800 m : 1’47’’26), j’ai eu des problèmes personnels. Et l’année dernière, j’ai quasiment fait une année blanche (1’47’’58). J’ai eu des inflammations aux tendons d’Achille en septembre 2014 puis j’ai eu un souci avec mon club (Montpellier Agglomération Athlétisme). Ce qui fait que je suis resté en retrait. J’ai même eu envie d’arrêter l’athlétisme.

« Quand on se sacrifie et qu’on n’est pas récompensé, c’est frustrant »

– Vous avez vraiment pensé stopper votre carrière ?

Oui. Je n’ai pas couru du mois de septembre 2014 au mois de janvier 2015. En fait, en 2013, j’ai fait 1’45’’9 (1’45’’91 à Tomblaine, le 2 juillet) et je n’ai pas été sélectionné pour les Championnats du monde de Moscou car on m’a demandé de recourir derrière mon record alors que c’était OK. Donc, malheureusement, quand on se sacrifie toute une année et qu’à la fin, on n’est pas récompensé par une sélection, c’est un peu frustrant. Et du coup, j’ai beaucoup réfléchi. J’ai pesé le pour et le contre sur un probable arrêt. Et donc, l’année dernière, je n’ai repris qu’à la fin du mois de janvier. Au dernier moment, j’ai décidé de ne pas lâcher car il y avait les Jeux olympiques. J’ai donc fait une année 2015 avec des entrainements et très peu de compétitions.

– Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Cette coupure c’était un bien et un mal à la fois. Le bon côté, c’est que ça m’a permis de souffler et de m’éloigner de l’athlétisme. Mais le mauvais côté, c’est qu’il y a des années qui sont passées et ça va vite. Aujourd’hui, je me sens un peu plus fort que les années précédentes. On est partis sur une préparation 800-1500 m (il est entrainé par Jean-Baptiste Congourdeau et Sofiane Alkhaliki le supervise à Montpellier). Ces dernières années, j’ai un peu délaissé la course un peu plus longue en me focalisant sur le sprint. Je manquais donc un peu d’endurance, surtout qu’à la base, je suis un coureur de demi-fond. Normalement, sauf blessure, il ne devrait pas y avoir de problèmes pour faire une bonne saison cette année.

« On ne nous donne pas l’envie de représenter la France »

– Vous seriez en discussion avec la Fédération marocaine pour porter ses couleurs, qu’en est-il ?

Je ne l’ai encore jamais dit à personne, mais j’ai choisi le Maroc. La Fédération marocaine m’aide déjà et je n’ai plus de contacts avec la France même si je m’entends bien avec tout le monde. J’en ai parlé avec le président (Bernard Amsalem) et Ghani (Yalouz, le DTN de la FFA). Ils ne m’ont pas retenu.

– Comment s’est fait votre choix ?

La réflexion est venue au moment où j’ai voulu arrêter l’athlétisme. J’en avais parlé à mon entourage. Je me suis dit que j’allais reprendre l’athlétisme et qu’on verrait par la suite. Puis j’ai eu des contacts avec la Fédération marocaine qui m’a approché. Après, ça s’est fait naturellement. Je me voyais bien représenter mon pays natal.

– Vous aviez jusque-là toujours porté les couleurs de l’équipe de France, pourquoi changer maintenant ?

Ces deux dernières années, la Fédération française n’a pas gardé un œil sur moi. C’est là qu’on remarque que dans l’athlétisme de haut niveau, quand on est légèrement en demi-teinte, on n’existe plus. J’ai ressenti ça, c’est dommage. Je ne suis pas le seul. On voit de plus en plus d’athlètes se rapprocher de leur pays d’origine car on ne nous aide pas et on ne nous donne pas l’envie de représenter la France. J’ai la chance d’avoir la double nationalité. Dans la vie, il faut avancer.

« Les Jeux olympiques sont plus accessibles avec le Maroc »

– On imagine que les critères de sélection en vue des grands championnats ont dû peser dans votre réflexion ?

Autrefois, la Fédération amenait un maximum de personnes aux Championnats. Je me souviens de ma première sélection chez les seniors en 2010 à Barcelone (il avait fini 8e du 800 m des Championnats d’Europe). On a donné la chance à beaucoup d’athlètes et les résultats ont été au rendez-vous (18 médailles pour la France). J’ai été en finale alors que personne ne s’y attendait. Pour les Jeux olympiques, les minima français sont un peu trop relevés (1’45’’10). Le Maroc se base sur les minima IAAF (1’46’’00) et même si le niveau des coureurs est quasiment similaire, c’est plus accessible avec le Maroc (son record est de 1’45’’91 en 2013).

– Quels sont vos liens avec le Maroc ?

Je suis né à Ouarzazate et je suis arrivé à Montpellier à l’âge de un an. J’ai encore ma grand-mère qui vit là-bas. On y retourne régulièrement en famille. C’est un moyen de me ressourcer car là où habite ma famille, ce n’est pas dans une grosse ville bling-bling mais dans le désert. C’est là où on apprend la vie.

« Pourquoi ne pas essayer de faire quelques courses sur 1 500m »

– Quel sentiment ressentez-vous à l’idée de porter un jour les couleurs du Maroc ?

Je n’oublie pas que j’ai porté le maillot de l’équipe de France avec fierté. J’ai grandi en France et je dois beaucoup à ce pays. Mais c’est clair que porter le maillot du Maroc c’est quelque chose de spécial. C’est mon pays natal. J’ai envie de porter ce maillot pour donner le meilleur de moi-même et représenter le pays au plus haut niveau.

– Vous avez donc repoussé vos idées de retraite ?

Après 2016, je pense qu’il y aura encore de l’athlétisme pour moi. L’année prochaine, je n’aurai que 29 ans. Donc si tout se passe bien, il y a des possibilités pour que je sois là pour la prochaine olympiade.

– La suite de votre carrière se fera toujours sur 800 m ?

Je suis un coureur de demi-fond, c’est clair ! On m’a toujours demandé d’essayer le 1 500 m. Je verrai au fur et à mesure des années. On va se focaliser cette saison sur 800 m et l’an prochain, on verra. Pourquoi ne pas essayer de faire quelques courses sur 1 500 m ? »

Un peu de vitesse pour débuter
Lors du premier tour des Interclubs, Hamid Oualich a travaillé sa vitesse. Licencié au club de l’Amiens UC depuis le début de saison, il a remporté le 400 m (48’’30) des Interclubs Elite et Nationale 1 qui se sont déroulés à Reims. Et malgré une petite douleur à un genou qui lui a valu un petit tour dans les mains du kiné, il a participé à la victoire de son équipe sur le 4×400 m. Sa rentrée sur 800 m s’effectuera soit au meeting de Montgeron ce dimanche ou en Allemagne quelques jours plus tard. « Cela dépendra des derniers entrainements. »

 

Tous les résultats du premier tour des Interclubs Elite et Nationale 1.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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