Ladji Doucouré

Au meeting de Paris indoor, Ladji Doucouré a profité pleinement de l’une de ses dernières sorties en tant qu’athlète de haut niveau.

 

Le champion du monde 2005 du 110 m haies est au crépuscule de sa carrière puisqu’il a décidé de raccrocher les pointes après les Championnats de France en salle (18-19 février à Bordeaux). Ce mercredi au meeting de Paris, c’était donc en quelques sortes sa fête. Et on peut dire que ni les spectateurs, ni les athlètes, ne se sont gênés pour saluer celui qui restera comme l’une des grandes figures de l’athlétisme français.

Voilà une scène que Ladji Doucouré devrait garder en mémoire. Ce mercredi soir (8 février), le champion du monde 2005 du 110 m haies est dans les starts juste avant le départ de la première série du 60 m haies du meeting de Paris. Mais impossible pour le starter de donner le départ tant les encouragements pour « Ladji » provenant des travées de l’AccorHotel Arena sont importants. Finalement, Doucouré se relève et reçoit une énième ovation du public. Une scène qui n’a fait que de se répéter tout au long de ce meeting parisien devenu en quelque sorte le jubilé Doucouré.

Boucler la boucle

Il faut dire que le garçon le mérite. En difficulté depuis plusieurs saisons, le hurdleur avait annoncé juste en amont du meeting parisien qu’il mettrait un terme à sa riche carrière après les Championnats de France Elite de Bordeaux (18-19 février). Une annonce attendue depuis son échec dans sa course à une quatrième participation aux Jeux olympiques (voir article). Mais comme un « Non » au destin, Doucouré voulait boucler la boucle pointe au pied et marquer sa fin. « Ce n’est pas donné à tout le monde ce luxe de dire au revoir, lâchait-il. Il y a plein d’athlètes comme Christine (Arron), Leslie (Djhone), Eunice (Barber), qui ne l’ont pas annoncé de cette manière là. Pourtant, ils ont fait des grandes choses. Je n’avais pas envie d’arrêter l’athlétisme sur une blessure. C’est un luxe de se dire : “ç’a y est, j’ai fait mon temps”. »

Une carrière où le gamin de Viry-Châtillon a banalisé les records jusqu’au sacre planétaire en 2005 à Helsinki. « J’ai marqué mon temps. J’ai eu la chance à un moment d’avoir les records de France de la catégorie minimes à seniors. C’est une fierté car un minime qui est fort ne le sera pas forcément en seniors. J’ai réussi à monter tous les échelons. » Champion du monde cadets (110 m haies en 1999), médaillé de bronze mondial (110 m haies en 2000), champion d’Europe juniors (décathlon en 2001) et espoirs (110 m haies en 2003), Doucouré a su vite tout faire. En juniors il possédait d’ailleurs le record de France du décathlon (7 794 points en 2001) avant qu’un certain Kévin Mayer ne s’en empare (7 992 points en 2011). La course qu’ils ont partagé au meeting parisien (éliminé en série du 60 m haies, Doucouré a été autorisé à courir le 60 m haies du triathlon) était donc pleine de symboles. « Ladji c’est mon idole de jeunesse, lâchait Mayer. Il m’avait signé une paire de pointes quand j’étais minime. C’a été une idole, puis une sorte de grand frère et enfin un ami. »

La positive attitude

Des amis, Ladji en avait dans tous les recoins de l’AccorHotels Arena hier. Nous n’avons pas cherché mais il semblait impossible de trouver quelqu’un disant du mal de celui qu’on présente comme « un homme sage, mature, toujours à l’écoute ». « C’est un diamant brut que j’ai vu arriver en équipe de France, se souvient Romain Barras, champion d’Europe du décathlon en 2010 et également tout fraichement retraité. C’a toujours était quelqu’un que j’ai respecté pour sa valeur sportive mais surtout sa valeur humaine. Il a toujours eu le sourire et la joie de vivre en lui. »

Une positive attitude qui provient sûrement de son enfance dans un quartier où la réussite sociale est plus chère qu’ailleurs. « Il faut toujours être dans le positif. Il y a pire dans la vie. J’ai eu la chance de faire de l’athlé, de voyager. Quand on a la tête dans le guidon, on se dit : “j’aurais dû faire ça, je n’ai pas eu l’avenir qu’on me promettait”. Mais quand je reviens sur tout le processus, au départ, je n’étais qu’un gamin de Viry-Châtillon, qui ne devait pas faire d’athlétisme. Je suis tombé sous le charme de ce sport et je suis devenu un homme grâce à lui. De ma génération, un gros pourcentage de personnes que je côtoyais sont soit entre quatre murs ou entre quatre planches. Je me considère comme un chanceux ou du moins, comme un mec qui a su prendre cette chance en osant sortir des codes. »

Un exemple pour Darien, Krauss et les autres

De quoi devenir un exemple pour beaucoup de jeunes. « S’ils me prennent comme un exemple de réussite pourquoi pas mais je ne suis pas un exemple. » Il l’est en tout cas pour la génération de hurdleurs qui lui a succédé. « La première fois que je l’ai vu c’est sur un poster où il lançait le poids, rigole Simon Krauss, champion d’Europe espoirs du 110 m haies en 2013. Puis il a fait champion du monde avec l’attente devant le tableau du stade pour savoir s’il avait gagné. C’a été un grand moment d’émotion. A partir de là, j’ai commencé à aimer les haies. » « C’a été clairement un modèle pour moi, continue Garfield Darien, double vice-champion d’Europe du 110 m haies. J’ai encore l’article chez moi quand il a été champion du monde et moi champion d’Europe juniors (2005). Le titre était : “Darien inspiré par Doucouré”. Forcément ç’a été un exemple et maintenant c’est à nous d’essayer de faire aussi de belles choses. »

Ladji Doucouré

Garfield Darien a été inspiré par la carrière de Ladji Doucouré.

 

Les jeunes n’ont d’ailleurs pas attendu la sortie du roi Doucouré pour le détrôner. Dès 2014, Pascal Martinot-Lagarde s’emparait de son record de France (12’’95 contre 12’’97) alors que cet été, Dimitri Bascou est allé chercher une médaille olympique que Doucouré a effleuré par deux fois (8e à Athènes, 4e à Pékin). D’ailleurs, à choisir, il se serait bien vu en plein dans cette génération pour venir jouer avec eux. « J’aurais kiffé être chaud à cette période. J’aurais encore plus bombardé ! Avant, quand j’allais à des compétitions, j’étais tout seul face à trois Américains ou Jamaïcains. Là, ils sont trois à tous les voyages. Maintenant, ce maillot bleu fait peur. »

Le retour d’Athènes un grand moment

Un maillot tricolore qu’il aura porté pour la dernière fois en grands championnats lors des JO de Londres (il a ajouté une cape en 2013 lors des Jeux de la Francophonie), de quoi boucler un voyage où il n’a jamais pu atteindre l’olympe. C’est pourtant le retour d’Athènes que le presque néo-retraité cite comme le fait le plus marquant de sa carrière. « C’a été tout d’abord un moment de panique où je suis passé d’un mec lambda à quelqu’un sur qui repose de grosses attentes. On me reconnaissait dans la rue, on m’ouvrait les portes des restaurants, des cinémas. C’a m’avait choqué. Je ne comprenais pas que j’avais fait rêver des gens surtout que j’avais juste couru et surtout perdu (alors à la lutte pour le titre olympique, il avait buté sur la dernière haie pour finalement finir 8e). Mais avec le recul j’ai compris que je leur avais procuré du bonheur. Au moins j’ai fait ça. »

Un bonheur qu’il a encore diffusé hier (mercredi 8 février) à Bercy malgré une performance loin de ses standards (8’’05 contre 7’’42 en 2005). « La première sensation c’est de la frustration, avoue-t-il. Même si cette compétition avait une saveur particulière parce que c’est la fin, il fallait que je me concentre, que je fasse une bonne course. Je m’en veux sur l’aspect technique. »

Pour le reste, il a été égal à lui-même, sourire vissé au lèvres, toujours un mot pour les autres, se permettant de provoquer une belle photo souvenir, sa petite fille dans ses bras au milieu du théâtre de ses exploits. « J’ai été surpris par toutes les marques d’affection que j’ai reçues. Mon téléphone n’a pas arrêté de sonner. Ca fait chaud au cœur. Ma carrière a été difficile sur la fin, je m’en veux de ne pas avoir pu offrir plus. J’aurais aimé concrétiser plus les attentes. Mais j’ai toujours essayé d’être au meilleur de moi-même, de tout donner. »

Une nouvelle carrière d’entraineur

Partager il le fera encore car, depuis deux ans, Ladji Doucouré, a emboité le pas de son mentor Renaud Longuèvre en préparant son diplôme d’Etat d’entraineur. Un nouvel état d’esprit qu’il apprend au quotidien en conseillant ses futurs ex-coéquipiers. « J’apprends le métier d’entraineur. Pour l’instant, conseiller ça me va. Pour prendre des responsabilités, on verra plus tard. Je ne me vois pas entrainer tout de suite. Tu peux vite passer à côté de certaines choses parce que tu crois tout savoir en tant que sportif de haut niveau. »

Sinon, on le verra encore plus dans son association « Golden Blocks », à la recherche des Ladji de demain dans des compétitions de sprint organisées dans les quartiers. « Je suis obligé de renvoyer l’ascenseur, assène-t-il. Si on arrive à capter des jeunes, à les faire venir dans des clubs pour qu’ils représentent leur ville, leur département et qu’ils se mettent à kiffer l’athlétisme, ça sera gagné ! C’est mon histoire en fait ! Je n’étais pas le meilleur. Pourtant, j’avais été super content d’être le sixième homme dans l’équipe de mon collège. Si je peux en faire rêver quelque uns, ne serait-ce qu’à un niveau départemental, ça sera le kiffe ! Des Ladji, il y en a partout. »

Un Ladji Doucouré, il n’y en a qu’un. Et celui-là a décidé de tirer sa révérence à Bordeaux la semaine prochaine. « C’est émouvant de savoir qu’il va partir, glissait en zone mixte l’internationale Stella Akakpo. J’ai la chance de l’avoir côtoyé à l’INSEP. Ladji a toujours donné des conseils. C’est un exemple. »

Un exemple qui s’en va sous les haies d’honneur. Et c’est entièrement mérité.

Pour tout savoir du meeting de Paris indoor.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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