Grégory Beugnet

Entre son emploi à Décathlon et son poste de surveillant au CREPS de Liévin, Grégory Beugnet s’entraine cinq fois par semaine sur home trainer pour une à deux séance(s) de course à pied.

 

Eloigné du haut niveau depuis une première blessure au tendon d’Achille gauche contractée en stage en Afrique du Sud en janvier 2013, le miler Grégory Beugnet (28 ans) n’a toujours pas abandonné l’idée de revenir à son meilleur niveau. Toujours ralenti par des pépins physiques, le protégé de Jean-Pierre Watelle alterne actuellement séances sur home trainer et course à pied, afin de prendre un peu de plaisir sur des 10 km sur route. Rencontre.

Le 18 septembre 2011, quand Grégory Beugnet prend le départ du 1 500 m du Décanation, il est un parfait inconnu à ce niveau-là. Evidemment, ses 3’36’’71, réalisés un mois plus tôt, lui confèrent une vraie légitimité, mais c’est bien la première fois qu’il porte les couleurs de l’équipe de France, à 24 ans. Une éclosion tardive qui est allée de paire avec l’implication de l’Arrageois dans la pratique de l’athlétisme de haut niveau. « Quand Greg arrive en 2005 au pôle de Liévin, je vois tout de suite que c’est un junior talentueux, raconte son entraineur Jean-Pierre Watelle. Mais à cette époque-là, il n’a pas l’entrainement dans la tête. Il s’entraine de façon épisodique, il n’est pas rigoureux. Et même physiquement, il avait quelques kilos en trop. Il ne faisait pas athlète. Mais faire 2’26 au 1 000 m (2’26’’68 en 2006) en juniors avec sept, huit kilos en plus, ce n’était pas anodin. »

Une progression logique

Suite à un ultimatum lancé par son mentor et une médaille de bronze sur 1 500 m décrochée aux Championnats de France juniors, Grégory Beugnet décide de mettre ses actes à la hauteur de son talent. Place au sport de haut niveau. « En espoirs, il se met vraiment à s’entrainer, se souvient Watelle. Il fait une bonne première année (3’49’’56 sur 1 500 m), avant de passer à côté de la suivante à la suite d’un stage en altitude mal négocié. On laisse tomber la saison estivale (2008) et on repart sur de bonnes bases. Et à partir de là, cela ne s’arrête plus. »

3’44’’89 en 2009, puis 3’39’’73 en 2010 avant de déboucher sur ses deux plus belles années. « Il avait tout au CREPS de Liévin pour réussir avec le stade couvert, le parc, du matériel pour la récupération, un kiné. Il devient vraiment professionnel. Ensuite, la progression est juste logique. »

« En 2012, il pouvait approcher les 3’32-3’33 sur 1 500 m »

Une ascension qui permet au Nordiste de goûter aux Championnats du monde en salle en début d’année 2012 (Istanbul, éliminé en série du 1 500 m), avant de participer aux Championnats d’Europe d’Helsinki (éliminé en série du 1 500 m) l’été suivant. Finalement, seuls les Jeux olympiques de Londres lui résistent (record : 3’36’’46). « Cette année-là, l’objectif était de faire les minima pour les Jeux (3’34’’95), se souvient Jean-Pierre Watelle. A l’entrainement il avait fait un 1 000 m en 2’17 ou 3×800 m en 1’53. On savait qu’il était prêt. Mais finalement, il n’a pas pu optimiser son chrono. A Hengelo, quand il fait son record (27 mai 2012), il fait 35 degrés et la course part sur 3’29. Il explose à 150 m de la ligne. Et à Reims (le 4 juillet 2012), il a les jambes, mais il pleut des cordes. Et il refait quand même 3’36 (3’36’’64). En 2012, il reste loin de ce qu’il peut faire. Je pense qu’il pouvait approcher les 3’32-3’33. »

Le bilan est toutefois plus que positif. Et le couple entraineur-entrainé est déjà tourné vers 2013 et la salle, où la meilleure performance française de l’histoire sur 2 000 m (Bouabdellah Tahri en 4’59’’84 en 2006) les intéresse tout particulièrement. « On n’avait pas programmé de stage, se souvient Jean-Pierre Watelle. J‘étais sûr de la qualité de l’entrainement qu’on avait sur Liévin et ce qu’il fallait faire pour que Greg soit bien. »

8 x 400 m en 57’’ avant la blessure

Mais finalement, Grégory Beugnet est conquis à l’idée de partir en Afrique du Sud pour participer au stage de l’équipe de France en janvier 2013. Le début de la galère. « Très vite, j’ai eu mal au tendon, explique l’athlète du RC Arras. Je boitais le matin pour me rendre au petit déjeuner. » De plus en plus en souffrance, il tente néanmoins la dernière séance du stage qui était 8 x 400 m en 57’’ avec 2’ de récupération. « Il pleuvait, il a mis les pointes et il se blesse sur le dernier, regrette Jean-Pierre Watelle qui n’était pas présent au stage. Derrière, il rentre en France et après un examen, on a constaté que son tendon gauche ne tenait plus que sur 3 mm. »

Grégory Beugnet

Grégory Beugnet a été opéré du tendon d’Achille gauche en avril 2015.

 

Une rupture partielle du tendon d’Achille qui lui gâche toute sa saison estivale. Et après plusieurs mois de soins, il reprend correctement en septembre 2013 avec la sélection pour les Championnats d’Europe de cross en vue. Auteur de 10 x 1000 m en 2’48 quinze jours avant la course de sélection, il déclare forfait peu de temps après, le tendon une nouvelle fois touché.

« Ca me donnait limite envie de chialer »

Ces allers-retours entre cabinets médicaux et entrainements, Grégory Beugnet en fera plusieurs avant de décider de se faire opérer en avril 2015 du syndrome d’Haglund (inflammation du tendon d’Achille lié à une tubérosité sur le talon). « Entre 2013 et 2015, j’ai perdu pas mal de temps entre essayer de me soigner, de revenir, de retrouver la forme et de me reblesser, avoue-t-il. C’était compliqué à gérer. Je voyais les autres faire des performances et ça me donnait limite envie de chialer. Tu passes par tous les états. Mais je n’ai jamais eu envie de lâcher l’affaire. J’ai toujours voulu revenir. »

Aujourd’hui, c’est le tendon d’Achille droit qui siffle. Mais, avant de repasser sur le billard (choix en réflexion), il s’octroie quelques petits plaisirs sur 10 km, dont le dernier en date à Valenciennes, avec une belle victoire en 30’53. « Je m’entraine cinq fois par semaine sur home trainer. Et j’essaie de courir une à deux fois. C’est plus pour m’entretenir car j’en ai besoin pour être bien. Mais avec ma douleur au tendon, je ne prends aucun plaisir. Si j’avais pu me faire opérer des deux d’un seul coup je l’aurais fait (rires). Actuellement, je me fais plaisir sur la route. Mon niveau me surprend par rapport à mon entrainement. Le vélo est une bonne alternative. » « Je préfère qu’il recourt un peu, qu’il sente qu’il n’est pas fini, confie Watelle. S’il fait 29’ sur 10 kilomètres (record : 28’57 en 2012) cet été, c’est un moyen de montrer qu’il est toujours là. »

Un retour sur 1 500 m envisagé

Pas encore fixée, l’opération devrait marquer son vrai retour, à la vue de la bonne santé du tendon déjà opéré. « Quand je vois les sensations que j’aies sur mon tendon opéré, ça donne envie. Je déroule bien le pied, il est plus souple. Actuellement, je ne peux pas m’exprimer à 100 %. Mais le jour où je serai débarrassé de tout ça, les performances devraient revenir avec l’envie et la motivation. »

Un retour que le couple espère pour la prochaine olympiade avec des plans pas encore arrêtés. « A la base, on s’était dit qu’il continuerait le 1 500 m jusqu’à Rio, livre Jean-Pierre Watelle. Et qu’après, il partirait sur la route car c’est un truc sur lequel il est brillant. J’ai rarement vu un athlète avec un profil aérobie aussi monstrueux. Mais là, on n’a absolument pas optimisé le truc sur 1 500 m. S’il peut recourir, on va se donner le temps d’essayer de refaire du 1 500 m. Mais si c’est pour faire 3’40, ça ne vaut pas le coup. Ou il recourt en pouvant vraiment préparer le 1 500 m pour faire 3’35, ou moins, ou ce sera la route. »

Dans tous les cas, Grégory Beugnet n’est pas prêt de lâcher.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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