Ghani Yalouz

Ghani Yalouz lors des voeux de la Fédération française au stade Charléty.

 

Alors qu’il brigue la direction de l’INSEP, l’actuel Directeur technique national de l’athlétisme, Ghani Yalouz, ne sera, dans tous les cas, plus à son poste lors de la prochaine olympiade. Après huit ans à la tête de la FFA (entre 2009 et 2016 ) et 87 médailles glanées en grands championnats estivaux, le vice-champion olympique de lutte en 1996 peut partir la tête haute. « Je tiens à le (Yalouz) remercier chaleureusement pour son engagement depuis huit ans auprès des équipes de France, a glissé le nouveau président de la FFA André Giraud lors de ses vœux à la presse. La FFA est fière et reconnaissante de son travail. L’esprit qu’il a insufflé avec ses valeurs, c’est un esprit qui aura marqué l’histoire de l’athlétisme et nous allons tout faire pour le préserver. » Un esprit que le DTN le plus connu de France a bien voulu nous expliquer. Rencontre.

– Ghani, on parle beaucoup de « méthode Yalouz », comment peut-on la définir ?

« La méthode Yalouz c’est un peu d’empirisme quand même. J’ai commencé le haut niveau à 14 ans. A 16 ans, je me suis retrouvé à l’INSEP. Je me suis enrichi des autres et comme je suis un boulimique, je me suis beaucoup inspiré. Je m’inspire beaucoup des sports qui marchent. Pour me dire : “pourquoi dans le mien ça ne marcherait pas ?” C’est ce qui m’a construit. Le fait de partager, d’échanger, c’est ça qui nous fait grandir, qui nous fait murir et c’est ça qui nous fait progresser. On n’est pas dans cette culture de l’évitement, de s’isoler, de la consanguinité. C’a m’a aidé également à grandir, à progresser et encore aujourd’hui, dès que je ne sais pas, je prends mon téléphone, j’appelle ou je prends un rendez-vous. Je ne connais personne qui sait tout.  C’est un petit brin de bon sens, de la bienveillance, s’entourer de gens brillants et compétents, ça c’est très important. Comme la confiance, le bon esprit, la loyauté, le devoir de mémoire, sont des choses essentielles. Il faut mettre son ego de côté et travailler pour l’intérêt général. Ce sont des choses qui peuvent réussir et convenir à tout le monde.

« Je suis fier d’avoir permis au grand public de savoir ce qu’est un DTN »

– Peut-on dire que vous avez révolutionné le travail d’un DTN en étant très proche des athlètes notamment ?

Je ne pense pas avoir révolutionné les choses à la FFA. Je pense par contre, en toute modestie, avoir permis au grand public de savoir ce qu’est un DTN et j’en suis plutôt fier. Avant, ce terme ne parlait pas aux gens. On parlait d’un sélectionneur, d’un entraineur mais pas d’un DTN, qui a pourtant un champ très large de compétences. Surtout en athlétisme, j’avais en effet plusieurs aspects à gérer entre le développement, les jeunes, le médical et j’étais également le sélectionneur. Alors qu’on voit dans d’autres sports comme le football, qui est le plus populaire, vous avez un DTN qui s’occupe du développement, de la santé… et vous avez le sélectionneur qui est Didier Deschamps. Au handball, c’est pareil, au volley c’est pareil. Moi par contre, j’avais une grosse fédération, avec neuf spécialités. C’est très lourd et j’avais donc besoin de bien m’entourer.

« Mehdi Baala est essentiel à cette équipe de France »

– Justement, durant les quatre dernières années, on vous a beaucoup vu aux côtés de Mehdi Baala. Est-ce celui qui sera chargé de faire perdurer cet esprit « Yalouz » au sein de la FFA ?

Mehdi Baala a été l’une des clés vraiment essentielle de la réussite. Ce n’est pas l’ami de Mehdi Baala qui parle, c’est un constat, une réalité. C’est un médaillé olympique et c’est quelqu’un qui donne non-stop à ses athlètes. Aujourd’hui, mon téléphone sonne un peu moins et maintenant c’est le sien (rires). Mehdi joue ce rôle déjà depuis quatre ans. Il faut le mettre encore d’avantage sur ça. Mehdi Baala est essentiel à cette équipe de France. Parce que c’est un grand champion, c’est un exemple, il est rempli d’humilité. Il vient du demi-fond qui est un sport très difficile. C’est quelqu’un qui connaît tous les athlètes. Je pense que transmettre, c’est ce que j’ai voulu avec lui. L’athlétisme français en a besoin.

Ghani Yalouz

Ghani Yalouz et Mehdi Baala lors des Championnats de France Elite d’Angers en juin dernier.

 

– Votre bilan sportif est très bon, que retiendrez-vous de ces huit années passées à la FFA ?

Je me dis juste que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai certainement pu partager l’une des meilleures périodes de l’athlétisme français, avec les grands champions restés à nos côtés, les Marie-José Pérec, les Jean Galfione, avec les records du monde de Renaud Lavillenie, Yohann Diniz, Teddy Tamgho ou les médailles du courage de Mélina Robert-Michon ou Muriel Hurtis, qui finit sur une médaille d’or avec un finish de Floria Gueï. Il y a aussi des jeunes qui arrivent comme Rénelle Lamote, Pierre-Ambroise Bosse. J’ai vécu tellement de choses. Le développement de la Fédération également, avec la marche nordique, les trails, les 24 heures, les marathons, sincèrement, j’aurai de belles histoires à raconter à mes enfants plus tard.

« La nostalgie c’est pour ceux qui ont un passé avec beaucoup de regrets »

– L’athlétisme, et notamment les athlètes dont vous êtes très proche, ne vont-ils pas vous manquer ?

Je serai toujours là pour eux. C’est comme avec les Guénot (Steve et Christophe Guénot, médaillés olympiques en lutte), je suis toujours là pour eux. C’est la vie, il faut aussi que je pense à moi. J’ai donné huit ans de ma vie. Je ne vais pas dire 24h sur 24h mais c’est lourd à gérer. Il y a les athlètes, les élus, les salariés, les bénévoles, les médias. C’est beaucoup de travail et d’investissement mais je l’ai fait avec beaucoup de bonheur et de plaisir. Parce que j’ai été soutenu par mon président, par ma Fédération et surtout par les athlètes. Quand l’intérêt général prédomine sur tout le reste, ça marche plutôt pas mal.

– Ressentez-vous un peu de nostalgie ?

La nostalgie c’est pour ceux qui ont un passé avec beaucoup de regrets. Je ne suis pas nostalgique. J’avais programmé mon avenir, j’avais passé mon professorat de sport. Je n’ai pas eu de problèmes à l’arrêt de ma carrière en 2000 car je pense qu’il faut toujours avoir un coup d’avance sur son avenir. Il t’appartient, tu le prends en main.

– Le vôtre pourrait vous conduire à l’INSEP…

L’INSEP c’est en cours. J’ai fait les auditions comme une compétition. Il y a beaucoup de monde. Maintenant c’est le ministère qui va décider de qui aura le privilège de diriger l’INSEP. Je suis fier d’être fonctionnaire et je suis fier de servir la France. Je dois tout à ce pays et notamment à l’INSEP. Je m’y suis formé. C’est l’écrin du sport français. Il est envié dans le monde entier. Si j’ai le privilège d’être choisi, je serai l’un des hommes les plus heureux. Ce sera un autre défi. Mais il ne sera pas simple non plus. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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