Gaël Quérin

Après des mois compliqués, Gaël Quérin a retrouvé le sourire, comme ici lors de notre rencontre.

 

Présent lors de l’attentat de Bruxelles, le décathlonien Gaël Quérin (29 ans) a connu des mois compliqués, avant de redevenir lui-même en cette fin de saison pour échouer à quelques points d’une qualification pour les Jeux olympiques de Rio. Rencontre avec le Nordiste, qui participera au Décastar de Talence, avant tout pour le plaisir.

Dans sa vie de sportif de haut niveau, Gaël Quérin a toujours été confronté à des secondes, des minutes, des mètres. Ce 22 mars 2016, à l’aéroport de Bruxelles, sa vie s’est peut-être jouée à cinq minutes ou une cinquantaine de mètres. En partance pour un stage aux Etats-Unis, le Lillois se trouvait à l’entrée de la zone des départs, là où les premières bombes ont explosé. « On s’est garés au dépose-minute, je suis sorti de la voiture et ç’a pété à ce moment-là. Sur le coup, j’étais super choqué. Pendant deux, trois jours, je me suis dit que si j’étais parti dix minutes plus tôt, j’étais dedans. Sur le coup, tu ne penses qu’à ça. »

« Je n’étais pas moi  »

Mais très vite, le quotidien reprend le dessus, et il s’envole pour les Etats-Unis afin de préparer au mieux les Jeux olympiques. Les premières compétitions indiquent pourtant que quelque chose ne va pas (7 663 pts à Athens le 7 avril puis abandon à Cannes le 14 mai). « Entre avril et juin, je n’étais pas moi. On me disait qu’on ne me reconnaissait pas en compétition. D’habitude, je suis un peu foufou, je crie. Mais là, il ne se passait rien. Par exemple, lors des Interclubs, j’ai failli faire 0 en hauteur. Je passe finalement la barre et ensuite j’ai voulu arrêter le concours alors qu’habituellement, je suis un battant. Je me bats sur tout. Là je baissais les bras et ça ne me ressemblait pas. Je me suis dit qu’il y avait un truc psychologique qui n’allait pas. »

Lucide sur son mal-être, l’athlète du Lille Métropole Athlétisme décide de se rendre chez un psychologue pour trouver des réponses. « Au début, je pensais avoir digéré l’attentat et je suis parti en stage dans la foulée. Et en fait, je me suis rendu compte début juin, que je cogitais toujours sur ça. Je n’osais pas en parler aux gens. Je suis donc allé voir un psychologue, spécialisé dans les traumatismes. Elle m’a dit qu’il fallait en parler avec mon entourage. Et dès la première séance, c’est allé beaucoup mieux à l’entrainement. J’ai réussi à l’évacuer en en parlant. »

« Le décathlon le plus facile de ma vie »

Un peu juste pour les Championnats de France (24-25 juin, abandon), il ne s’avoue pourtant pas battu pour Rio. « Après les France, je me suis remis en questions. On est allés faire un déca en Belgique comme ça. La forme remontait. Il y a eu des choses sympas mais les conditions étaient compliquées (abandon après la hauteur à cause notamment des mauvaises conditions climatiques). A partir de là, on s’est dits avec Gaëtan (Blouin son entraineur), qu’on arrêtait la saison. Mais le lundi suivant, Gaëtan m’appelle pour me dire qu’il reste un deca en Angleterre. Je me suis dit que j’allais y aller pour le fun ! Et là-bas, je me suis éclaté ! (8114 pts le 10 juillet à Hexham). C’était le décathlon le plus facile de ma vie ! J’y suis allé tout seul. J’ai juste demandé à l’entraineur de Romain Martin de m’aiguiller sur les marques. C’était juste du plaisir. »

Un plaisir qui aurait pu être plus grand s’il n’avait pas échoué si près des Jeux olympiques (minima à 8 150 points). « J’ai fini le déca en sanglot car j’avais raté les minima de peu. Mais Gaëtan, m’a vite remonté le moral en me disant que ce que j’avais fait était super. Et très vite, j’ai été super content car je revenais de tellement loin. Quand j’ai appris que je n’étais pas pris, j’étais encore dans l’euphorie de mon résultat (5e décathlon de sa carrière à plus de 8 000 points) donc je me suis dit que ce n’était pas grave. Mais une semaine après, j’ai réalisé. C’était dur, ça fait chier surtout que j’avais déjà loupé Londres pour 100 points (2012). »

8300 – 8400 points dans le viseur

Gaël Quérin

Lors des Championnats de France Elite d’Angers, Gaël Quérin n’est pas allé au bout de son décathlon.

Néanmoins, son pote Kevin Mayer lui a redonné le sourire avec sa médaille d’argent et un nouveau record de France (8 834 points). « Je suis avant tout un passionné donc je me suis levé la nuit pour regarder tout le déca. J’étais à fond ! J’étais sûr que Kevin pouvait faire un total comme ça un jour. Il l’a fait le bon jour. Une semaine avant je me disais, je suis sûr il va le faire. Ca fait deux, trois ans qu’on sait qu’il peut faire un truc énorme et là il l’a fait. »

Un décathlon quasiment parfait pour Mayer  qu’aimerait réussir un jour le Lillois. « Je suis un peu un éternel insatisfait. Le jour où je me dirai que j’ai tout mis dans un déca, que j’ai le total que je veux, j’arrêterai. J’aimerais bien me rapprocher des 8300-8400 pts, je pense que c’est dans mes cordes, c’est faisable. Il faut que tout se goupille le jour J. »

Une nouvelle vision de l’athlétisme

Une performance qu’il va chercher à atteindre lors des quatre prochaines années jusqu’à Tokyo (2020) avec comme leitmotiv : ménager sa monture. « Dans quatre ans j’aurai 33 ans. L’objectif sera de me qualifier aux JO si j’arrive à tenir physiquement. Là, le but c’est de préserver mon corps, de faire attention à comment je m’entraine. Ca fait déjà six mois que je fais attention à mes genoux. On va y aller année par année. Mais physiquement, je me sens mieux qu’il y a deux ans. »

Mieux dans son corps et également mieux dans sa tête. « Là, j’ai une autre vision de l’athlétisme. Je vais peut-être aborder les compétitions différemment. Avant, je me disais faut que je fasse ça et ça. Maintenant, j’y vais libéré, juste pour me faire plaisir. »

Un plaisir qu’il pourra partager dès les 17 et 18 septembre prochain au Décastar de Talence « On va fêter la fin de saison. Surtout que cette année, il va y avoir énormément de public car Kevin va venir, il y aura également Ashton Eaton (recordman du Monde) comme parrain. Et c’est les 40 ans du meeting donc ça va vraiment être sympa ! »

Une dernière compétition avant les vacances, juste pour le plaisir.

L’ambassadeur Mayer
Depuis l’exploit de son pote Kevin Mayer, Gaël Quérin s’est bien rendu compte que sa discipline avait changé de dimension. « J’ai fait un volley avec des amis il y a quelques jours. Ils ne savaient pas vraiment ce que je faisais dans la vie. Et quand je leur ai dit que je pratiquais le décathlon, ils m’ont répondu : « ah, comme le petit blond » (rires). » Une notoriété naissante que le Lillois avait déjà pressentie pour son coéquipier chez les Bleus. « Kevin, c’est le petit blond à la belle gueule, il a tout pour bien passer auprès des médias et des réseaux sociaux. Il a tout pour plaire. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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