Frédéric Dagée

Préparé comme jamais, Frédéric Dagée espère franchir les 20 m et rejoindre Rio cet été.

 

Avec treize kilos de plus affichés sur la balance, le lanceur de poids Frédéric Dagée n’a jamais été aussi fort physiquement. Maintenant, il doit trouver le moyen de s’en servir pour lancer loin.

Pour lancer loin, il faut être très fort. La formule est vraie, mais en plus d’être fort, il faut savoir se servir de cette puissance. Vice-champion de France Elite du lancer de poids le 27 février dernier (19,27 m), Frédéric Dagée est en plein dans cette phase, où son corps ne répond pas encore totalement à ce qu’il lui demande. « Je n’arrive pas à mettre ce que je veux en place. Je pense que j’ai un blocage mental. Je n’arrive pas du tout à utiliser ma force. Mon rapport entre mes performances et mon niveau de force est de 25 %. »

Les 20 m sont dans ses cordes

Déçu par sa saison hivernale (il a lancé à 19,39 m au meeting de Jablonec le 5 mars), Frédéric Dagée savait néanmoins qu’il allait devoir passer par là en choisissant de prendre du poids. « L’objectif était de gagner en force, explique le recordman de France juniors du poids (6kg, 20,21 m). Il y a des standards qui sont connus de tous par rapport à des performances au poids. J’ai gagné 20 kg au couché et 35 kg en squat. Là, je suis bien au-dessus des 20 mètres quand on regarde mes résultats en force. Maintenant, il faut arriver à se servir de cette force et à l’optimiser. »

Avec 126 kilos affichés sur la balance, soit treize de plus qu’il y a un an, Frédéric Dagée est passé chez les poids lourds. Un changement qu’il a encore du mal à assimiler. « Ma prise de poids a été rapide avec beaucoup d’entrainements donc j’ai un petit contrecoup. Ce n’est pas l’objectif d’être lourd, parce qu’au bout d’un moment, il faut garder les mêmes qualités physiques. Ma force réside dans mes jambes et mon explosivité. J’ai perdu un peu de mes sensations. Mais ce n’est pas étonnant, ça fait partie du processus et il fallait passer par là. »

Frédéric Dagée

Frédéric Dagée a terminé deuxième des Championnats de France avec 19,27 m à Aubière.

De 9 à 19 mètres en six mois de pratique

Un savant mélange de force et de technique qui définit parfaitement le lancer de poids et qui a séduit Frédéric Dagée, dès les premiers jours. Arrivé à l’athlétisme par le biais d’un professeur de sports au collège, il lui a fallu une semaine pour devenir un lanceur. « Quand je suis arrivé sur le stade d’Amilly (45), j’ai vu mon premier entraineur Jean-Pierre Horbaty lançer le poids. C’était un monstre physique, une vraie machine de guerre. Et comme j’avais toujours aimé les sports de force, je suis allé le voir trois fois en une semaine pour qu’il veuille bien m’entrainer. »

En six mois, le jeune lanceur passe de 9 à 19,03 m (record de France minimes au 4 kg). Ca y est, il était contaminé. « Je suis tombé amoureux de la discipline. On cherche à être monstrueux comme les mecs les plus forts du monde, et en même temps, quand on arrive sur un plateau de lancer, il faut être technique. C’est ça qui est beau : avoir des performances d’haltérophiles et de réussir à s’en servir pour lancer loin. Ce concept m’a vachement plu. »

En duo avec Gaëtan Bucki

Un concept avec lequel il se démène depuis plusieurs semaines. « J’ai les armes pour faire les vingt mètres. Le seul frein que je peux avoir c’est d’anticiper mon geste et de vouloir aller trop loin d’un coup, en oubliant la technique et le relâchement. C’est la bête noire de tous les lanceurs. »

Auteur de 19,87 m la saison dernière, il est le prochain Français annoncé au-delà des mythiques 20 m. Pour cela, il s’est rapproché de Gaëtan Bucki (record 20,39 m), le cador national et ami. « Gaëtan Bucki c’a toujours été le mec que j’ai idéalisé. Quand j’ai commencé il était déjà autour des 20 m. Comme on arrive à peu près au même niveau, sans prétention, on en profite pour faire des stages ensemble. J’ai besoin de lui pour continuer à progresser, et lui de moi, pour continuer à s’accrocher. »

Frédéric Dagée et Gaëtan Bucki

Frédéric Dagée et Gaëtan Bucki partagent des sessions d’entrainement depuis le début de la saison.

 

« 20,50 m c’est prenable »

Depuis septembre, Gaëtan Bucki s’est donc déjà rendu deux fois à Saint-Raphaël pour rejoindre Dagée et son entraineur Jacques Pelgas. L’occasion de réaliser des séances spécifiques. « Ce qui est compliqué en général quand on est concurrents c’est que l’entrainement peut vite devenir un concours de celui qui a la plus longue. Avec lui, ce n’est pas le cas. On essaie de se servir l’un l’autre, au lieu de bourriner pour aller le plus loin possible. Ce sont des séances techniques encore plus constructives que tout seul. »

Des entrainements qui doivent permettre à Frédéric Dagée de franchir rapidement les 20 m, avant de s’attaquer aux minima olympiques (20,50 m), l’objectif de sa saison. « L’objectif est carrément d’aller aux Jeux olympiques. 20,50 m c’est prenable. A un moment il faut arrêter de se dire qu’on est encore jeune. J’ai eu 23 ans, il me reste peut-être encore plus de dix ans de compétitions mais il faut y aller dès maintenant. L’année dernière, j’aurais déjà pu faire 20 m. Là, je suis encore plus fort. J’ai toutes les cartes en main. Maintenant, il faut faire tout pour ! »

Pas sélectionné pour la Coupe d’Europe hivernale des lancers qui aura lieu ce week-end en Roumanie, Frédéric Dagée a terminé son travail hivernal. Maintenant, il devra patienter jusqu’à cet été pour voir s’il fait le poids.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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