Geyer-Carles Emma Oudiou Rénelle Lamote

Johanna Geyer-Carles, Aïssé Sow, Aurore Fleury, Emma Oudiou et Rénelle Lamote (gauche à droite) représentent bien la force du groupe de Thierry Choffin.

 

Le groupe d’entrainement de Thierry Choffin au pôle de Fontainebleau est une pépinière de talents, où les plus jeunes côtoient, tous les jours, leurs aînés internationaux. Une recette qui marche à la perfection depuis plusieurs années.

Pour mieux comprendre le hit de l’hiver (13 médailles nationales pour le groupe), il fallait se rendre au Centre National des Sports de la Défense (C.N.S.D.), rue des archives à Fontainebleau. Comme un signe, c’est sous le soleil que Thierry Choffin nous accueille. Un soleil qui brille depuis plusieurs années sur les installations ultra-modernes du pôle espoirs. « Nos équipements de qualité nous aident beaucoup, glisse Choffin, le responsable du demi-fond. Cela ne fait pas tout, mais on peut vraiment travailler dans de bonnes conditions. »

Des installations faites pour le haut niveau

Piste de 200 m couverte, piscine, cafétéria, salles de musculation, terrains synthétiques, tout y est. Et évidemment, la piste de 400 m règne au milieu, cernée par les habitations des pensionnaires. Le tout, encerclé par la forêt. Le paradis du coureur de fond en somme. C’est là que Thierry Choffin a créé une machine à gagner. « Ca fait huit ans que cela a vraiment débuté, avec la synthèse entre les athlètes du pôle, ceux des sections sportives des deux lycées aux alentours et du club (Athlé Sud 77). Tout le monde travaille dans le même sens, que ce soit pour recruter des athlètes ou pour les faire progresser. On reçoit maintenant des candidatures de toute la France. »

Florian Vauthrin

Thierry Choffin améliore la position de Florain Vauthrin en musculation.

 

La création de l’internat, jumelée à l’arrivée d’une nouvelle génération d’athlètes et à une grande implication du coach ont donné les ingrédients nécessaires pour débuter l’histoire. « Les Cécile Chevillard, Estelle Mathias ou Maxime Salmeron (tous médaillés aux Championnats de France et internationaux français) ont insufflé un élan nouveau. Ils ne se contentaient pas d’une quatrième place aux France. Ils avaient envie de beaucoup s’entrainer. Et moi j’étais plus disponible car mes enfants avaient grandi. Ces gens là ont entrainé la génération des Rénelle (Lamote), Camille (Laplace), Johanna (Geyer-Carles) et Emma (Oudiou). Ca fait que, quand tu es au pôle à Fontainebleau, tu vas aux France pour jouer quelque chose. »

Rénelle Lamote comme exemple

Une évolution dont Rénelle Lamote est l’exemple parfait. Finaliste des derniers Championnats du monde de Pékin (record : 1’58’’86), la pétillante spécialiste du 800 m est un produit made in Fontainebleau. « Quand je suis arrivée, je ne savais même pas qu’on pouvait faire des sélections internationales, avoue Lamote. J’étais hors du truc, je ne connaissais rien du tout. » « Rénelle est l’exemple type, continue Thierry Choffin. Elle était super copine avec Estelle Mathias mais elle n’était pas dans une démarche de haut niveau. Elle coupait en footing, elle mangeait des bonbons tout le temps. L’entrainement n’avait pas de sens pour elle. Elle venait juste pour voir les copines. Un jour, je l’ai chopée et je lui ai demandé si elle voulait aller aux Championnats du monde juniors ou continuer à faire les magasins. Il fallait qu’elle choisisse ! »

AV6A0078

Les athlètes étaient une trentaine ce mardi (15 mars) sur le stade pour une séance de VMA.

 

On devine évidemment la réponse de l’intéressée, en lice pour participer à ses premiers Jeux olympiques cette saison. « Maintenant, Rénelle est une référence, juge Choffin. Elle est habitée par une espèce de rigueur. Tout comme moi je peux l’être avec le groupe. Ca fixe le cadre pour tous les autres. Les jeunes peuvent s’inspirer. Faites le travail, ça va marcher. »

Choffin : « Derrière, il y en a plein qu’on ne voit pas »

Un message plutôt bien compris par un groupe où les médailles et les sélections internationales s’empilent. Dernières en date, les treize breloques nationales remportées en cross et en salle cet hiver. Pas de quoi donner la grosse tête au patron des lieux. « Je repars toujours des championnats en étant à moitié satisfait, avoue Thierry Choffin. Il y en a toujours qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. Tu n’as jamais complètement le sourire. Le bilan est quand même positif. Surtout, que derrière, il y en a plein qu’on ne voit pas. »

AV6A9870

Echauffement en groupe pour les athlètes de Thierry Choffin à Fontainebleau.

 

A l’image d’une séance de VMA ce mardi soir, où le groupe d’une trentaine d’individus, parmi lesquels on a du mal à distinguer les internationaux Paul Renaudie et Emma Oudiou des jeunes pousses comme Yani Khelaf et Louis Gilavert (internationaux juniors), s’ébroue sur l’herbe au milieu du stade. Chaque répétition entrainant un mini départ de France de cross. « Je n’avais jamais vu ça, lâche Paul Renaudie, spécialiste du 800 m, et nouveau venu dans le groupe depuis septembre. C’est vraiment impressionnant ! »

Un entrainement en commun, qui est l’atout numéro un du groupe. « L’entrainement est adapté au niveau de chacun, mais les jeunes se retrouvent à courir avec des Rénelle Lamote ou des Paul Renaudie », explique Choffin. « Si Rénelle a fait finaliste aux Monde, on se dit qu’on peut le faire, lance Yani Khelaf, 3’48’’69 sur 1 500 m en cadets et finaliste mondial. On s’entraine comme elle, on a le même coach, on suit le même chemin. »

Des conseils pour les « minus »

Une route vers les sommets défrichée par les anciens, qui permet aujourd’hui aux jeunes de regarder tout de suite vers le haut. « Les jeunes qui arrivent sont directement dans le trip équipe de France, évoque Rénelle Lamote. Il y a une dynamique. Je ne me fais pas de soucis pour eux. Je leur souhaite de vivre de grands moments en athlé comme je peux le faire. » Même regard pour Camille Laplace, vice-championne de France Elite cet hiver sur 800 m. « Avec Rénelle, on a commencé en cadettes et les grandes comme Estelle ou Cécile nous ont tirées vers le haut. C’est marrant de prendre du recul et de se dire qu’aujourd’hui, on est les grandes du groupe. »

Yani Khelaf Florian Vauthrin

Les générations cohabitent parfaitement à l’image de Yani Khelaf (18 ans) et Florian Vauthrin (26 ans)

 

Des grandes qui n’hésitent pas à glisser aux « minus » Gilavert et Khelaf, comme elles aiment les appeler, des conseils. « C’est notre rôle, continue Laplace. Il faut leur dire ce qui est bien ou non. »

Une bonne ambiance générale qui donne une dynamique très positive. Les sourires ne sont jamais loin et toute cette petite troupe de champions aime se retrouver aux entrainements. « On a toujours eu un groupe très soudé, explique Emma Oudiou, 9’44’’74 sur le 3 000 m steeple, en espoirs. Ca tire le niveau de chacun vers le haut. On se retrouve tous avec de nouvelles ambitions. On se voit beaucoup, que ce soit à l’entrainement ou en dehors. L’athlétisme est un milieu où on a des émotions fortes et ça rapproche. »

Une harmonie de groupe

Fin de séance ce mardi soir. Alors que les plus jeunes rejoignent leurs chambres à l’internat, les plus grands retrouvent leurs appartements, pour la plupart situés à proximité du centre. Tout le monde se dit au revoir et a déjà hâte de se retrouver le lendemain. « C’est vraiment un truc de fou ici, résume Florian Vauthrin, finaliste aux Championnats de France Elite cet hiver sur 800 m. Je suis arrivé cette année et je n’en reviens toujours pas. Il y a un tel niveau. Tu as beau faire une performance, tu sais qu’il y aura toujours quelqu’un qui fera mieux dans le groupe. Et surtout, l’ambiance est vraiment top ! »

Thierry Choffin et Paul Renaudie

Paul Renaudie, nouveau venu dans le groupe de Thierry Choffin, s’est parfaitement adapté.

 

Une harmonie que Thierry Choffin essaie de conserver au maximum. « Ce n’est pas compliqué de planifier ou d’organiser, il suffit de travailler, avance celui qui est responsable des Masters I à la faculté de Créteil. Ce qui est compliqué à gérer c’est le temps donné à chacun. Tu dois t’occuper de tout le monde car il suffit qu’il y en ait deux ou trois qui se sentent délaissés et ça peut nuire à tout le groupe. La dynamique marche comme ça. Il faut créer des relations. Ils sont avant tout amis. C’est ça qui crée le truc. »

A l’image de la remise des dossards lors des France de cross où le mentor peut glisser un mot ou deux à ses protégés pour « qu’ils sentent qu’il y a du monde derrière eux ».

Victorieux respectivement des France de cross et du 800 m en salle cadets cet hiver, Claire Carrere et Ilias Khadda représentent à merveille la relève. Et dire qu’il y en a déjà derrière qui arrivent. « On a déjà pas mal de candidatures pour intégrer la structure l’année prochaine, sourit Thierry Choffin. Et il y a cinq, six minimes filles qui semblent vraiment très fortes. »

La fontaine  n’est donc pas prête de s’arrêter de couler.

Un hiver en or
Les athlètes du Pôle de Fontainebleau ont fait fort cet hiver. Tout d’abord, les filles ont remporté cinq médailles lors des Championnats de France Elite en salle avec l’or pour Emma Oudiou sur le 3 000 m, l’argent pour Johanna Geyer-Carles (1 500 m) et Camille Lapalce (800 m) et le bronze pour Aïssé Sow (3 000 m) et Aurore Fleury (1 500 m). Le même groupe a remporté également les Championnats de France de cross court par équipes. Dans la même course, Johanna Geyer-Carles et Aisse Sow sont montées sur les deux premières places. Toujours au Mans, les garçons du cross court ont remporté la médaille de bronze par équipes et la cadette Claire Carrere s’est imposée. Enfin, le cadet Ilias Khadda a remporté le 800 m en salle et l’espoir Benjamin Dupont a terminé 3e du 1 500 m. Enfin, Charlotte Pizzo a battu le record de France en salle du 1 500 m juniors en 4’27’’22 lors d’un match international.

 

AV6A9803

Les habitations pour l’internat ont été construites à deux pas de la piste.

AV6A9769

La piste de 200 m couverte.

AV6A9768

La piscine et la cafétéria sont également à proximité.

AV6A9767

Les athlètes de Thierry Choffin ont passé une grande partie de l’hiver à s’entrainer dans cette salle.

AV6A0104

Passage des baskets aux pointes pour un peu de vitesse sur piste.

Aisse Sow et Charlotte Pizzo

Séance de musculation pour Aïssé Sow et Charlotte Pizzo (de dos).

Rénelle, Lamote Paul Renaudie Florian Vauthrin

De la rigueur et de la bonne humeur pour Rénelle Lamote, Paul Renaudie et Florian Vauthrin en musculation.

AV6A9930

Le groupe peut atteindre 50 athlètes.

AV6A9966

Derniers étirements avant le début de la séance.

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment