Florian Labourel

Florian Labourel a connu une dernière saison compliquée mais compte bien se relancer en 2017.

 

Annoncé comme l’une des merveilles de l’athlétisme français il y a une dizaine d’années, Florian Labourel arpente toujours les sautoirs avec le même plaisir. Peut-être pas arrivé là où certains l’imaginaient, l’athlète de l’Entente Sud Lyonnais n’a pas fini de rêver des cimes, dans un univers athlétique qui lui ressemble peu, lui, le passionné de sciences fondamentales et fan d’Ashton Eaton.

On ne pouvait pas rencontrer Florian Labourel à un meilleur endroit que la Coupe de France des spécialités, tant cette compétition colle à son approche de l’athlétisme. « Je suis né avec la Coupe de France. Quand j’étais benjamin-minime, je voyais tous les athlètes de mon club partir à cette compétition alors que je ne pouvais pas y aller. Aujourd’hui, malgré le fait qu’elle ait lieu en octobre, je trouve que c’est toujours un rendez-vous sympa. C’est l’occasion de faire une compétition où on va s’amuser. C’est quand même l’essence du sport. »

2,10 m à la hauteur en minimes

Car comme il le dit lui-même il a « toujours fait de l’athlétisme pour s’amuser ». Un amusement qui a pourtant très vite été dépassé par des attentes autour de son talent très précoce. 2,10 m en hauteur à 15 ans, ça classe un jeune garçon dans la catégorie « pépite ». Surtout qu’à l’époque, Mickaël Hanany, actuel recordman de France seniors (2,34 m), n’avait sauté « que » 2,04 m au même âge. « J’ai toujours eu une certaine objectivité et de la lucidité par rapport à ce record, lâche Labourel. J’avais entre un an et demi et deux ans d’avance en terme de puberté. Ces 2,10 m en minimes, ça vaut 2,10 m en cadets 2, ce qui est une très bonne performance mais c’est dans le commun des mortels. »

Champion de France cadets de la hauteur (en salle en 2005) alors qu’il n’est encore que minime, le prodige profite de son avance pour accumuler 26 médailles nationales dans les catégories jeunes (14 titres entre 2005 et 2012) que ce soit à la hauteur, la longueur, le triple saut, le 110 m haies ou les épreuves combinées. Car comme souvent chez les prodiges, le talent est implanté un peu partout. « Quand j’ai commencé l’athlétisme c’était pour faire du saut en hauteur comme mon père. D’ailleurs, quand je vais à l’entrainement, j’ai envie de sauter avant tout en hauteur. Mais j’apprécie beaucoup le 110 m haies et le triple saut. Je me suis toujours dit que ce n’était pas incompatible. »

Un détour forcé par le décathlon

Un éparpillement qu’on lui a souvent reproché mais qu’il a toujours conservé. « Quand j’ai commencé à avoir un niveau intéressant en hauteur, je faisais encore 7,50 m en longueur (7,67 m en 2012), explique-t-il. Je pense qu’en fonction de chacun, il faut essayer de faire ce qu’il plaît à l’athlète. Surtout que moi, quand je m’entraine exclusivement en hauteur, j’ai tendance à me faire mal et je perds un peu le goût. »

Une perte d’appétit pour le premier sport olympique qu’il a le plus ressenti quand son entraineur, Daniel Aligne, a voulu le convertir en décathlète. « Mon entraineur a entrainé Christian Plaziat (ex-recordman de France du décathlon) et il pensait vraiment que j’avais un potentiel à 8 000 points (7 109 pts en juniors puis 6 590 pts en espoirs), se souvient celui qui a détenu pendant quelques années le record de France cadets de l’heptathlon en salle (5 237 pts en 2006) avant qu’un certain Kévin Mayer ne s’en empare (5 556 pts en 2009). Et qu’en hauteur, comme j’avais pris des défauts, il pensait que j’aurais du mal à faire plus de 2,20 m (2,23 m en 2014). Je pense qu’il se trompait sur le décathlon. On ne peut pas prévoir qui va être bon au décathlon. Pour prendre un Romain Barras ou un Bastien Auzeil, peut-être qu’au départ ils n’étaient pas flamboyants mais ils ont cette capacité de compréhension et de progression dans tous les domaines. Après, il y a un Kévin Mayer, le décathlète parfait, qui a non seulement ces capacités avec des qualités physiques surnaturelles au départ. »

Eaton plutôt que Bolt

Allergique aux 400 et 1 500 m du décathlon il n’a jamais éprouvé beaucoup de plaisir dans la discipline aux dix travaux, lui préférant le menu allégé en salle. « Je faisais quelque chose que je n’aimais pas vraiment. Je ne gérais pas du tout le 400 m, le 1 500 m ni la perche. J’étais plus à l’aise sur le 1 000 m en salle. D’ailleurs, le truc le plus improbable de ma carrière, est arrivé en cadets 1, quand j’ai gagné le titre national de l’heptathlon sur le 1 000 m. C’est un sentiment particulier. On se dépouille vraiment pour aller chercher quelque chose. C’est une sensation qu’on ne retrouve pas en hauteur. »

Malgré son amour contrarié pour les épreuves combinées – « c’est une discipline très spéciale qui a presque un côté magique » -, il vénère Ashton Eaton, le recordman du monde de la discipline (9 045 points). « Pour moi, s’il est propre, c’est le plus bel athlète qu’il n’y a jamais eu. Bolt est une légende et il a raison de le dire, mais pour moi il n’atteint pas Eaton.  C’est un athlète olympique. »

« Je trouverais ça beau qu’il y ait un décathlon pour débuter les JO et que tous les athlètes inscrits le fassent »

Des valeurs de l’olympisme qu’il retrouve en l’athlète américain et dans lesquelles il se reconnaît pleinement. « J’ai plus l’esprit olympique que l’esprit sport de compétition. Je trouve par exemple que la gymnastique est assez bien faite car tous les athlètes doivent participer à toutes les épreuves (concours général) avant de faire leur spécialité. Beaucoup de gens vont me descendre mais je trouverais ça beau qu’il y ait un décathlon pour débuter les Jeux olympiques et que tous les athlètes inscrits le fassent. »

Pour l’heure, le programme des Jeux olympiques n’est pas prêt d’être modifié. Mais le saut en hauteur en sera toujours. Et après l’échec de Rio (aucun sauteur qualifié), il serait bien que la France trouve un successeur à Mickaël Hanany (voir article sur l’état de la hauteur en France). Que ce soit Labourel ou un autre. « J’ai 26 ans, je ne suis pas vraiment la relève. Mickaël a caché la forêt pendant dix ans. Derrière, certains ont essayé comme Sébastien Deschamps (2,22 m en 2014) ou Joris Chapon (2,20 m en 2015). Des athlètes on en a. Peut-être pas pour faire 2,40 m car c’est un autre monde et seuls Mickaël et peut-être Grégory Gabella (2,30 m en 2002), en ont eu les capacités. Mais on a des gars avec un potentiel à 2,30 m. Le petit Bob Makani (2,15 m en cadets cette saison) doit faire au moins 2,25 m quand il sera plus âgé. »

Passionné par la théorie de l’évolution

Des hauteurs que Florian Labourel aimerait vite atteindre pour voir ce qu’il se passe un peu plus haut. « Jusqu’à très peu de temps, j’étais en progression. Cet été, j’ai eu une saison très décevante. Je ne sais pas ce qui n’a pas marché alors que j’étais vite revenu à un bon niveau après des blessures. Maintenant, il faut repartir au travail. J’ai l’impression que je peux encore aller un peu plus haut. »

Champion de France Elite en salle en 2015, encore troisième cet été (5 médailles aux Elites), il sait qu’il lui manque « la dernière marche », évidemment la plus haute à gravir. « Je me suis toujours dit que l’idée c’était d’aller titiller le genre de niveau qu’avait Mickaël. Mais le sport ce n’est pas aussi simple que ça. »

Les sciences fondamentales ne le sont pas non plus, mais la passion, comme dans le sport, fait la différence. « Je fais un master sur la recherche sur tout ce qui a trait à la théorie de l’évolution. Ce qui me passionne vraiment c’est l’équation du tout en biologie. Celle qui permettrait de décrire le phénomène du vivant. Après, la recherche c’est très vaste et souvent on est un peu désenchanté. C’est comme dans le sport. Il faut commencer à un endroit et se donner les moyens d’aller là où on souhaite aller. »

Parti de haut, Florian Labourel rêve encore de l’étage supérieur.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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