Florian Carvalho

Juste avant Noël, Florian Carvalho en pleine séance de côtes hebdomadaire.

 

Sixième des derniers Championnats d’Europe de cross, Florian Carvalho est l’un des leaders du demi-fond français. Rencontre avec un miler qui tentera cet été de décrocher son billet pour la finale olympique du 1 500 m.

En cette douce matinée de décembre, Florian Carvalho a rendez-vous avec une séance de côtes. Trois séries de 6 x 80m. Pas de quoi effrayer le coureur de Bourron-Marlotte (77), un petit village en lisière de la forêt de Fontainebleau. Accompagné de Ouissam Menan, l’un de ses camarades du club de l’US Nemours, le sixième des derniers Championnats d’Europe a le sourire. Premier Français sur l’hippodrome de Hyères-Toulon, il aura tout tenté pour décrocher une médaille individuelle, remportant avec ses amis de l’équipe de France une belle médaille d’argent. « Je n’ai rien à me reprocher. J’ai tout donné. La semaine après les Europe a été compliquée. Musculairement j’ai récupéré au bout de trois jours mais au niveau cardiaque, j’avais encore des traces la semaine suivante. »

S’il pouvait peut-être changer quelque chose à cette course, le Français serait parti un poil moins vite. « Avec Morhad (Amdouni) on s’est peut-être emballé comme des petits cadets en partant vite. Avec le recul, j’aurais peut-être dû partir moins vite pour pouvoir jouer quelque chose sur la fin. Mais je me suis fait plaisir. Les sensations étaient présentes et, vu d’où je venais, je suis très satisfait. »

Un retour au premier plan après une saison estivale 2015 blanche, la faute à un syndrome de l’essuie-glace au genou droit. « Je me suis fait une entorse à la fin du mois de janvier dernier en rentrant d’Afrique du Sud, explique Florian Carvalho. J’ai couru dessus au meeting en salle de Birmingham (8’32’’87 au 2 miles, 7’54’’1 au 3000 m). Jusqu’aux Championnats d’Europe en salle de Prague, ç’a tenu. Mais dès que j’ai repris après un peu de repos, j’ai eu mal au genou. »

Un syndrome de l’essuie-glace tenace

S’en suit des semaines de doutes, à passer de cabinets médicaux en cabinets de kinésithérapeutes pour éradiquer le mal. « A chaque fois que j’essayais de reprendre ça me faisait mal. Je suis même parti au CERS de Capbreton (40) en rééducation pendant deux semaines mais cela n’a quasiment rien changé. Au lieu de courir cinq minutes sans douleur, je pouvais en courir dix. »

Privé d’entrainement, Florian Carvalho l’est aussi de son métier de comptable au service scolaire à la mairie de Nemours puisque, juste avant de se blesser, il venait de signer pour deux ans de disponibilité. « J’ai mis de côté le travail pour préparer les Championnats du monde (Pékin) et les Jeux olympiques (Rio). Et donc quand tu tournes en rond chez toi pendant trois mois à juste faire des séances de kiné, tu te dis que tu serais mieux à travailler. Au final, j’ai fait un choix. Pour l’année dernière, ça s’est mal passé. »

Privé de meetings et de grands championnats – « une première depuis que j’ai débuté ma carrière » – Florian Carvalho laisse filer le printemps avant de ressortir les baskets à l’approche de l’été. « J’ai fait beaucoup de renforcement et avec mon podologue on a décidé de stopper les semelles. J’en mettais depuis l’âge de seize ans. »

29’00 au 10 km de Paris en guise de reprise

Et pendant qu’il se lève à 3h du matin au mois d’août pour suivre les séries de ses amis demi-fondeurs du côté de Pékin, le vice-champion d’Europe du 1 500 m en 2012, reprend ses habitudes de coureur de haut niveau. « En juin, juillet, j’ai couru quatre fois par semaine avant de reprendre à une fois par jour en août. Et en septembre j’ai repris à deux par jour. »

Un retour au premier plan qu’il signe au 10 km de Paris (victoire en 29’00) pour son galop d’essai sur la distance. « Je me suis surpris pendant cette course. Mais le fait d’avoir fait une saison blanche, ça m’a donné envie de revenir. Maintenant, même si je ne suis pas bien, je profite du fait que je peux courir. »

Une envie de courir qu’il a une nouvelle fois démontrée dans les rues de Rome, le jour de la Saint-Sylvestre en s’imposant dans le temps canon de 28’46, malgré un parcours peu avantageux. De quoi laisser flotter dans l’air une montée sur 5 000 m, dont beaucoup rêvent à sa place. « Ce sont les autres qui parlent beaucoup du 5 000 m pour moi. Je ne dis évidemment pas non. J’en tenterai peut-être un cet été. Mais j’aime la préparation pour le 1 500 m. Est-ce que j’aurai autant de plaisir à préparer un 5 000 m ? En plus, on croit toujours que ça va être plus simple pour moi sur le 5 000 m avec mon finish. Mais si ça va vite, il n’y a plus de jus pour finir. Le 5 000 m, c’est plus une lubie des autres, qu’une envie personnelle. »

Florian Carvalho

En 2013, Florian Carvalho avait remporté le 1 500 m des Championnats de France Elite sur la piste de Charléty devant Simon Denissel et Bob Tahri.


 

Surtout que le champion d’Europe espoirs du 1 500 m (2011) n’en a pas fini avec sa distance de prédilection. « Je vais tout faire pour participer à cette finale olympique sur 1 500 m. En 2012, à Londres, j’ai échoué mais j’étais encore jeune (éliminé en demi-finale). Le vrai échec de ma carrière pour l’instant c’est Zurich (éliminé en séries des Championnats d’Europe). Sinon, à tous les autres championnats, j’ai répondu présent. Je n’ai pas un gros palmarès au niveau des médailles mais au niveau de la régularité c’est pas mal. »

Le marathon des JO de Paris en 2024 ?

Une continuité qu’il fait perdurer également dans son entrainement. Guidé par Gérard Sautret depuis ses débuts, Florian Carvalho reste fidèle à son cocon, malgré l’épisode suisse. « J’ai toujours été bien préparé. Mais en 2014, pour les Europe de Zurich, on s’est pris une grosse claque dans la gueule. Ca faisait deux mois que je disais à Gérard que je n’étais pas bien. Mais comme je faisais quand même les chronos aux séances, on s’est voilé la face. Il ne m’écoutait pas et on est allés droit dans le mur. Je lui en ai voulu sur le fait qu’il me dise que tout allait bien. Mais, finalement, avec le recul, qu’est-ce qu’on aurait fait s’il avait dit l’inverse ? »

« Les couacs » derrière lui, Florian Carvalho se tourne pleinement vers Rio. Parti depuis le 3 janvier en Afrique du Sud en stage fédéral (retour le 29 janvier), il ne regarde pas plus loin que le Brésil. « Mon année de dispo se terminera en janvier 2017. Je ne me suis pas encore posé de questions sur l’avenir. Là, ce sont les Jeux, je ne pense qu’à ça. Après, est-ce que j’aurai la motivation pour aller jusqu’aux autres en 2020 (Tokyo) ? Si je fais un bon truc à Rio, peut-être que derrière j’aurai d’autres opportunités. Mais il faut aussi penser à faire une vie de famille. Il y a plein de choses qui rentrent en jeu. »

Par contre, à l’évocation de Paris 2024, les envies de retraite s’évaporent très vite. « Si c’est à Paris, je ferai le marathon avec Yohan Durand (rires) !  Mais il faudra que je change au niveau morphotype car avec la même taille, je fais dix kilos de plus que Timothée Bommier (rires) ! »

Une annonce sur le ton de la boutade, qui ravira tout ceux qui le voient déjà sur des distances supérieures.

Interdire les championnats aux dopés
Florian Carvalho réagit par rapport aux scandales de dopage qui touche l’IAAF. « Il faut faire abstraction de ça quand tu es athlète, sinon tu ne fais plus rien. Si je continue à m’investir autant c’est parce que je sais que sans être chargé c’est possible de faire une finale mondiale ou olympique sur 1 500 m. Le jour où je sais que ce n’est plus possible, je continuerai à courir mais je ne m’investirai plus autant. Tant que les instances ne mettront pas des sanctions fortes ça ne fonctionnera pas. Je ne comprends pas comment un ex-dopé peut participer aux Jeux olympiques. Pourquoi ne pas les priver de championnats ? En les privant de championnats, tu ne les prives pas de leur métier mais juste de l’intérêt de leur sport. Toutes personnes déjà attrapées, ne devraient plus pouvoir apparaître en grands championnats. Ca équilibrerait un peu les chances. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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