Florian Carvalho

A 27 ans, Florian Carvalho va prendre un nouveau départ en changeant de structure d’entrainement.

 

Eliminé dès les séries du 1 500 m (10e en 3’41’’87), Florian Carvalho sort évidemment déçu de ses deuxièmes Jeux olympiques (demi-finaliste en 2012), après une saison compliquée qui l’a vu se séparer de son entraineur de toujours Gérard Sautret. En pleine réflexion sur son avenir, le vice-champion d’Europe 2012 devrait probablement rejoindre le groupe de Thierry Choffin à Fontainebleau la saison prochaine. Interview.

– Florian, vous venez d’être éliminé dès les séries des Jeux olympiques, dans quel état d’esprit vous trouvez-vous ?

« Je suis forcément déçu de me faire sortir en série. Il y avait largement la place pour aller en demi-finale. Arriver aux JO dans cet état là et faire surtout ça, c’est forcément une déception pour moi car j’avais envie de faire plaisir à beaucoup de personnes.

« Les séances étaient catastrophiques »

– Vous dites « arriver dans cet état-là ». Pouvez-vous développer ? Vous n’étiez pas en grande forme ?

Après Amsterdam (il a terminé 5e des Championnats d’Europe début juillet) j’ai fait cinq jours “light“ mais au meeting de Monaco j’étais dans le dur avec l’impression de subir toute la course. Je fais quand même un chrono de 3’35 (3’35’’29) qui cachait la misère. Je me suis dit que je manquais de rythme donc je suis parti en stage à Montpellier (avec l’équipe de France) où j’ai fait une bonne séance et après, c’a été l’extinction des feux. Je n’arrivais même plus à faire un 800 m en 2’ à l’entrainement. Ensuite, je suis revenu chez moi et j’ai fait une semaine tranquille. Et quand je suis arrivé à Sao Paulo (camp d’entrainement de la délégation française), c’est remonté tout doucement. Il y a dix jours, je ne faisais même pas 3’45 au 1 500 m. Là je fais 3’41. C’est vraiment particulier et je suis vraiment déçu d’arriver aux JO pour faire ces performances-là.

– Quelles sont ces sensations dont vous parlez ?

En revenant de Montpellier je pensais que j’avais une anémie en fer. Je suis allé faire une prise de sang et je n’avais rien. A partir de là, j’ai fait le choix de calmer le jeu sur les séances. Les sensations étaient vraiment dégueulasses. J’ai eu l’impression de redécouvrir l’athlétisme lors des trois dernières semaines, que c’était la première fois que je courais, que je faisais des footings. C’est un truc un peu récurrent depuis quelques années (voir article). En 2012 ça m’avait fait à peu près les mêmes sensations. C’a été pareil pour Zurich (éliminé en série des Championnats d’Europe en 2014). Et là j’ai encore eu les mêmes. C’est vraiment particulier. Je ne sais pas comment l’expliquer. Je me mets à courir et au bout de 400 m je passe en hyper ventilation, j’attrape les grosses jambes et je n’avance plus. Pourtant, en 2011 et 2013, j’avais fait de bonnes saisons alors que chaque année je fais à peu près la même chose à l’entrainement. C’est frustrant de faire des préparations pour arriver dans un état de forme moyen, de ne plus être capable de courir sur les bonnes allures. Avant de venir j’ai pris un coup derrière la tête en voyant que les séances étaient catastrophiques.

« Il fallait prendre une décision »

– En avez-vous discuté avec votre entraineur Gérard Sautret ?

On en avait déjà parlé avec le coach. En 2014, on allait droit dans le mur et je l’avais averti. En 2015 j’étais blessé donc on ne saura jamais si j’allais faire une bonne saison (syndrome de l’essuie-glace). Et cette année, au mois de mars, on a eu une discussion avec Gérard et il m’a clairement annoncé qu’il fallait que je recherche un autre entraineur parce qu’il ne pouvait plus m’entrainer pour des raisons personnelles.

– Vous avez fini la saison sans entraineur ?

J’ai fait le choix de finir ma préparation tout seul et de m’entrainer seul jusqu’aux JO. Redonner le bébé à quelqu’un en cours de saison était compliqué. En plus quand on a une habitude de travail c’est compliqué de changer à cinq mois des JO. Donc je suis resté sur ce que je savais faire et sur ce que je faisais depuis toujours. Je ne me suis pas trompé de beaucoup je pense. A Amsterdam, j’étais bien. Mais après est-ce que j’y ai laissé de l’influx nerveux ? Psychologiquement ç’a été dur de se retrouver tout seul. Penser à ce qu’il fallait faire. Ca, plus tout le reste, et le fait que les séances ne s’enchainaient pas bien, ç’a peut-être fait plonger le corps. Je ne me plains pas de cette situation. Je ne rejette pas la faute sur Gérard. On est des grandes personnes, il y a beaucoup de respect entre nous. Il y a vingt ans de travail derrière. Il y a forcément eu des moments de crise. C’est un tout. Pour lui comme pour moi, c’est un mal pour un bien. On est arrivés à un point où il fallait prendre une décision.

« Il y a de grandes chances que j’aille avec Thierry Choffin »

– Avez-vous déjà trouvé un autre entraineur pour la prochaine saison ou comptez-vous continuer seul ?

S’entrainer tout seul ce n’est pas viable. J’ai eu plusieurs pistes. J’étais en stage au mois d’avril avec l’équipe de France (Potchefstroom en Afrique du Sud) et là-bas Philippe Dupont (manager national du demi-fond) était au courant de la situation. Il prenait des nouvelles. Mais ensuite, je me suis surtout rapproché de Thierry Choffin. Il m’a un peu aidé sur la fin de la préparation. Vue le contexte, il m’a un peu conseillé. J’ai parlé avec lui longuement. Il a un groupe intéressant avec Rénelle (Lamote). Géographiquement il est proche (Florian Carvalho habite tout près de Fontainebleau). On va discuter, je sais qu’il a beaucoup de travail avec son groupe (voir article sur le groupe de Fontainebleau) et je ne veux pas lui en rajouter. Je ne veux rien perturber. Je n’ai rien perturbé jusqu’aux JO pour que ça se passe bien pour Rénelle. C’est la solution la plus simple. On doit parler de tout ça pour voir comment on peut faire. J’ai 27 ans. Je ne suis pas quelqu’un qui aime tout le temps m’entrainer en groupe. Etre avec des cadets et des juniors tous les jours, je sais au fond de moi que ça ne me correspond pas. Mais peut-être que je me trompe. Il faut voir . En tout cas il y a de grandes chances pour que j’aille avec Thierry l’année prochaine. C’est quelqu’un que j’apprécie.

Florian Carvalho

A Angers, le 25 juin dernier, Florian Carvalho a remporté un nouveau titre de champion de France sur 1 500 m.

 

– A 27 ans, c’est une sorte de remise en question ?

J’ai déjà fait deux Jeux olympiques. J’ai pris plaisir dans mon sport pleinement. Si ça réussit et bien tant mieux et si ça ne réussit pas, tant pis. Je suis à un tournant de ma carrière. Je vais faire un virage. J’ai le temps de le prendre. On va faire en sorte que je le prenne le mieux possible avec le plus de réussite possible. Je suis prêt et j’ai l’envie de voir autre chose, un autre fonctionnement et de découvrir d’autres méthodes.

« Ca m’étonnerait que je fasse une autre olympiade sur 1 500 m »

– Quels pourraient être les autres changements dans votre approche de l’athlétisme ?

Il faudra tout analyser pour savoir d’où viennent ces problèmes de forme. Savoir si faire les saisons hivernales est judicieux. C’est quelque chose que j’apprécie et que j’aime mais est-ce que c’est bien pour l’été d’après ? Tous ceux qui ont fait l’hiver cette année comme Morhad (Amdouni), moi et même le Turc Kaya ont eu du mal cet été. Il faut s’interroger aussi là-dessus. Ce qui est dur c’est que le cross j’aime ça. Depuis pas mal de saisons je cours l’hiver et l’été. Peut-être faire une coupure plus longue cet hiver pour ne pas se prendre la tête et revenir tranquillement. Il y a plein de questions qui peuvent se poser. Il faut se poser et réfléchir à tout ça.

– Et un changement de distance vous y pensez ?

Hier matin j’étais dans la stade pour la finale du 3 000 m steeple et il y avait également les séries du 5000 m. Quand je vois les séries du 5000, ça ne me donne pas du tout envie (rires). Je ne sais pas encore pour l’année prochaine. Commencer une saison sur 5 000 m l’année des Monde est-ce que c’est judicieux ? Finir de cette manière sur 1 500 m en faisant un temps de juniors ça me reste un peu en travers de la gorge. Mais ça m’étonnerait que je refasse une autre olympiade complète sur 1 500 m. Le 5 000 m j’y arriverai tôt ou tard.

« Je vais me relever »

– Finalement, quel bilan tirez-vous de votre saison ?

Je garde une sensation amère de cette saison. Les Europe, j’y allais pour une médaille et je finis 5e, je n’ai pas trop de regrets à avoir. Pour les JO, c’est différent. C’est tous les quatre ans. Il y a ma famille qui est venue ici alors qu’ils ne peuvent pas tout le temps me suivre. Tu leur montres un côté de toi qui n’est pas toi. C’est frustrant. Avant de partir je les voyais, ils étaient contents, je ne voulais pas les décevoir. Mais je l’avais dit, avant de partir, à certaines personnes, que les séries allaient être compliquées car je savais que pour passer il fallait faire 3’38-3’39 et finir vite le dernier 300 m. Pour beaucoup d’athlètes, il y a la frustration personnelle mais c’est surtout le fait de décevoir ses proches, les personnes qui nous soutiennent. C’est gênant. Il y a des gens qui te supportent pour les Jeux. Et là, en fait, tu leurs montres une mauvaise facette. Tu te dévalorises par rapport à ca. Mais on va combler les six jours à Rio d’une autre manière. Il y a de quoi faire ici. Mais ce n’était pas l’objectif et ce n’était pas les émotions que je voulais leur faire passer.

– Votre saison 2016 est-elle terminée ?

Je ne suis pas anémié, donc est-ce que la forme va remonter ? Là, depuis dix jours, ça va mieux. Je ne sais pas. Il y avait la possibilité de courir au meeting du Stade de France sur 3 000 m. Est-ce que je coupe là ? J’avoue qu’hier (mercredi 17 août) je n’ai rien fait. Peut-être que je vais faire un footing cool aujourd’hui (jeudi 18 août). Je vais voir avec Thierry. Je pense que nerveusement ça va être dur de remettre un truc par dessus. Si c’est les mêmes sensations que ces dernières semaines, le 3 000 m va être long. Finir avec 300 m de retard au stade de France ça ne vaut pas le coup. J’ai déjà eu assez mal ici pour me remettre un coup derrière la tête. Mais je vais me relever. Il faut juste savoir quoi faire. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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