Jérôme Clavier

Jérôme Clavier sautera pour la dernière fois ce samedi lors de son jubilé.

 

L’international au saut à la perche, vice-champion d’Europe en salle à Bercy en 2011, sautera pour la dernière fois en compétition ce week-end à Tours lors de son jubilé. L’occasion de revenir sur sa carrière qui l’a vu atteindre les 5,81 m, alors qu’il a tout simplement le vertige.

C’est ce samedi, dans un centre commercial de Tours, que Jérôme Clavier s’envolera pour la dernière fois perche en main. A bientôt 34 ans, l’international français, va en effet tourner pour de bon la page de l’athlétisme de haut niveau. Un livre qu’il avait d’ailleurs quasiment refermé dès la fin de la dernière saison, quand, une nouvelle fois blessé aux abdominaux, il laissait filer les JO, son dernier objectif. « Ca fait depuis l’été dernier que je ne me sens plus sportif de haut niveau. Mais j’étais frustré de finir l’été avec une blessure (pubalgie). J’avais envie d’une dernière compétition sur Tours en étant à peu près en forme. Ca fait longtemps que j’avais cette idée de jubilé dans ma tête. Mais pour cela, il me fallait des compétitions et je n’allais pas m’entrainer pour une seule sortie. »

Finaliste olympique

C’est donc comme ça que le vice-champion d’Europe indoor 2011 s’est retrouvé à faire une dernière fois le circuit hivernale, le concluant avec un meilleur saut à 5,50 m et une médaille de bronze aux Championnats de France Elite (sa neuvième dont trois titres). L’occasion de revivre tous ces moments, tous ces gestes, qu’il a faits des milliers de fois. « Ca m’a fait plaisir de ressauter avec les copains. Aux France, lors de mon troisième essai à 5,50 m je me suis dit que c’était peut-être mon dernier saut aux Championnats de France. »

Ce saut restera effectivement l’un des derniers d’une très longue liste, qui a vu Jérôme Clavier participer aux plus grands Championnats internationaux. « Les Jeux olympiques de Pékin restent un grand moment. Je fais septième, ce qui devrait se transformer en sixième place (le 3e Denis Yurchenko a été suspendu pour dopage). J’ai des regrets sur ce concours-là car je ne l’ai pas abordé dans de bonnes conditions et je loupe la médaille pour pas grand-chose (avec 5,60 m, il termine à dix centimètres du podium). »

L’hiver 2011 chargé d’émotions

Surtout, le Français a décroché l’argent lors des prolifiques Championnats d’Europe en salle de Bercy en 2011. « L’hiver 2011 reste un souvenir à part. J’y ai fait mon record (5,81 m à Villeurbanne) et j’ai eu ma médaille. Mais ç’a été fait dans des conditions très difficiles car j’ai failli perdre ma femme en novembre (2010, victime d’une embolie). Toute cette période a été compliquée et pourtant ç’a été des mois très forts dans ma carrière. Ca reste un très grand moment car on a surmonté ça ensemble. »

Sa meilleure performance restera donc en salle pour celui qui a, avec le temps, compris que l’indoor sciait mieux à ses qualités, ou plutôt à ses défauts. « J’ai mis du temps à m’en convaincre mais j’étais clairement plus à l’aise en salle. En vieillissant, je me suis rappelé que j’avais le même problème quand j’étais petit au tennis. Je servais et jouais mieux en salle que dehors. Comme je suis quelqu’un qui a peu de sensations dans la perche et qui n’aime pas l’espace arrière, j’avais plus de repères en salle. Ca peut expliquer cette différence de résultat. »

La fusée Lavillenie partie sans lui

Quatrième des Mondiaux indoor en 2008, il a également participé à son premier grand championnat chez les grands à l’occasion des Championnats du monde indoor de Budapest en 2004, alors qu’il a fêté sa dernière cap en Bleu à l’occasion de ceux de Portland l’hiver dernier. Mais évidemment, la carrière de Jérôme Clavier s’est écrite également dans les grands stades avec une meilleure performance à 5,75 m et des participations aux Championnats du monde d’Osaka (2007) et de Daegu (2011), ainsi qu’aux JO de Pékin. Mais les blessures l’ont stoppé au moment où il semblait enfin libéré. « En 2008, je commençais à passer devant Romain (Mesnil). Aux Jeux, je finis d’ailleurs devant lui. Mais ensuite je me pète. »

Jérôme Clavier

Alors qu’il était devenu le leader de la perche française en 2008, Jérôme Clavier a vu éclore Renaud Lavillenie, le futur recordman du monde.

 

Opéré d‘une pubalgie côté gauche à la fin de l’année 2008, il remet ça quelques mois plus tard du côté droit. Un coup d’arrêt alors que dans le même temps un certain Renaud Lavillenie a décidé d’éclore. « Quand Renaud gagne les Europe en salle (2009) puis fait 6,01 m, moi je suis en rééducation. Le temps de revenir, Renaud était loin devant et Romain et Damiel étaient super forts. Le train était passé. Il a fallu me reconstruire car j’ai pris un coup sur la tête. »

Déjà envie d’arrêter en 2013

Sa médaille européenne et son record auront raison de sa ténacité- «  j’ai vite compris qu’il fallait que je me concentre sur moi-même » – même si celle-ci a failli le lâcher en 2013, après un zéro en finale des Championnats de France à Charléty. « Quand j’ai fait une bulle aux France, je me suis dit : « allez j’arrête » J’en avais marre de galérer, avec Gérald (Baudoin son entraineur) ça n’allait plus. J’ai pris le temps de la réflexion avec ma famille et j’ai décidé d’aller jusqu’à Rio. »

Ce sera finalement sans Baudoin, ni l’INSEP (où il était depuis 2001) mais avec Sébastien Homo qu’il terminera sa carrière, sans réussir son objectif ultime. « Il y a eu des bonnes choses de faites. Rio était mon dernier objectif. Malheureusement je l’ai loupé. »

Néanmoins, ses 5,76 m en 2014 et ses 5,77 m en 2016 prouvent qu’il aurait eu tort de ranger ses gaules plus tôt. De quoi, ressentir également quelques regrets à l’heure de tirer sa révérence. « Faire 5,77 m à 33 ans, ça veut dire qu’il y a quatre, cinq ans, il y avait moyen de sauter plus haut. Je pense que si j’avais réussi à mettre en place mon levier du début de ma carrière avec ma maitrise actuelle du renversé, ç’aurait pu être pas mal. Physiquement, j’avais peut-être les capacités pour sauter plus haut mais quand on a le vertige et qu’on ne se sent pas bien dans l’espace arrière, faire 5,81 m c’est déjà pas mal. »

Le vertige comme adversaire

Car oui, petite précision, Jérôme Clavier, perchiste de haut niveau, a toujours eu le vertige. Un problème plutôt gênant quand on veut franchir des barres perchées à presque six mètres de haut, la tête en bas. « J’ai un vrai vertige. Quand je fais de l’escalade, au bout de quatre mètres, j’ai le vertige. J’arrive juste à le maîtriser plus que d’autres. J’ai appris à l’apprivoiser en faisant un maximum de sauts. On vente souvent les qualités d’entrainement de Renaud. Je pense que j’ai bouffé au moins autant de sauts que lui. Mais lui c’était pour progresser alors que moi c’était pour maîtriser mes craintes et mes peurs. Forcément, c’a été un frein. »

Une peur qu’il surmontera donc une dernière fois ce samedi devant ses amis et sa famille avec notamment un concours des légendes où Jean Galfione, Romain Mesnil et ladji Doucouré sont attendus en bout de sautoir. Ensuite, il pourra continuer sa nouvelle carrière de professeur de sport à plein temps, qu’il a quasiment toujours poursuivie, avec des horaires aménagés. « Quand ç’a n’allait pas à la perche, il n’y avait rien de tel que les élèves pour me faire revenir sur terre. Là, j’ai basculé à temps plein depuis le mois de septembre. Je vais arrêter samedi la perche et lundi je vais aller au travail. Je passe directement à autre chose. Ma vie ne va pas changer par rapport aux derniers mois. A part qu’au lieu de m’entrainer deux fois par semaine comme c’est le cas actuellement, je ne vais plus m’entrainer. »

Et même s’il redoute un peu l’émotion qui le gagnera ce week-end, Jérôme Clavier sort la tête haute. « Ma carrière n’a pas toujours été simple. Si j’avais eu un côté casse-cou, j’aurais eu un regret de ne pas faire mieux que 5,81 m. Mais avec mes lacunes, c’est compliqué de s’imaginer à plus de six mètres. Ca reste une carrière qui est pas mal. »

Une carrière vertigineuse même !

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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