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Emile Denecker lors des Championnats de France Elite d’Angers en 2012.

 

Absent des pistes depuis le mois de juin 2013, Emile Denecker est redevenu un perchiste cet hiver. Retour sur plus de deux ans de galère pour le champion d’Europe juniors 2011.

Tout semblait pourtant filer droit. Droit comme une perche qui vient se planter dans un butoir avant de plier pour envoyer valser son détenteur. Ce geste, Emile Denecker l’a réalisé des centaines de milliers de fois. Mais après un début de carrière quasiment parfait, couronné par un titre de champion d’Europe juniors (2011) ainsi que le record de France de la catégorie (5m63), la mécanique du longiligne perchiste s’est déréglée. « Après les Championnats d’Europe en salle de Göteborg (2013), je n’arrivais plus du tout à sauter, raconte Emile Denecker. J’ai eu une perte totale de repères. Je ne comprenais plus rien à ce que je faisais. C’était impossible pour moi de piquer et donc de sauter. »

Un blocage psychologique qui était apparu quelques séances avant sa première compétition chez les seniors et qui s’est accentué après son zéro suédois. « Après Göteborg, je n’ai quasiment plus fait de compétitions. » Une médaille de bronze aux France espoirs une semaine plus tard à Nogent-sur-Oise (60), puis le grand chaos, avec seulement quatre concours lors de l’été 2013 pour une petite dizaine de barres franchies et 4m90 comme performance de pointe, très loin des standards du jeune homme.

Dégouté par son été maussade, le Cambrésien décide en septembre de tenter sa chance à l’INSEP dans le groupe de Gérald Baudouin. « Je me suis toujours entrainé à Cambrai avec Yves Le Mouël. J’avais fini mes études (DUT technique de commercialisation) et j’ai eu cette proposition d’intégrer l’INSEP. Mais je n’ai pas pu y faire grand-chose car j’ai été beaucoup blessé. »

Saison blanche à l’INSEP

Alors que la tête n’y arrive déjà pas, le corps lâche progressivement. Une première blessure au dos le met sur le flanc à peine un mois après son arrivée dans le bois de Vincennes. Dans le même temps, il tente l’hypnose et consulte un psychologue du sport pour démêler le nœud ancré dans son cerveau, une fois la perche en main. « Avec les blessures que j’ai eues, je n’ai pas pu mettre en pratique tous les conseils sur l’aspect mental que m’ont apportés ces spécialistes. J’ai essayé de sauter les yeux fermés pour me forcer à piquer. Mais c’était impossible, il y avait un truc qui m’empêchait de sauter. Mais ç’a dû me servir. »

Malheureusement, quand son cerveau lui permet de s’envoler, son corps paie l’addition. « Je me suis fissuré le talon en faisant une chute sur le bord du tapis à Cambrai lors des fêtes de fin d’année. Donc en rentrant à l’INSEP, je ne faisais que du vélo et du renforcement. Mais dès ma reprise, on m’a diagnostiqué une fracture de la symphyse pubienne. »

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Emile Denecker a mis du temps avant de retrouver ses repères perche en main.

Laissé au repos jusqu’à sa reprise en septembre 2014, Emile Denecker revient à Paris pour enfin décoller. Mais son corps n’est toujours pas enclin à l’envoyer en l’air. Encore gêné au niveau de la ceinture pelvienne, on lui détecte une hernie inguinale. La blessure de trop. Opéré en décembre 2014, il décide de quitter la capitale pour retourner dans son Nord natal.

Depuis, sa reconstruction prend du temps mais il peut se rendre tous les jours à l’entrainement. « Depuis que je suis revenu à Cambrai j’ai repris tout doucement. J’ai laissé passer les blessures. Je suis passé par toutes les phases avec des sauts en deux, quatre, six, huit foulées. Je n’ai pas fait de compétitions de tout l’été 2015 mais je m’entrainais. »

Un saut en douze foulées avant les vacances

Et alors que tous ses collègues d’entrainement sont partis en vacances, il remporte sa plus grande victoire sur lui-même en réussissant un saut en douze foulées. « Mon objectif était de prendre mes vacances à partir du moment où je réussissais à sauter en douze foulées. J’y suis arrivé le 20 juillet et j’ai donc stoppé ma saison derrière. »

De retour en septembre, il aborde l’année des Jeux olympiques dans la peau d’un « vrai » perchiste, statut qu’il avait un temps perdu. « C’a été dur et long. J’ai même pensé à arrêter l’athlétisme. Mais je me suis dit que je tentais jusqu’à Rio. »

Des Jeux olympiques qu’il entrevoit certains jours, quand sa tête le laisse sauter. Car, s’il semble être redevenu le maître de son corps, son combat contre son cerveau est permanent. « En fait, je m’élance, mais au moment de baisser la perche pour piquer je n’y arrive pas. Je cours vers le butoir mais je ne sais pas quoi faire de ma perche. En perche, si tu ne piques pas, tu ne sautes pas. Je me bats tous les jours contre moi-même. »

Première barre en compétition réussie depuis deux ans

De retour cet hiver en compétition, Emile Denecker a connu sa plus grande joie en effaçant sa première barre officielle depuis plus de deux ans, lors du meeting de la Perche aux Etoiles d’Aulnay-sous-Bois, le 19 décembre. Deux sauts validés à 4m86 et 5m06, avant trois échecs à 5m26. « Quand j’ai passé 4m86 à Aulnay, ça m’a libéré ! Ca m’a fait plaisir, mais il y a encore du boulot. »

De nouveau parmi les siens, il a pu également partager sa mésaventure. « C’est déjà arrivé à Kevin Ménaldo et même à Renaud Lavillenie durant une séance. Mais il a sauté pendant trois heures et à la fin de la séance il a réussi. Il n’est pas tombé dans une phase comme la mienne. D’ailleurs, je ne pensais pas tomber dedans. Mais c’est une spirale négative quand tu restes en bas du tapis. »

Une spirale que beaucoup de grands champions ont connu comme Steven Hooker ou Raphael Holzdeppe. « Ca m’est arrivé mais j’en suis sorti, avance Denecker. La spirale négative est derrière moi. Ca m’a permis d’apprendre plein de choses sur moi-même. Je me connais mieux. J’ai une meilleure analyse de mes sauts. Et aujourd’hui je relativise. Je prends les sauts les uns après les autres. Quand j’en manque un, je ne me flagelle pas. Je me détache plus. »

Une nouvelle approche qui devrait lui permettre de regarder vers le haut. « Mon objectif est de réussir à ressauter régulièrement en compétition. Et essayer, évidemment, d’aller le plus haut possible. Les Jeux olympiques restent mon objectif. Maintenant, je ressaute. Je suis reparti pour plusieurs années ! »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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