Eloyse Lesueur

Eloyse Lesueur a réalisé 6,31 m lors du Fly Europe Paris dans le stade temporaire installé dans le parc André-Citroën.

 

Eloyse Lesueur (28 ans), championne du monde en salle de la longueur en 2014, a terminé sa saison ce mercredi lors du Fly Europe Paris (6,31 m). Gênée pendant sa préparation aux ischio-jambiers, elle a passé son été à courir après les minima olympiques, en vain. Frustrée de ne pas avoir été du voyage à Rio, l’athlète du SCO Sainte-Marguerite l’est encore plus de n’avoir pas pu montrer les progrès qu’elle a faits aux côtés de ses deux nouveaux entraineurs Teddy Tamgho et Laurence Bily. Interview.

– Track and Life : Eloyse, comment vous sentiez-vous aujourd’hui (mercredi 21 septembre) lors de ce Fly Europe Paris ?

« J’ai coupé quatre jours après le Décanation (le 13 septembre) puis j’ai commencé ce lundi à reprendre mes séances pour la saison hivernale. Donc là, le but était juste de s’amuser et d’essayer de faire profiter le public. Il n’y avait pas du tout d’enjeu de performance. Sur ce genre de piste qui renvoie énormément, il faut être prêt physiquement et avoir envie. On est quasiment en octobre, ça commence à faire long pour tout le monde.

« Quand on cherche à faire de très grosses performances on prend le risque de se blesser »

– Revenons sur votre saison. Après avoir été longtemps gênée par vos ischio-jambiers, vous n’avez pas réussi à réaliser les minima pour les JO (6,70 m , meilleur saut avant Rio 6,47 m). Comment analysez-vous ces derniers mois ?

C’est vrai que la saison ne s’est pas passée comme je le souhaitais. Après, on le sait très bien, ce sont les aléas du sport. Quand on cherche à faire de très grosses performances, on prend le risque forcément de se blesser et d’être toujours sur la corde sensible et de jouer avec les limites. Du coup, c’est ce que j’ai fait, parce que je savais qu’en me poussant, j’allais vraiment pouvoir élever mon niveau. C’est ce qui s’est passé même si ça n’a pas pu se voir sachant que je me suis blessée pendant la saison. Mais j’ai la tête et j’ai les jambes pour repartir sur une autre saison.

– Comment avez-vous vécu justement cette course aux minima ?

La course aux minima c’est quelque chose que j’ai vécue tout au long de la saison avec mes gênes à l’ischio. Ce n’est pas quelque chose qui m’est tombé dessus d’un coup. Je savais très bien que ç’allait être compliqué. On a envie de se dire que cela ne va pas l’être mais on sait très bien concrètement que : ou on prend le risque de péter l’ischio et on en parle plus, ou on est à 60% et du coup c’est compliqué d’aller chercher des performances. C’était néanmoins à faire.

« Je n’ai jamais été aussi forte »

– Avez-vous des regrets?

Je n’ai pas de regrets car je pense avoir tout fait pour essayer de revenir sans gêne, sans douleur, jusqu’au dernier moment. Ce n’est pas passé. Mais il ne faut pas avoir de regrets même si c’était une année importante. Je ne peux pas me retourner en me disant :  “si j’avais su“. On fait au jour le jour. Mais il y a des situations qui sont tellement pires que ça. Je ne peux pas me plaindre de ne pas être allée aux Jeux. Je suis encore sur mes deux jambes, je suis en bonne santé, à partir de là, je pense que je dois être heureuse d’être là. C’est le sport. Je vais continuer à me battre pour refaire des années comme j’ai pu en faire en 2014 et en 2012.

– Evidemment, on peut se demander, à la vue de vos résultats cette saison, si votre choix de quitter Renaud Longuèvre et l’INSEP en octobre dernier a été le bon.

On ne me le dit pas forcément en face à face mais je sais très bien que les gens l’ont pensé. Moi je sais très bien ce que j’ai fait à l’entrainement. Mes entraineurs savent très bien ce que je faisais à l’entrainement. J’ai dû digérer les nouvelles choses que j’avais apprises parce qu’elles passaient toutes à l’entrainement. C’est pour ça que ça pique un peu d’entendre ça alors que je n’avais jamais été aussi forte. Sincèrement, c’était vraiment du très costaud. Je crois que la seule frustration que je pourrais avoir c’est de ne pas avoir pu montrer que le changement avait vraiment été bénéfique.

« Le travail ne s’est pas enterré avec Renaud Longuèvre »

– Vous avez sauté au Stade de France (6,38 m le 27 août), à Berlin (6,32 m le 3 septembre), au Décanation (6,57 m le 13 septembre) puis encore à Paris (6,31 m), vous aviez un besoin de faire des compétitions, de vous faire plaisir ?

J’ai essayé de prolonger ma saison mais c’a été un peu compliqué comme Laurence (Bily) était aux Jeux. Du coup j’ai dû m’entrainer toute seule, je n’avais pas de repères. Mais le principal c’était de ressauter sans gêne, sans douleur, de prendre du plaisir. A la base, je pensais terminer au Décanation. Avec ces 6,57 m, je savais que je revenais proche de mon niveau. Faire quasiment 6,60 m sur une fin de saison ce n’est vraiment pas dégueulasse, surtout en s’entrainant un mois et demi toute seule. Il faut savoir se rendre compte des choses. Se dire que 6,60 m, dans ces conditions, c’est cool. Même si forcément, j’aspire à mieux. Mais ça reste une bonne chose de faite.

– Vous dites que vous avez stoppé quatre jours après le Décanation et que vous avez repris l’entrainement lundi. Vous voulez rattraper votre retard lié à votre saison compliquée ?

J’enchaine. C’a y est ! Je ne rattrape pas vraiment mon retard car je me suis entrainée tout l’été. Mais c ‘est vrai qu’il n’y a pas eu de championnat pour moi. Donc je n’ai pas puisé mentalement. Si j’ai besoin de quelques jours je les prendrai plus tard. Mais j’ai envie d’attaquer et de faire taire quelques bouches ! (rires). Juste d’être prête pour cet hiver. Les Championnats d’Europe en salle c’est plus que coché ! Je veux montrer que tout le travail qui a été fait l’année dernière, il n’est pas vain, qu’il n’a pas disparu et qu’il ne s’est pas enterré avec Renaud. Je peux très bien être aussi forte voire plus forte que je ne l’ai jamais été. C’est à moi de faire le travail. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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