Elea Mariama Diarra

Epargnée par les blessures cette saison, Elea-Mariama Diarra s’est qualifiée pour les Championnats du monde de Londres sur 400 m.

 

Championne de France du 400 m et qualifiée pour les Championnats du monde de Londres, l’athlète Elea-Mariama Diarra (27 ans) est l’une des surprises de la saison. Sélectionnée en équipe de France chez les jeunes, la Lyonnaise avait depuis connu beaucoup de pépins physiques qui ont ralenti sa progression. Mais en cette saison 2017, après une opération en août 2015 aux tendons d’Achille, tout les feux semblent au vert et elle compte bien en profiter jusqu’au bout.

Le 16 juillet dernier, juste avant la finale du 400 m féminin des Championnats de France Elite de Marseille, la seule question était de savoir quel temps allait réaliser Floria Gueï pour s’imposer. Mais au bout du tour de piste, la championne d’Europe en salle de cet hiver se faisait surprendre sur sa droite par Elea-Mariama Diarra (voir article). En 51’’92 (record personnel, contre 52’’08 pour Gueï), Diarra volait la vedette à une Gueï sonnée. « Quand j’ai vu que j’étais à la bagarre dans la dernière ligne droite, je me suis dit que c’était l’année où il y avait la place pour gagner », lâchait Diarra qui ajoutait une nouvelle couronne nationale à son palmarès après le titre de 2011.

« Je me suis dit qu’il y avait eu un piratage ! »

Une première surprise qui était suivie deux jours plus tard par l’annonce de sa sélection en individuel pour les prochains Championnats du monde de Londres. « J’avais prévu de regarder la sélection pour savoir qui allait être dans le relais, explique-t-elle. Quand j’ai vu le tweet de la FFA (la Fédération a annoncé la sélection sur ses réseaux sociaux), je n’y croyais pas. Je me suis dit qu’il y avait eu un piratage (rires). »

Avec des minima perchés à 51’’50, elle ne pouvait effectivement pas penser être dans le coup pour un ticket en solo. « Je ne pensais vraiment pas à la sélection. J’avais d’ailleurs prévu de recourir au meeting d’Heusden (22 juillet) pour descendre mon temps. J’étais habituée à l’ancienne DTN où, des fois pour un centième, ils n’envoyaient pas l’athlète. Donc je ne pouvais pas imaginer que ça pouvait passer avec le temps que j’avais fait. »

C’est passé, et la voilà enfin qualifiée chez les Bleus en son propre nom. « J’espérais une sélection en individuel lors des derniers Championnats d’Europe d’Amsterdam mais ce n’était pas passé. Donc je pensais tenter celle des Europe 2018 (Berlin). Mais finalement, ça va commencer par les Monde ! »

Déjà deux opérations aux tendons d’Achille

Une nouvelle étape de franchie qui correspond à la fin de ses problèmes physiques. Car depuis ses premiers résultats au niveau national (3e des France cadettes sur 300 m en 2007 et sélectionnée pour un match international l’année suivante chez les juniors), la Française n’a jamais vraiment pu enchainer les saisons, la faute aux blessures à répétition. « Depuis que je m’entraine sérieusement, j’ai toujours eu des tendinites aux tendons d’Achille à chaque saison. »

Opérée dès 2008 des tendons d’Achille, elle est présente aux Championnats d’Europe juniors la saison suivante avant que ses problèmes ne reviennent. A partir de là, elle entame un long chemin de croix, fait de beaucoup de douleurs et de petites joies. En 2010, une double fracture de fatigue au tibia et au deuxième métatarse la laisse sur le flan. L’année suivante, ses tendons la torturent longtemps avant une accalmie qui lui permet de remporter les France Elite. Vient 2012 et les Jeux olympiques de Londres, qu’elle traverse en remplaçante heureuse – « j’étais jeune et il y avait plus fort que moi » -, avant d’être ralentie de nouveau en 2013 cette fois par une mononucléose. « Je suis partie une année aux Etats-Unis pour vivre l’expérience américaine. J’ai attrapé la mononucléose mais l’entraineur de l’équipe universitaire a continué à me faire courir. Pour eux, que je fasse 54’’ dans le mal leur suffisait. J’ai donc payé cette fatigue également en 2014. »

Des JO difficiles à digérer

2015 marquera son second passage sur le billard, après un hiver réussi, bouclé par la médaille d’or sur 4×400 m aux Europe en salle, avant un été pourri de nouveau par ses tendons d’Achille. « Après cette saison, j’ai décidé de me faire opérer. » En août 2015, on lui arrache donc les deux plantaires grêles de chaque jambe (petit muscle proche du tendon d’Achille), muscles responsables de ses inflammations aux tendons d’Achille à cause d’un frottement.

Depuis, les douleurs ont disparu et la voilà enfin en possession de tous ses moyens physiques. « Cette année c’est la première fois depuis dix ans que je n’ai eu aucun souci avec mes tendons. »

Et pour que la mayonnaise prenne, il ne manquait plus que la tête suive le corps. Déçue par son statut de remplaçante lors des JO de Rio, Elea-Mariama Diarra a eu du mal à se replonger dans la suite. « J’ai très mal vécu la fin de ma saison 2016 car je pense que j’avais ma place dans le relais aux JO. Ma forme remontait et j’avais fait un 300 m en 36’’9, la veille des séries. J’étais très déçue de ne pas courir. J’ai donc voulu frapper fort en 2017 et viser les Championnats d’Europe en salle. Mais cet hiver, je n’avançais pas, je n’étais pas bien à l’entrainement. On a décidé finalement de faire l’impasse sur l’hiver. En fait, j’ai eu un blocage. Je n’avais pas fait le deuil de la déception des JO. »

Enfin une continuité dans l’entrainement

Aujourd’hui, tout ça est derrière elle, alors que Londres et son stade olympique se profilent (séries du 400 m prévues le 6 août). D’autant que l’absence de Floria Gueï (voir article), remplacée par Déborah Sananes, la place dans une stature de leader du 400 m féminin. « Après avoir été sous le choc le jour de l’annonce de la sélection, je commence à me projeter sur l’événement. Je suis retournée sur un petit cycle d’entrainement. Le but sera de descendre mon temps là-bas. »

Et il n’y a aucune raison pour que cela ne se produise pas, puisqu’elle n’est jamais arrivée à une compétition aussi bien préparée. « Le fait de pouvoir travailler dans la continuité cette saison m’a permis de bien m’entrainer. C’est quelque chose que je ne connaissais pas car je fais partie de ces athlètes « fragiles ». D’ailleurs, tous les gens qui ne me connaissent pas pensent que mon titre est une grosse surprise mais ça ne l’est pas pour moi et ceux qui me suivent. J’ai toujours su que j’étais freinée par ce manque de continuité dans l’entrainement et que ça pouvait donner quelque chose de bien si j’arrivais à m’entrainer correctement. »

Ce moment est arrivé et Elea-Mariama Diarra n’en a sûrement pas encore fini avec les surprises.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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