Meeting de Rehlingen Djilali Bedrani

Plus gêné par les blessures, Djilali Bedrani sera un prétendant à l’équipe de France sur 3 000 m steeple cet été.

 

Le recordman de France juniors du 3 000 m steeple vient de frapper un grand coup lors de sa rentrée sur sa distance favorite, au meeting de Rehlingen (8’33’’73). Un chrono qui récompense le Toulousain, qui vegétait depuis quelques années.

C’est l’image qui restera du meeting de Rehlingen 2016 dans le clan français. Le 3 000 m steeple masculin, dernière épreuve de la journée, vient de se terminer. Et alors que le soleil perce enfin la muraille de nuages noirs, le visage de Djilali Bedrani est tout aussi radieux. Le Toulousain erre, hagard, dans l’aire d’arrivée. Il sait, il sent, qu’il vient de réussir un gros coup. Mais il attend que son nom apparaisse sur le tableau d’affichage. Verdict : 8’33’’73 ! Record personnel explosé de sept secondes, dès la première course de la saison. De quoi faire monter les larmes à cet athlète, décrit comme « sensible » par son entraineur Sébastien Gamel. « Ca fait du bien, avoue le steepleur. Tout l’investissement au quotidien est récompensé. Ca fait plusieurs années que je galère. Là, je savais que j’étais costaud, mais il fallait le prouver en compétition. Mais ce n’est que le début. L’objectif est ailleurs. »

Les JO en ligne de mire

Tout près des minima pour les Championnats d’Europe d’Amsterdam (8’31’’00), Djilali Bedrani pense surtout à Rio. « Depuis le début de la saison ce sont les Jeux olympiques l’objectif (minima 8’22’’00), reconnaît-il. Il ne faut pas se fier aux années précédentes. J’ai eu pas mal de pépins. »

Il est vrai que depuis son record de France juniors (8’42’’67) réalisé en 2012, le Toulousain n’avait pas réussi à franchir la marche supérieure, stagnant autour des 8’40 (8’46’’06 en 2013, 8’46’’98 en 2014, 8’40’’6 en 2015). « En 2013, je n’étais pas forcément bien dans ma tête, je n’avais plus confiance en moi. Ensuite, j’ai eu un conflit de la hanche en 2014. Je pouvais courir mais avec des douleurs et je devais souvent marquer des pauses. Je me suis fait opérer en octobre 2014, et je n’ai vraiment repris qu’en janvier 2015. »

Djilali Bedrani

Avec son partenaire d’entrainement Martin Casse (à gauche), Djilali Bedrani (au centre) s’est rendu en avril en stage à Gujan-Mestras avec l’international Yohan Durand (photo Seb. Gamel).

Entrainé par Sébastien Gamel

En six mois et sans préparation hivernale, il claque donc 8’40 au steeple la saison passée. Le temps de passer de Yannick Kerloch (il s’entrainait auparavant avec Messaoud Settati), son entraineur durant une saison, à Sébastien Gamel (depuis juillet 2015) et la mayonnaise a vite pris. « Il a végété à 8’40 car il a été blessé et a fait des mauvais choix, reconnaît Gamel. Ca faisait déjà un an qu’il voulait venir avec moi mais avec mon boulot je n’avais pas pu répondre favorablement. »

Depuis, le duo, ou plutôt le trio avec le miler Martin Casse, a appris à se connaître. « J’avais envie de voir autre chose, avoue Djilali Bedrani. Là, je suis content d’aller à l’entrainement, j’ai le sourire. Et Sébastien nous parle beaucoup avec Martin. Il nous met en confiance. » « Je suis quelqu’un de très paternaliste, continue Sébastien Gamel. Je préfère travailler avec très peu d’athlètes car j’aime bien apprendre à les connaître. »

Un retard en PPG et en vitesse

Pourtant, l’athlète du SA Toulouse UC a dû passer par des moments difficiles à l’entrainement. « Il avait des grosses lacunes en PPG et en vitesse, rigole Gamel. Il avait quasiment un niveau d’un cadet dans ces secteurs-là. » « Par le passé, j’avais tendance à ne travailler que mes qualités, analyse Djilali Bedrani. Là, j’ai bossé sur mes faiblesses. »

Un gros travail à l’entrainement et une prise de conscience au quotidien, voilà la recette du succès. « Cette année, je me suis vraiment investi à fond. Je suis beaucoup parti en stage. Je fais aussi plus attention à mon hygiène de vie comme boire de l’eau ou faire la sieste, des choses que je ne faisais pas avant. Je fais comme si c’était mon métier. »

Djilali Bedrani

Après un départ prudent, Djilali Bedrani a terminé le dernier 800 m de son 3 000 m steeple en 2’12.

 

Devenir professionnel

Un monde professionnel qu’il a pu côtoyer de près au mois de mars, puisqu’il a effectué un stage à Albuquerque (Etats-Unis) sur l’invitation de Mahiedine Mekhissi, le double vice-champion olympique du 3 000 m steeple. «  C’était une expérience de fou. Mahiedine cherchait un athlète pour pouvoir l’accompagner. Quand son entraineur Philippe Dupont m’a contacté, j’ai foncé ! C’est rare que des athlètes de ce niveau emmènent des jeunes avec eux. C’est la marque des grands champions. »

Un champion que Djilali Bedrani pourrait retrouver à l’avenir dans les compétitions internationales, sous les couleurs de l’équipe de France. « Depuis mon record de France juniors, je me dis que j’ai les moyens de faire une carrière professionnelle. Quand je vois comment j’ai fait 8’33, je me dis que tout est possible. Le travail finit toujours par payer. » « S’il capitalise sur ce qu’il a fait à l’entrainement cette année, il peut faire 8’18 », avance Sébastien Gamel.

Une belle marche en avant qui le ferait véritablement entrer dans la cour des grands.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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